À l’occasion de la Journée mondiale de l’alimentation, célébrée le 16 octobre, le ministre de l’Agriculture, de l’Eau, de la Pêche et de l’Élevage, chargé des Ressources halieutiques, M. Radwan Abdillahi  Bahdon, a appelé à faire de l’innovation un levier majeur de la souveraineté alimentaire. Placée cette année sous le thème « Innover aujourd’hui pour nourrir demain », cette journée met en lumière les défis auxquels notre  pays est confronté, notamment sa dépendance aux importations alimentaires, les contraintes liées à l’eau et les effets du changement climatique. Dans son discours, le ministre a souligné la nécessité de moderniser les secteurs de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche, de mobiliser les investissements et de valoriser les ressources nationales. Il a également insisté sur le rôle de la jeunesse, de l’entrepreneuriat et des partenariats pour bâtir un système alimentaire plus résilient, durable et inclusif.

« L’alimentation n’est pas seulement un besoin vital. Elle est un droit humain, une exigence de dignité, un impératif de justice sociale et une condition essentielle de la stabilité des nations. » C’est par ce rappel que le ministre a souligné la portée de la Journée mondiale de l’alimentation et l’importance d’une mobilisation durable en faveur de la sécurité alimentaire.

S’inscrivant dans les orientations du président de la République, Ismaïl Omar Guelleh, M. Radwan  Abdillahi Bahdon a rappelé que la sécurité alimentaire constitue un enjeu majeur de développement, mais aussi un facteur de stabilité sociale, de paix et de dignité. L’ambition est de garantir à chaque citoyen un accès durable à une alimentation suffisante, saine et de qualité, tout en renforçant la capacité du pays à faire face aux crises.

Dans un contexte international marqué par les tensions géopolitiques, les perturbations des chaînes d’approvisionnement, la volatilité des prix et l’intensification du changement climatique, la sécurité alimentaire représente un défi stratégique. Pour Djibouti, dont les conditions climatiques et les ressources naturelles sont limitées, cette situation impose de renforcer les capacités nationales de production, de diversifier les sources d’approvisionnement et de mieux valoriser les ressources disponibles.

La dépendance aux importations expose en effet le pays aux fluctuations des marchés internationaux et aux crises extérieures. D’où la nécessité, selon le ministre, de développer progressivement les secteurs productifs et de faire de l’agriculture, de l’élevage et de la pêche des activités plus performantes, capables de créer des richesses, des emplois et des perspectives pour la jeunesse.

Cette ambition s’inscrit dans la vision de développement national portée par le chef de l’État. « La souveraineté d’une Nation se décline, aussi et surtout, dans le futur ! », a rappelé le ministre, soulignant que la souveraineté alimentaire ne consiste pas seulement à préserver les acquis, mais aussi à préparer le pays aux défis de demain.

L’eau, au cœur de la transformation agricole

Dans un pays soumis à de fortes contraintes hydriques, l’innovation agricole passe nécessairement par une gestion rationnelle de l’eau et des terres cultivables. Le ministre a rappelé à cet égard les propos du président de la République lors du 39ᵉ Sommet de l’Union africaine, en février 2026 : «Sans eau, point d’agriculture productive, point de sécurité alimentaire. » Cette réalité place la mobilisation et la préservation des ressources en eau au centre des priorités. Le développement de retenues adaptées, la récupération des eaux de pluie, le renforcement des infrastructures hydrauliques rurales et la promotion de technologies économes en eau figurent parmi les pistes à privilégier.

Le recours à l’agriculture sous serre, à l’irrigation de précision, aux cultures hydroponiques lorsque les conditions le permettent et aux énergies renouvelables ouvre également des perspectives. Ces solutions peuvent contribuer à améliorer les rendements tout en réduisant la consommation d’eau. Le choix de variétés adaptées aux températures élevées constitue une autre voie pour renforcer la résilience des cultures.

Pour le ministre, l’innovation ne saurait toutefois se limiter aux équipements et aux technologies. Elle doit aussi reposer sur la formation des producteurs, la recherche appliquée, l’accès aux connaissances, les outils numériques et un accompagnement technique adapté aux réalités du terrain. L’objectif est de mieux valoriser chaque ressource et de faire de chaque exploitation un espace de productivité.

Moderniser l’élevage et valoriser les ressources halieutiques

La sécurité alimentaire repose également sur le développement de l’élevage et de la pêche. L’élevage constitue un pilier de l’économie nationale et une source de revenus pour de nombreuses familles. Sa modernisation nécessite de renforcer la santé animale, d’améliorer l’accès aux ressources fourragères et de développer la production locale d’aliments pour bétail.

Le ministre a également insisté sur la nécessité de moderniser les infrastructures de transformation et de commercialisation, tout en poursuivant la régénération des parcours pastoraux et l’amélioration de l’accès à l’eau. L’adoption de pratiques mieux adaptées aux épisodes de sécheresse doit contribuer à préserver les moyens de subsistance des éleveurs et à renforcer la résilience du secteur. La façade maritime représente, quant à elle, un potentiel important pour améliorer la disponibilité des protéines animales et créer de nouvelles activités économiques. Pour en tirer pleinement parti, il convient d’investir dans les équipements de pêche, les infrastructures de conservation, la chaîne du froid et les unités de transformation locale. Une meilleure valorisation des produits halieutiques permettrait de limiter les pertes, d’améliorer les revenus des pêcheurs, de créer des emplois et de rendre les produits locaux plus accessibles aux consommateurs. L’agriculture, l’élevage et la pêche sont ainsi appelés à jouer un rôle accru dans la transformation économique du pays.

