En séjour en Chine dans le cadre du programme 2026 du Centre international de communication de la presse de Chine (CIPCC), une vingtaine de journalistes africains ont découvert pendant plusieurs jours Tianjin, l’une des métropoles les plus dynamiques du nord du pays. Située à environ 120 kilomètres de Pékin, cette grande ville portuaire offre un visage singulier où l’histoire, la culture, l’innovation technologique et le développement durable cohabitent harmonieusement.

La découverte de Tianjin a débuté par la célèbre Rue de la Culture ancienne, considérée comme le berceau de la civilisation urbaine locale. Souvent présentée comme la « vitrine de Tianjin », elle conserve l’âme de la ville à travers ses bâtiments historiques, ses traditions populaires et ses commerces centenaires.

Sur près de 700 mètres, les visiteurs parcourent un ensemble architectural inspiré des dynasties Ming et Qing, où se côtoient théâtres traditionnels, temples, résidences anciennes et ateliers artisanaux. Parmi les sites emblématiques figure le palais Tianhou, construit en 1326, soit plusieurs décennies avant la fondation officielle de Tianjin. Son importance historique est telle qu’un célèbre dicton local affirme : « D’abord le palais Tianhou, ensuite Tianjin ».

Les journalistes africains ont également visité la résidence centenaire Tongqingli et admiré les imposantes arches monumentales ainsi que les nombreuses fresques relatant les grands récits historiques et mythologiques chinois.

Au-delà de son patrimoine matériel, Tianjin se distingue par la richesse de son patrimoine culturel immatériel. La Rue de la Culture ancienne rassemble à elle seule 38 marques historiques et héritages culturels couvrant l’artisanat, la gastronomie, les arts populaires et la médecine traditionnelle chinoise.

L’une des étapes marquantes fut la visite de l’atelier Niren Zhang, réputé dans toute la Chine pour ses sculptures en argile vieilles de près de deux siècles. Les visiteurs ont découvert les techniques minutieuses de préparation de l’argile ainsi que des œuvres inspirées de l’opéra chinois, de la littérature classique et de la vie quotidienne.

La médecine traditionnelle chinoise tournée vers l’avenir

Le parcours s’est poursuivi au Centre de santé moderne Tasly Darentang, héritier de la célèbre « Vieille boutique Le », dont l’histoire remonte à plus de cinq siècles.

Les journalistes y ont découvert plusieurs plantes médicinales, des ouvrages anciens et des techniques traditionnelles de préparation qui ont fait la renommée de cette institution autrefois fournisseur officiel de la cour impériale.

Le maître du patrimoine immatériel Lou Ying a notamment présenté la fabrication des célèbres pilules au miel, méthode thérapeutique ancestrale encore utilisée aujourd’hui. Désormais exportés dans plus de vingt pays, les produits de Darentang illustrent l’internationalisation croissante de la médecine traditionnelle chinoise.

Tianjin, laboratoire de l’innovation chinoise

Au-delà de son héritage culturel, Tianjin s’impose aujourd’hui comme l’un des principaux pôles technologiques de Chine.

Longtemps reconnue pour sa puissance industrielle, la ville a progressivement développé une économie diversifiée reposant sur la fabrication avancée, les services modernes et les industries émergentes. Le district de Binhai constitue le cœur de cette transformation en concentrant entreprises de haute technologie, centres de recherche et infrastructures industrielles de nouvelle génération.

Parmi les visites marquantes figurait le parc industriel Lenovo Smart Innovation Service, inauguré en 2023 dans la zone économique de l’aéroport de Binhai. À la fois centre logistique majeur et modèle mondial de démonstration zéro carbone du groupe Lenovo, ce complexe intègre recherche, production, services intelligents et espaces d’exposition.

Grâce à l’intelligence artificielle, au cloud computing, aux mégadonnées et à l’Internet des objets, les équipements y sont entièrement interconnectés et les processus largement automatisés.

Les journalistes ont également découvert le « Future Center », vaste vitrine technologique présentant les innovations de Lenovo dans les domaines de l’éducation, de la santé, de l’énergie, des transports, de la finance et du commerce.

La robotique au cœur du développement industriel

Autre temps fort du séjour, la visite de Tianjin Atomu Robotique Co., Ltd., l’un des fleurons de la robotique chinoise.

Fondée en 2013 dans la Nouvelle Zone de Binhai, l’entreprise s’est imposée comme le leader national du robot parallèle, une technologie reconnue pour sa rapidité, sa précision et sa robustesse. Plus de 100 000 robots ont déjà été livrés dans plus de trente pays et régions du monde.

