Dans un contexte mondial marqué par la montée du protectionnisme, les tensions commerciales et les incertitudes économiques, la Chine a annoncé une mesure majeure en faveur de l’Afrique : l’application du zéro droit de douane sur les produits provenant de 53 pays africains entretenant des relations diplomatiques avec Pékin.Cette nouvelle politique, entrée officiellement en vigueur le 1er mai 2026, a été au cœur d’une importante conférence organisée à Pékin dans le cadre du « Salon Linjia n°7 ». Diplomates, responsables chinois, journalistes africains et représentants des médias chinois y ont pris part afin d’exposer les enjeux de cette initiative présentée comme une nouvelle étape stratégique de la coopération sino-africaine.

Parmi les personnalités présentes figuraient notamment Liu Yuxi, ambassadeur chargé des affaires de coopération Chine-Afrique, Tong Xiaoling, vice-présidente de l’Association chinoise de diplomatie publique, ainsi que Chen Yusong, directeur général adjoint du Département des affaires de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) au ministère chinois du Commerce.

Les responsables chinois ont expliqué que cette mesure vise à soutenir l’industrialisation africaine, accroître les exportations du continent vers la Chine et construire une coopération économique plus équilibrée et durable.

Selon l’ambassadeur Liu Yuxi, cette initiative découle directement des orientations annoncées par le président chinois Xi Jinping lors du sommet de l’Union africaine en février 2026.

« La suppression des droits de douane constitue un moteur inépuisable pour promouvoir un développement de haute qualité de la coopération sino-africaine », a-t-il déclaré.

Jusqu’ici, la Chine appliquait déjà certaines exemptions tarifaires à des produits africains, notamment pour les pays les moins avancés. Mais la nouvelle politique marque un tournant important : près de 9 000 lignes tarifaires sont désormais concernées, ouvrant pratiquement l’ensemble du marché chinois aux exportations africaines.

Avec cette décision, Pékin devient la première grande économie mondiale à offrir un accès tarifaire nul à tous les pays africains disposant de relations diplomatiques avec elle.

Les responsables chinois ont également insisté sur la dimension géopolitique de cette initiative. Dans un monde marqué par l’unilatéralisme et le repli protectionniste, Pékin cherche à apparaître comme un défenseur du commerce multilatéral et du développement des pays du Sud.

Une opportunité stratégique pour l’industrialisation africaine

L’intervention de Chen Yusong a particulièrement retenu l’attention. Le responsable chinois a qualifié l’Afrique de « terre d’espoir pour le XXIe siècle » et estimé que les relations sino-africaines atteignaient aujourd’hui « leur meilleur niveau historique ».

Selon lui, le zéro droit de douane ne constitue pas seulement une mesure commerciale, mais un outil destiné à transformer en profondeur les économies africaines.

Il a notamment souligné les importantes perspectives offertes aux exportateurs africains dans les secteurs agricoles et agroalimentaires. Le marché chinois, dont la demande intérieure connaît une forte croissance, représente désormais un débouché stratégique pour plusieurs produits africains.

Chen Yusong a cité l’exemple du café, dont la consommation progresse d’environ 15 % par an en Chine depuis une décennie. Le cacao africain constitue également un secteur prometteur, le marché chinois de la transformation du cacao ayant dépassé 40 milliards de yuans en 2025.

Grâce à la suppression des droits de douane, plusieurs produits africains deviennent immédiatement plus compétitifs sur le marché chinois. Les autorités chinoises ont notamment évoqué le cacao ivoirien et ghanéen, les avocats kenyans, les agrumes et les noix de macadamia sud-africains, autrefois soumis à des taxes parfois supérieures à 20 %.

Dès l’entrée en vigueur de la mesure, plusieurs cargaisons africaines ont commencé à entrer sur le marché chinois sans droits de douane, notamment des pommes sud-africaines, des oranges égyptiennes ou encore des avocats kenyans.

Mais Pékin affirme vouloir aller au-delà du simple commerce des matières premières. Les responsables chinois ont insisté sur leur volonté d’encourager la transformation locale des ressources africaines avant leur exportation vers la Chine.

« Investir et transformer en Afrique, puis exporter les produits finis vers la Chine sans droits de douane », a résumé Chen Yusong.

Cette stratégie vise à favoriser l’industrialisation du continent et à rompre avec l’ancien modèle économique basé essentiellement sur l’exportation de matières premières brutes.

Selon les chiffres présentés lors de la conférence, les investissements directs chinois en Afrique auraient atteint 3,6 milliards de dollars en 2025, soit une hausse de plus de 40 % en un an. Les échanges commerciaux sino-africains auraient quant à eux atteint un niveau record de 348 milliards de dollars.

Les autorités chinoises souhaitent également élargir leur coopération à des secteurs d’avenir tels que les véhicules électriques, l’intelligence artificielle, les technologies vertes, les paiements électroniques et l’économie numérique.

L’exemple de la zone économique et commerciale TEDA de Suez, en Égypte, a été présenté comme un modèle réussi de coopération industrielle sino-africaine. Les 33 zones de coopération économique sino-africaines actuellement opérationnelles auraient déjà généré plus de 55 milliards de dollars de production et créé près de 90 000 emplois locaux.

Au-delà des chiffres, Pékin veut surtout envoyer un message politique fort : la Chine entend consolider durablement son partenariat avec l’Afrique dans un contexte international marqué par les rivalités économiques mondiales.

« Il ne s’agit pas d’un jeu à somme nulle où l’un gagne et l’autre perd, mais d’un jeu à somme positive », a affirmé Liu Yuxi.

Reste désormais à savoir dans quelle mesure cette politique permettra réellement aux économies africaines d’accélérer leur industrialisation et de mieux valoriser leurs exportations vers l’immense marché chinois.

Une chose apparaît toutefois certaine : la Chine vient d’ouvrir une nouvelle phase de sa relation économique avec l’Afrique, susceptible de redessiner profondément les échanges commerciaux entre les deux partenaires dans les années à venir.

Mohamed Chakib Saad,

envoyé spécial à Pékin