AgriConnect et l’investissement au service des filières locales

Le ministre a également mis en avant l’initiative AgriConnect, présentée comme un levier d’accélération de la transformation des systèmes agricoles et alimentaires grâce à la mobilisation des investissements, des technologies et des partenariats.

À Djibouti, cette dynamique doit s’articuler avec les priorités nationales, notamment la Vision Djibouti 2035, le Plan national de développement ADEEG 2025-2030 et le Plan directeur du secteur primaire 2026-2035. Les objectifs consistent à améliorer la productivité, à soutenir les chaînes de valeur, à faciliter l’accès au financement, à développer la transformation agroalimentaire et à renforcer les débouchés commerciaux des producteurs. Le ministre a souligné que l’État ne pouvait porter seul l’ensemble des investissements nécessaires à la modernisation du secteur primaire. Il a ainsi lancé un appel aux investisseurs djiboutiens et internationaux afin qu’ils s’engagent davantage dans les filières agricoles, pastorales, halieutiques et agroalimentaires. Le développement d’exploitations performantes, d’unités modernes de transformation et de solutions logistiques adaptées constitue, selon lui, une source d’opportunités économiques.

« Investir dans la production alimentaire locale, c’est investir dans l’emploi, dans la résilience économique et dans l’avenir de Djibouti », a-t-il affirmé, invitant les acteurs privés à participer à la création de valeur ajoutée et au renforcement de la sécurité alimentaire.

Réduire les pertes et garantir la qualité des aliments

Accroître la production ne suffit pas : encore faut-il pouvoir conserver, transformer et distribuer les denrées dans de bonnes conditions. Le gaspillage alimentaire entraîne des pertes de ressources précieuses, qu’il s’agisse de l’eau, de l’énergie, du travail ou des investissements engagés par les producteurs. Le développement des capacités de stockage, le renforcement de la chaîne du froid, l’amélioration des infrastructures de transport et le soutien aux unités de transformation agroalimentaire figurent donc parmi les priorités évoquées par le ministre.

La sécurité sanitaire des aliments doit également rester une exigence fondamentale. Les consommateurs doivent pouvoir accéder à des produits sains, contrôlés et conformes aux normes de qualité. Cela suppose de promouvoir la traçabilité, de renforcer les contrôles sanitaires, d’accompagner les opérateurs économiques et de sensibiliser la population à une alimentation diversifiée et équilibrée.

L’innovation doit ainsi contribuer à améliorer l’efficacité de toute la chaîne alimentaire, depuis la production jusqu’à la consommation, en réduisant les pertes et en préservant les ressources mobilisées.

Dans son discours, Radwan Abdillahi Bahdon a également insisté sur la place de la jeunesse dans la modernisation du secteur primaire. L’agriculture, l’élevage, la pêche et l’agro-industrie doivent être perçus comme des secteurs modernes, attractifs et porteurs d’opportunités professionnelles.

Pour y parvenir, le ministre a souligné l’importance de la formation professionnelle, de l’accès aux financements, du soutien à l’entrepreneuriat et de la diffusion des nouvelles technologies. Il a également appelé à renforcer la participation des femmes aux chaînes de valeur alimentaires, notamment dans la production, la transformation et la commercialisation.

Former, financer et accompagner ces nouveaux acteurs constitue un investissement stratégique pour l’avenir du pays. « Nourrir demain, c’est aussi offrir aujourd’hui à notre jeunesse les moyens d’innover, d’entreprendre et de réussir », a-t-il déclaré.

Des partenariats pour des résultats durables

La lutte contre l’insécurité alimentaire exige enfin une mobilisation collective et une coopération internationale renforcée. Le ministre a salué le rôle de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), ainsi que la contribution des partenaires techniques et financiers à la modernisation du secteur primaire et au renforcement des capacités nationales. Il a plaidé pour des projets concrets, adaptés aux réalités du pays, assortis d’objectifs mesurables et capables de produire des résultats durables. Des financements mieux adaptés, des transferts de technologies, le développement de la recherche appliquée et des partenariats favorisant l’investissement productif sont nécessaires pour transformer les appuis reçus en capacités nationales durables.

Le ministre a également souligné l’importance d’une coopération régionale plus étroite dans les domaines de l’eau, de l’agriculture, de l’élevage et des échanges alimentaires.

En conclusion, il a appelé l’ensemble des acteurs à faire du thème de cette Journée mondiale de l’alimentation un engagement national concret. Économiser l’eau, moderniser les exploitations, soutenir les producteurs, valoriser les ressources halieutiques, développer l’agro-industrie et préparer la jeunesse aux métiers de demain sont autant de chantiers à poursuivre avec détermination.

Aux agriculteurs, aux éleveurs, aux pêcheurs, aux entrepreneurs et aux jeunes, il a adressé un message de confiance, rappelant que leur engagement est indispensable à la construction d’un système alimentaire plus solide et plus performant.

Le ministre a enfin réaffirmé la détermination de son département à contribuer, aux côtés du gouvernement et des partenaires, à un avenir alimentaire plus sûr, durable et inclusif. Un engagement résumé par cette formule qui donne tout son sens à la journée du 16 octobre : « Nourrir demain ne commence pas demain. Nourrir demain commence par nos décisions, nos investissements et nos innovations d’aujourd’hui.»