
Avec plus de 5 000 personnes formées et un taux d’insertion professionnelle supérieur à 70 %, le programme TRANSFORM illustre les résultats d’une coopération entre Djibouti, l’Union européenne et les acteurs économiques. La pérennisation du Centre de Ressources et de Compétences et l’élargissement de l’accès aux formations constituent désormais des enjeux majeurs pour accompagner les ambitions logistiques du pays.

La formation professionnelle constitue un levier essentiel pour rapprocher les jeunes du marché du travail et répondre aux besoins d’une économie en transformation. Dans un pays où les infrastructures portuaires et les corridors de transport occupent une place centrale, la disponibilité d’une main-d’œuvre qualifiée représente un facteur déterminant de compétitivité. C’est dans cette perspective que s’inscrit le programme TRANSFORM, dont les résultats ont été présentés hier à l’hôtel Kempinski, lors d’un atelier organisé par la Délégation de l’Union européenne à Djibouti.
Cette rencontre a réuni les pouvoirs publics, les partenaires techniques et financiers ainsi que les représentants du secteur privé autour du bilan d’une initiative destinée à développer les compétences dans les métiers du transport, de la logistique et des activités portuaires. L’évaluation a permis de mesurer les résultats obtenus, mais aussi d’identifier les défis à relever pour consolider les acquis et renforcer l’insertion professionnelle des jeunes Djiboutiens.
Mis en œuvre entre 2017 et 2023, TRANSFORM a mobilisé près de 12 millions d’euros, dont 10 millions financés par l’Union européenne au titre du Fonds fiduciaire d’urgence de l’Union européenne pour l’Afrique. Le gouvernement djiboutien et les autres partenaires ont contribué à hauteur d’environ 2 millions d’euros. L’Agence française de développement, la Chambre de commerce de Djibouti (CCD) et le secteur privé ont également participé à cette initiative.
La cérémonie s’est déroulée en présence du ministre du Travail, chargé de la Formalisation et de la Protection sociale, Yonis Ali Guedi, du président de la Chambre de commerce de Djibouti, Youssouf Moussa Dawaleh, du secrétaire général par intérim du ministère des Infrastructures et de l’Équipement, Djama Aouled Ahmed, ainsi que de l’ambassadrice de l’Union européenne à Djibouti, Denisa-Elena Ionete.
Les résultats présentés témoignent de l’importance de cet investissement dans le capital humain. Entre 2018 et 2023, le Centre de Ressources et de Compétences (CRC), principale réalisation du programme, a formé 2 904 personnes.
Depuis la clôture de TRANSFORM, le centre a poursuivi ses activités, portant à plus de 5 000 le nombre total de bénéficiaires. À la fin du programme, le taux d’insertion professionnelle atteignait 76 % et demeure aujourd’hui supérieur à 70 %.
Ces performances illustrent la pertinence d’un dispositif qui cherche à adapter les formations aux besoins réels des entreprises. Elles montrent également l’intérêt de pérenniser les structures créées dans le cadre des projets de coopération, afin que leurs effets se prolongent au-delà de la période initiale de financement.
Le CRC, un acquis majeur au service de la compétitivité
Le Centre de Ressources et de Compétences occupe une place centrale dans le bilan de TRANSFORM. Il répond à un besoin concret : former des professionnels capables d’exercer dans les secteurs du transport, du transit, de la manutention portuaire et de la logistique d’entrepôt. Ces métiers exigent des compétences techniques adaptées aux opérations quotidiennes et aux évolutions d’une filière essentielle à l’activité économique nationale.
La particularité du CRC réside notamment dans son ancrage auprès du monde de l’entreprise. La Chambre de commerce de Djibouti, partenaire majeur du programme, est propriétaire des locaux et des équipements du centre. Sa gestion a été confiée à une association paritaire réunissant les secteurs public et privé. Cette organisation favorise le dialogue entre les organismes de formation et les employeurs, dans le but de mieux ajuster les enseignements aux exigences du marché du travail.
Pour le président de la Chambre de commerce, Youssouf Moussa Dawaleh, la réussite du programme repose sur la mobilisation collective des acteurs.
« TRANSFORM est la preuve que lorsque l’État, les partenaires au développement et les entreprises avancent dans la même direction, les résultats suivent », a-t-il déclaré.
Rappelant les atouts géographiques du pays, notamment ses ports et ses corridors logistiques, il a insisté sur la place du capital humain dans la compétitivité de la plateforme nationale. « Des quais modernes et des grues performantes ne suffisent pas. Derrière chaque conteneur déchargé, chaque camion qui part à l’heure, chaque opération réussie, il y a une femme ou un homme compétent. C’est là, d’abord, que se joue notre compétitivité », a-t-il affirmé.
