Mouhiyadin Ali Darar fait partie de ces jeunes cadres qui s’engagent activement auprès de la jeunesse afin de leur transmettre les connaissances et compétences essentielles à leur ascension sociale. Ingénieur de formation, il exerce parallèlement ses fonctions  de Data Center Manager et œuvre dans le domaine de l’inclusion numérique, avec pour ambition d’offrir aux jeunes Djiboutiens les opportunités qu’offrent les nouvelles technologies. Dans cet entretien, il revient sur son engagement en faveur d’un meilleur accès aux compétences numériques, indispensables pour accompagner la transformation digitale du pays. Son objectif est de contribuer  à l’émergence d’une jeunesse mieux outillée, capable de s’imposer dans un monde de plus en plus numérisé et compétitif.

La Nation : Pouvez-vous d’abord vous présenter à nos lecteurs?

Mouhiyadin Ali Darar : Je suis ingénieur de formation, spécialisé depuis plus de dix ans dans les infrastructures technologiques, les systèmes d’information et la gestion des centres de données. J’occupe actuellement des fonctions de Data Center Manager, un poste qui m’amène à travailler quotidiennement sur des environnements sensibles où la disponibilité, la sécurité et la performance sont essentielles.

Parallèlement à cette activité professionnelle, j’assure la présidence de l’association Connect Djibouti, qui œuvre dans le domaine de l’inclusion numérique et de l’accompagnement des jeunes vers les opportunités qu’offre aujourd’hui la révolution technologique. Mais si je devais me définir au-delà des titres, je dirais simplement que je suis un jeune Djiboutien profondément attaché à son pays, convaincu que notre génération a un rôle historique à jouer dans la modernisation de la nation.

Vous êtes connu du grand public comme une voix très suivie sur les réseaux sociaux, notamment sur X. Pourquoi avoir choisi de faire des plateformes numériques un espace de transmission ?

Parce que j’ai très tôt compris une chose: dans notre époque, l’information est devenue une forme de richesse. Beaucoup de jeunes disposent de téléphones, d’Internet et d’un accès permanent aux réseaux sociaux, mais cet accès n’est pas toujours transformé en opportunité de progression.

J’ai donc voulu utiliser ces espaces non pas pour simplement commenter l’actualité, mais pour apporter une plus-value concrète. J’essaie de partager des astuces, des découvertes, des plateformes utiles, des outils d’intelligence artificielle et des conseils en matière d’apprentissage ou de business digital. Mon but est simple : montrer aux jeunes que le numérique n’est pas seulement un divertissement, c’est aussi un ascenseur social. Je crois sincèrement que la transmission du savoir est aujourd’hui une forme moderne de patriotisme.

Cette logique de transmission vous a d’ailleurs conduit à créer l’Association Connect Djibouti. Comment cette initiative est-elle née ?

Oui, absolument, et je dirais même que Connect Djibouti n’est pas né par hasard.

À un moment de mon parcours, j’ai eu l’honneur de rencontrer Son Excellence le Président de la République Ismaïl Omar Guelleh. Lors de cet échange, il avait insisté sur la responsabilité particulière qui incombe aux jeunes cadres formés du pays : celle de ne pas garder leurs acquis pour eux, mais de les reverser à la société.

Je dois dire que ce message m’a profondément marqué. Je me suis dit qu’il ne suffisait pas de réussir individuellement dans le secteur professionnel; il fallait aussi structurer un engagement collectif capable de toucher la jeunesse de manière durable. C’est de cette réflexion qu’est née Connect Djibouti.

Nous avons voulu créer une association utile, proche du terrain, qui ne soit pas seulement dans les discours mais dans l’action: formations gratuites, sensibilisation numérique, initiation aux outils informatiques, accompagnement des jeunes vers les métiers digitaux et vulgarisation de l’intelligence artificielle.

Quelles sont aujourd’hui les principales réalisations dont vous êtes le plus fier?

Je reste quelqu’un d’assez réservé sur la notion de fierté personnelle, parce que je pense que le plus important est le service rendu. Mais il est vrai que certaines étapes marquent un parcours.

Avec Connect Djibouti, nous avons pu initier plusieurs sessions de formation destinées aux jeunes, notamment dans les domaines de la bureautique, de l’usage professionnel d’Internet et des nouvelles opportunités offertes par l’intelligence artificielle. Nous avons également lancé le Djibouti IT Club.

Sur le plan international, j’ai eu l’honneur de représenter Djibouti dans des cadres particulièrement enrichissants comme le China-Africa Young Leaders Innovation and Entrepreneurship Forum, ainsi que l’Internet Governance Forum à Riyad. Ces expériences ont renforcé ma conviction que Djibouti dispose d’atouts considérables s’il continue à investir dans sa jeunesse.

Vous faites partie de ces jeunes qui parlent souvent de transformation numérique comme d’un enjeu national. Pourquoi cette question vous tient-elle autant à cœur?

Parce qu’il ne s’agit pas d’un simple effet de mode. Le numérique est en train de redessiner les rapports de force mondiaux: administration, finance, commerce, éducation, sécurité, communication, santé… tout passe désormais par la donnée, les infrastructures et la maîtrise technologique.

Djibouti, sous la conduite de Son Excellence le Président Ismaïl Omar Guelleh, a déjà posé des jalons importants en matière de connectivité Internationale et de positionnement stratégique. Mais la deuxième bataille est celle des compétences.

C’est pourquoi je milite énormément pour la vulgarisation numérique, la formation technique et l’émergence d’une culture de production locale. Je le dis souvent: la souveraineté numérique commence le jour où nos jeunes deviennent eux-mêmes concepteurs de solutions djiboutiennes.

On vous sait également attachés aux idéaux du Rassemblement Populaire pour le Progrès et aux valeurs républicaines. Quelle place occupe cet engagement dans votre parcours ?

Je suis militant du RPP parce que je crois profondément aux valeurs de stabilité, d’unité nationale et de modernisation responsable que ce parti a portées depuis des décennies.

Je pense que notre génération a aujourd’hui le devoir de consolider cet héritage en y injectant les outils nouveaux de notre temps : le numérique, l’innovation et la proximité avec les citoyens. Mon engagement politique, professionnel et associatif répond à la même idée: servir utilement la République.

Quel message souhaiteriez-vous adresser à la jeunesse djiboutienne?

Je voudrais leur dire que nous vivons un moment charnière. Le monde change très vite. Ceux qui se préparent aujourd’hui seront les décideurs de demain.

La jeunesse  djiboutienne  a du talent. Ce qui lui manque souvent, ce n’est pas l’intelligence, mais la confiance, la discipline et la persévérance. Notre pays a besoin d’une jeunesse fidèle à ses valeurs, respectueuse de ses institutions, mais audacieuse dans l’innovation.

Pour ma part, je continuerai modestement à œuvrer dans ce sens, parce que je reste persuadé d’une chose : la grandeur future de Djibouti dépendra de la qualité de l’engagement de ses enfants. Et servir cette patrie restera toujours, pour moi, le plus noble des combats.

Propos recueillis par Sadik Ahmed