Ses innovations sont utilisées dans des milliers de scénarios industriels, allant de l’agroalimentaire à l’électronique. L’entreprise développe également des robots humanoïdes de nouvelle génération. En mai 2025, elle a lancé Tianbing N°1, premier robot humanoïde développé à Tianjin. Déjà testé dans plusieurs usines, il participe à l’assemblage de pièces automobiles et aux opérations de contrôle qualité.

L’économie maritime et les technologies sous-marines

Les journalistes ont également visité «Deepinfar Ocean Technology Company », entreprise spécialisée dans les équipements sous-marins intelligents.

Fondée en 2013, cette société de haute technologie emploie près de 200 chercheurs et ingénieurs. Elle développe des robots sous-marins téléopérés, des véhicules autonomes et des planeurs intelligents utilisés dans la recherche scientifique, l’ingénierie offshore, l’hydroélectricité, les secours d’urgence et la surveillance environnementale. L’entreprise commercialise également des équipements de loisirs nautiques innovants à travers sa marque SUBLUE.

Des infrastructures intelligentes au service de l’énergie

La délégation africaine a aussi découvert le Centre des opérations d’inspection par drone de State Grid Tianjin High Voltage Company.

Grâce à des drones intelligents opérant depuis des stations automatisées, les lignes électriques à haute tension sont inspectées en permanence. Les données collectées sont analysées en temps réel par un centre de contrôle fonctionnant 24 heures sur 24, permettant d’améliorer la maintenance préventive et la sécurité du réseau électrique.

Avec plus de 528 usines intelligentes, dont 17 reconnues au niveau national, Tianjin confirme sa volonté de devenir un centre mondial de l’économie intelligente.

Le port de Tianjin, symbole d’un développement vert et intelligent

Le point culminant de la visite fut la découverte du terminal intelligent à conteneurs de la section C de la zone nord de la baie du port de Tianjin. Fonctionnant entièrement de manière automatisée grâce à des portiques intelligents et à des véhicules autonomes ART, ce terminal représente l’une des infrastructures portuaires les plus avancées au monde. Construit selon le concept « intelligent et zéro carbone », il utilise principalement l’énergie éolienne et solaire pour ses opérations. En 2025, il a traité 3,21 millions d’EVP, démontrant l’efficacité de son modèle de développement durable.

Le port joue également un rôle essentiel dans les échanges entre la Chine et l’Afrique. Des liaisons maritimes régulières relient Tianjin à plusieurs ports africains, facilitant les échanges de matières premières, de produits agricoles, de matériaux de construction, de produits chimiques et de véhicules.

L’Atelier Luban, un modèle de coopération éducative

La formation professionnelle figurait également au programme de la visite. Tianjin est le berceau de l’Atelier Luban, l’un des projets phares de la coopération éducative internationale chinoise.

Inspiré du célèbre artisan chinois Luban, ce modèle repose sur une collaboration étroite entre établissements d’enseignement, entreprises et administrations publiques. Son objectif est de former des techniciens et des ingénieurs répondant aux besoins réels des économies partenaires.

Aujourd’hui, la Chine a implanté 38 Ateliers Luban dans 32 pays à travers le monde.

Cette initiative concerne également Djibouti. En mars 2019, le Président de la République, Ismaïl Omar Guelleh, a inauguré au Lycée industriel et commercial de Djibouti (LIC) des infrastructures dédiées à la formation aux métiers ferroviaires.

Ces formations, principalement axées sur la pratique, couvrent la maintenance, la gestion, le transport et la logistique ferroviaires. Elles s’étendent sur trois années après l’obtention du baccalauréat technique et s’appuient sur des équipements modernes ainsi que sur des enseignants djiboutiens spécialement formés.

Une ville tournée vers l’avenir

À travers cette immersion, les journalistes africains ont pu mesurer l’ampleur de la transformation engagée par Tianjin. Entre patrimoine historique, innovation technologique, développement durable, coopération internationale et formation professionnelle, la métropole portuaire apparaît aujourd’hui comme l’un des laboratoires les plus dynamiques de la Chine moderne.

Plus qu’un simple centre industriel, Tianjin s’affirme comme une vitrine du développement chinois, où l’intelligence artificielle, la robotique, les infrastructures intelligentes et les technologies vertes dessinent déjà les contours de l’économie de demain.

Mohamed Chakib Saad,  depuis Tianjin