La scène est plutôt inhabituelle, presque déroutante. Alors que la saison chaude devrait imposer sa chape de feu et de poussière, voilà que le ciel déverse des trombes d’eau inattendues, transformant nos rues en torrents et nos habitations en refuges précaires.
Simple accident météorologique ou symptôme brutal d’un monde qui se dérègle ? Ou encore, est-ce un avertissement que les changements climatiques frappent déjà à nos portes ?
Ces pluies diluviennes en plein mois de canicule révèlent que le climat, jadis prévisible, est devenu capricieux et violent. Elles démontrent que l’Afrique de l’Est, et Djibouti en particulier, sont en première ligne face à une crise climatique que nous n’avons ni causée ni amplifiée, mais dont nous subissons de plein fouet les conséquences. Voilà le paradoxe injuste : nous émettons peu, mais nous payons cher.
Dès lors, la question n’est plus de savoir si le climat change, mais comment notre pays va s’adapter. Il ne s’agit plus seulement de constater les dégâts après chaque inondation ou chaque sécheresse, mais de repenser nos politiques publiques à la hauteur de ce défi. La souveraineté nationale commande de construire des infrastructures résilientes, de protéger nos zones urbaines vulnérables et de renforcer les dispositifs d’alerte et de secours.
Mais il serait illusoire de croire que Djibouti – ni aucun autre pays d’ailleurs – peut, seul, porter le fardeau climatique. C’est une tragédie planétaire qui exige une réponse collective. Les grandes puissances, responsables de l’essentiel des émissions mondiales, ne peuvent continuer à jouer la montre. Elles doivent des comptes aux pays du Sud. Non pas en discours lénifiants lors des sommets internationaux, mais en actions concrètes : financement de l’adaptation, transferts de technologies, solidarité climatique réelle.
Les pays du Sud global, de leur côté, doivent hausser le ton. Il ne suffit plus d’assister passivement aux conférences climatiques mondiales : il faut y porter une voix forte et dénonciatrice. Il faut rappeler que l’inaction globale met en péril la stabilité de pays entiers et qu’elle nourrit les migrations forcées. En alimentant les crises humanitaires, cette inertie constitue, in fine, une menace géopolitique mondiale.
Le climat est devenu un enjeu de survie nationale. Ignorer les signaux, c’est condamner les générations futures à subir une instabilité chronique, faite d’inondations, de sécheresses et de crises alimentaires. L’heure n’est plus au déni ni à la résignation, mais à l’action concertée, locale et internationale.









































