
Porté par une volonté politique soutenue et l’engagement constant des institutions nationales, Djibouti poursuit le renforcement de son système de protection de l’enfance à travers des réformes juridiques, des programmes sociaux et des investissements dans l’éducation, la santé et le développement de la petite enfance. Ces avancées traduisent l’ambition des autorités de garantir à chaque enfant un environnement plus sûr, protecteur et favorable à son épanouissement.

La protection de l’enfance s’impose aujourd’hui comme l’un des axes majeurs des politiques publiques à Djibouti. Porté par une volonté politique affirmée et soutenu par des partenaires internationaux tels que l’UNICEF, le pays a engagé ces dernières années une série de réformes institutionnelles, sociales et éducatives destinées à améliorer les conditions de vie des enfants et garantir le respect de leurs droits fondamentaux. À travers le renforcement du cadre légal, l’élaboration de nouvelles politiques nationales et le développement de programmes sociaux ciblés, les autorités djiboutiennes cherchent à construire un système de protection plus structuré, plus inclusif et davantage adapté aux réalités sociales du pays.
Un cadre juridique modernisé au service des droits de l’enfant. L’une des avancées majeures de ces dernières années demeure l’adoption de la loi n°95/AN/15/7ème L du 18 mai 2015 portant Code de protection juridique des mineurs. Ce texte constitue désormais la pierre angulaire du dispositif national de protection de l’enfance. Le Code établit les droits fondamentaux des enfants, définit les responsabilités des institutions publiques et prévoit des mesures spécifiques contre les violences, les abus, la négligence et toutes formes d’exploitation. Il encadre également les procédures judiciaires concernant les mineurs afin de mieux protéger les enfants confrontés à des situations de vulnérabilité. Cette réforme a permis d’introduire progressivement une approche plus moderne de la protection de l’enfance fondée sur les principes internationaux relatifs aux droits de l’enfant.

Dans cette dynamique, Djibouti a également renforcé son engagement à travers son adhésion aux instruments internationaux et africains relatifs à la protection des enfants. La loi n°33/AN/09/6ème L du 21 février 2009 confirme notamment l’adhésion du pays à la Charte africaine des droits et du bien-être de l’enfant ainsi qu’aux protocoles internationaux relatifs à la lutte contre la vente d’enfants et leur exploitation.
De nouvelles institutions pour mieux coordonner les actions
Afin d’améliorer la gouvernance du secteur, les autorités ont mis en place de nouveaux organes institutionnels chargés de coordonner les interventions en faveur des enfants. Le décret n°2021-193/PR/MEFF a ainsi permis la création du Conseil National des Droits de l’Enfant (CNDE), chargé de superviser les politiques publiques relatives à l’enfance, de suivre la mise en œuvre des programmes et de favoriser la coordination entre les différents ministères et partenaires techniques. Dans le même temps, le décret n°2021-194/PR/MEFF a institué la Plateforme nationale de protection de l’enfant, conçue comme un mécanisme multisectoriel réunissant les secteurs de la santé, de l’éducation, de la justice et de la protection sociale. Cette plateforme intervient notamment dans la prise en charge des enfants vulnérables, des victimes de violences ainsi que des enfants migrants et réfugiés présents sur le territoire national.
Les autorités ont également développé des mécanismes communautaires permettant d’identifier rapidement les enfants exposés aux risques sociaux afin de les orienter vers des structures d’accompagnement adaptées.