Cette vision souligne la complémentarité entre les investissements dans les infrastructures et le développement des compétences. Les équipements portuaires, les installations logistiques et les réseaux de transport ne peuvent produire pleinement leurs effets sans des professionnels qualifiés pour en assurer le fonctionnement. La formation apparaît ainsi comme une condition essentielle à la réalisation des ambitions de la Vision Djibouti 2035, qui entend faire du pays un hub logistique régional.
Le secrétaire général par intérim du ministère des Infrastructures et de l’Équipement, Djama Aouled Ahmed, a également souligné la portée des résultats obtenus. « 5 000, ce n’est pas qu’une statistique. C’est la preuve qu’un partenariat solide entre l’État, le secteur privé et nos partenaires produit des résultats massifs lorsqu’il est arrimé aux besoins réels de notre économie », a-t-il indiqué.
Le bilan fait néanmoins ressortir des défis importants. Les femmes ne représentent que 6,6 % des personnes formées, une proportion qui souligne la nécessité de favoriser leur accès aux formations et leur présence dans ces métiers. La pérennisation du financement du centre constitue un autre enjeu majeur. Pour préserver les acquis, les partenaires devront garantir des ressources suffisantes et un cadre de gestion durable.
Une nouvelle étape pour renforcer l’emploi et les compétences
La consolidation du CRC figure désormais parmi les priorités évoquées par les responsables présents. Le ministre du Travail, Yonis Ali Guedi, a rappelé que l’emploi des jeunes et la valorisation du capital humain demeuraient des priorités nationales. L’objectif est de permettre aux jeunes d’acquérir les qualifications nécessaires pour accéder à des emplois dignes et contribuer au développement du pays.
Le ministre a annoncé une avancée institutionnelle importante : son département et la Chambre de commerce de Djibouti sont convenus du principe d’une cogestion du CRC. Cette démarche doit renforcer la coopération entre les pouvoirs publics et le secteur privé, tout en permettant une meilleure adéquation entre les formations dispensées et les besoins des entreprises.
La mise en place d’un cadre de gouvernance clair sera déterminante pour assurer la pérennité du centre. Elle devra permettre de préciser les responsabilités des partenaires, de garantir la continuité des activités et de consolider le financement du dispositif. Le CRC est ainsi appelé à devenir un outil durable de qualification professionnelle et d’insertion des jeunes.
Cette orientation s’inscrit dans les réformes engagées par le ministère du Travail, qui poursuit l’élaboration d’une nouvelle politique nationale de l’emploi et travaille au renouvellement du Code du travail. Le développement de partenariats en faveur de la mobilité professionnelle internationale figure également parmi les pistes évoquées pour ouvrir de nouvelles perspectives aux travailleurs djiboutiens, dans des conditions encadrées et respectueuses de leurs droits.
De son côté, l’ambassadrice de l’Union européenne, Denisa-Elena Ionete, a mis en avant les résultats de la coopération entre Djibouti et l’Union européenne en faveur de la jeunesse. Elle a souligné l’importance d’un dialogue renforcé entre les secteurs public et privé afin de faire du développement des compétences locales un moteur de croissance.
À l’issue de la cérémonie et de la présentation de l’évaluation, deux panels ont permis d’approfondir les discussions. Le premier portait sur l’emploi et l’insertion professionnelle dans les secteurs du transport et de la logistique. Le second était consacré aux perspectives de développement du CRC. Les échanges ont notamment abordé la réforme et la réorganisation de la chaîne de valeur logistique nationale.
Le secrétaire général par intérim du ministère des Infrastructures et de l’Équipement a annoncé, dans ce contexte, le lancement prochain d’une vaste réforme de cette chaîne de valeur, accompagnée d’un effort de structuration de la filière. Le CRC devrait y jouer un rôle moteur en facilitant l’adéquation entre les besoins des entreprises et l’offre de formation.
L’enjeu consiste à transformer davantage la croissance de la plateforme logistique nationale en possibilités concrètes d’emploi pour les jeunes. Cela implique de poursuivre les efforts de qualification, d’adapter les formations aux évolutions des métiers et de favoriser une participation plus large des femmes.
En définitive, le programme TRANSFORM démontre qu’un investissement coordonné dans les compétences peut produire des résultats durables lorsqu’il répond aux besoins de l’économie. Les plus de 5 000 personnes formées et le taux d’insertion supérieur à 70 % constituent des acquis significatifs. Leur consolidation dépendra désormais de la capacité des partenaires à assurer la pérennité du CRC, à renforcer sa gouvernance et à élargir l’accès aux formations.
Pour Djibouti, dont les ambitions logistiques reposent autant sur ses infrastructures que sur les compétences de ses travailleurs, la prochaine étape sera de faire de cet acquis un instrument durable de création d’emplois et de valorisation du potentiel de sa jeunesse.
Mohamed Chakib











