Une politique nationale ambitieuse pour la décennie à venir
L’adoption de la Politique Nationale de l’Enfant 2022-2032 marque une nouvelle étape dans la stratégie nationale de protection de l’enfance. Cette politique constitue aujourd’hui le principal cadre d’orientation des actions publiques dans ce domaine.
Elle couvre plusieurs secteurs essentiels : le développement intégré de la petite enfance, la nutrition, la santé, l’éducation, la protection sociale ainsi que la lutte contre toutes les formes de violences et de discrimination. La vision portée par cette stratégie est claire : permettre à chaque enfant vivant à Djibouti de grandir dans un environnement sûr, protégé et favorable à son développement physique, psychologique et social. Pour traduire cette ambition sur le terrain, les autorités ont élaboré un Plan stratégique national pour l’enfance 2022-2026 destiné à opérationnaliser les priorités du gouvernement. Ce plan vise notamment à renforcer l’accès équitable aux services sociaux de base, améliorer la coordination institutionnelle et développer les mécanismes de prévention et de protection.
L’éducation enregistre des avancées importantes. Les progrès réalisés dans le domaine de l’éducation figurent parmi les résultats les plus significatifs observés ces dernières années. Le taux brut de préscolarisation est passé d’environ 11 % à plus de 26 %, illustrant les efforts entrepris pour développer l’éducation préscolaire et améliorer la prise en charge de la petite enfance. Le taux de scolarisation dans le primaire atteint désormais près de 99,5 %, un niveau particulièrement élevé qui témoigne des investissements réalisés dans l’accès universel à l’éducation.
Le taux d’achèvement du cycle primaire a lui aussi fortement progressé, signe d’une amélioration de la rétention scolaire. Plusieurs programmes spécifiques ont également été financés pour promouvoir l’éducation des filles, lutter contre les abandons scolaires et favoriser l’inclusion des enfants handicapés ou non scolarisés. Ces efforts participent à la réduction progressive des inégalités d’accès à l’enseignement, même si des disparités persistent encore entre les zones urbaines et certaines régions rurales.
Le développement de la petite enfance devient une priorité. Conscient de l’importance des premières années de vie dans le développement de l’enfant, le gouvernement a intensifié ses investissements dans le domaine de la petite enfance. Les programmes mis en œuvre accordent une attention particulière aux mille premiers jours de vie, période considérée comme déterminante pour le développement cognitif et physique de l’enfant. Les actions portent notamment sur l’amélioration de la nutrition maternelle et infantile, le renforcement des services de santé de base, l’accès à l’eau potable et l’assainissement. L’objectif poursuivi est de réduire les facteurs de vulnérabilité dès la naissance et de prévenir les retards de croissance ou les difficultés liées à la malnutrition.
Une lutte progressive contre les violences et les pratiques néfastes. La lutte contre les violences faites aux enfants constitue également une priorité des politiques publiques.
Au cours des dernières années, plusieurs campagnes de sensibilisation et programmes de prévention ont été lancés contre les violences domestiques, les mariages précoces, l’exploitation des enfants et les mutilations génitales féminines (MGF). Djibouti a notamment adopté une stratégie nationale d’abandon des mutilations génitales féminines ainsi qu’un plan d’action couvrant la période 2018-2022. Les autorités, en collaboration avec les partenaires internationaux et les organisations de la société civile, poursuivent leurs actions de sensibilisation auprès des communautés afin de faire évoluer progressivement les mentalités.
Selon plusieurs études récentes, certaines pratiques néfastes connaissent une diminution progressive chez les jeunes générations, bien que les mutilations génitales féminines demeurent encore présentes dans certaines régions du pays.
L’enregistrement des naissances progresse. L’amélioration de l’enregistrement des naissances constitue une autre évolution importante observée ces dernières années. Grâce aux campagnes de sensibilisation et à la mobilisation communautaire, davantage d’enfants disposent aujourd’hui d’un acte de naissance, document essentiel pour accéder à l’école, aux soins de santé et aux services sociaux. Cette reconnaissance juridique permet également de mieux protéger les enfants contre les risques d’exclusion et d’exploitation.
Des défis sociaux encore persistants
Malgré les progrès enregistrés, plusieurs défis demeurent importants pour le système national de protection de l’enfance.
La pauvreté des ménages, les inégalités territoriales, la faiblesse de certains services sociaux et la persistance des violences continuent de fragiliser de nombreux enfants. Les mariages précoces et les mutilations génitales féminines restent encore présents dans certaines communautés, tandis que les enfants migrants ou déplacés font face à des vulnérabilités particulières. Dans ce contexte, les autorités poursuivent leurs efforts pour renforcer les mécanismes de protection sociale, améliorer les services de proximité et développer une approche multisectorielle capable de répondre aux besoins croissants des enfants et des familles.
À travers ces réformes et programmes, Djibouti cherche ainsi à consolider les bases d’une société où chaque enfant pourra bénéficier de meilleures conditions de vie, d’une protection renforcée et d’un accès plus équitable aux opportunités de développement.
SOUBER HASSAN








































