Inscrite dans la vision 2035 du président de la République, Son Excellence M. Ismail Omar Guelleh, la lutte contre la pauvreté figure parmi les priorités nationales. Sous son impulsion, le pays a développé non seulement des nombreux programmes, combinant protection sociale, autonomisation économique et développement d’infrastructures de proximités visant à améliorer les conditions de vie de sa population vulnérable mais il a également mis en place un cadre institutionnel robuste et des stratégies à la fois morales, religieuses et empreintes d’une profonde solidarité.

Autant d’initiatives destinées à répondre à une pauvreté multidimensionnelle, exacerbée par les crises internationales et régionales, qui présentent aujourd’hui des résultats rassurants.

La lutte contre la pauvreté à Djibouti s’inscrit dans une vision politique claire, guidée par l’objectif de bâtir un développement social inclusif capable de toucher l’ensemble des citoyens. Depuis 2007, avec le lancement de l’Initiative Nationale de Développement Social (INDS), le Président Ismaïl Omar Guelleh a réaffirmé à maintes reprises que la prospérité du pays devait impérativement s’accompagner d’une solidarité effective envers les populations les plus vulnérables.

Dans ses discours officiels, le Chef de l’État djiboutien souligne que la pauvreté est un phénomène multidimensionnel. Elle ne peut être combattue uniquement par la croissance économique, mais nécessite également des politiques sociales robustes, des filets de sécurité efficaces et des programmes d’autonomisation durable. Dans ce cadre, le gouvernement a mis en place des initiatives complémentaires telles que l’appui à la microfinance, la création de structures financières adaptées et le renforcement des capacités locales pour permettre aux communautés de répondre aux défis économiques et sociaux. L’INDS a ainsi posé les bases d’une politique sociale structurée autour de plusieurs axes fondamentaux. Elle vise notamment à assurer la protection sociale des plus vulnérables, à développer les infrastructures de base, à promouvoir l’autonomisation économique des ménages, à améliorer l’accès à l’éducation et aux services de santé, et à réduire les disparités régionales afin de garantir une cohésion sociale durable.

Le MASS, dirige la mise en œuvre de l’initiative  

Le Ministère des Affaires Sociales et des Solidarités (MASS) constitue l’institution clé chargée de piloter et de coordonner la politique nationale de lutte contre la pauvreté. Sa mission englobe un large spectre d’interventions sociales, allant de la protection des familles vulnérables à la promotion de l’inclusion sociale et économique, en passant par le renforcement des compétences locales et l’amélioration de l’accès aux services essentiels.

L’une des réalisations les plus emblématiques du MASS est la mise en place d’un socle de protection sociale non contributive, structuré autour de programmes ciblés destinés à répondre aux besoins essentiels des ménages en situation de vulnérabilité. La Stratégie Nationale de Protection Sociale Non Contributive (2023-2027), élaborée par le ministère, se concentre sur quatre axes principaux. Le premier consiste à renforcer les institutions sociales afin de garantir la pérennité et l’efficacité des programmes de lutte contre la pauvreté. Le deuxième axe vise à développer des mécanismes capables de répondre efficacement aux chocs économiques et climatiques susceptibles d’affecter les populations les plus fragiles. Le troisième axe met l’accent sur la promotion d’activités génératrices de revenus, tandis que le quatrième s’attache à améliorer l’accès des ménages vulnérables aux services sociaux de base tels que l’éducation, la santé et l’eau potable. Parmi les programmes phares du MASS figure le Programme National de Solidarité Famille (PNSF), lancé en 2016, qui fournit des transferts monétaires réguliers aux ménages les plus démunis. Ce dispositif a pour objectif d’assurer la sécurité alimentaire et la stabilité financière de milliers de familles à travers le pays. Le Programme d’Assistance Sociale aux Étudiants des Régions de l’Intérieur (ASERI) vise, quant à lui, à soutenir la scolarisation des jeunes issus des zones rurales, réduisant ainsi les obstacles à l’accès à l’éducation et favorisant l’inclusion sociale des futures générations.

Le MASS a également développé des filets sociaux de sécurité, qui apportent une aide directe aux ménages vulnérables durant les périodes de chocs économiques ou climatiques. Ces programmes renforcent la résilience des communautés face aux crises et permettent d’atténuer les effets des imprévus sur les conditions de vie des citoyens. Enfin, le ministère encourage l’accès à la microfinance et aux services financiers pour les populations exclues des circuits formels, en particulier les femmes et les jeunes, afin de soutenir l’entrepreneuriat local et de favoriser l’autonomisation économique.

L’ADDS, un acteur au cœur de la lutte contre la pauvreté

Créée en 2007 à partir de la fusion de l’Agence Djiboutienne d’Exécution des Travaux d’Intérêt Public (ADETIP) et du Fonds Social de Développement (FSD), l’Agence Djiboutienne de Développement Social (ADDS) est le bras exécutif du MASS. Dotée d’une autonomie administrative et financière, elle est chargée de déployer les programmes sociaux sur tout le territoire national, des zones urbaines aux localités les plus isolées.

L’ADDS pilote de nombreux projets multisectoriels qui couvrent l’ensemble des axes stratégiques définis par la vision présidentielle. Ces interventions vont de la construction et de la réhabilitation des infrastructures sociales à la promotion de l’autonomisation économique, en passant par le développement communautaire et l’amélioration de l’accès aux services essentiels.

Dans le domaine des infrastructures sociales, l’ADDS a entrepris la construction et la modernisation de nombreuses écoles et collèges, tels que l’école primaire de Damerjog et le collège d’Ali Addeh, afin d’améliorer l’accès à l’éducation dans des zones historiquement défavorisées. Des centres de santé ont également été modernisés ou construits dans des localités comme Obock et Holl-Holl, dotés d’équipements modernes pour renforcer les soins de proximité.

L’accès à l’eau potable constitue un autre domaine prioritaire. L’ADDS a ainsi mené des projets d’extension des réseaux d’adduction dans des villes comme Ali Sabieh, Dikhil et Obock, permettant à des milliers de ménages d’accéder à une eau plus fiable et saine. Par ailleurs, pour dynamiser l’économie locale, l’agence a investi dans la construction et la réhabilitation de marchés, comme ceux d’Ali Sabieh et d’Obock, ainsi que dans la création de gares routières à Arta et Dikhil, favorisant les échanges commerciaux et stimulant les activités économiques des communautés.

L’ADDS encourage également l’accès à l’électricité durable, notamment à travers l’installation de lampadaires solaires, améliorant la sécurité et la qualité de vie des habitants.

Au-delà des infrastructures, l’ADDS s’engage activement dans l’autonomisation économique des populations vulnérables. Le concept de Groupements d’Entraide par Affinité (GEA), introduit en 2011 dans des localités comme Douda, Damerjog et Atar, a démontré son efficacité. Ce modèle favorise la solidarité entre membres d’une même communauté, notamment les femmes, pour lancer des activités génératrices de revenus et stabiliser leur situation financière.

La microfinance islamique développée par l’ADDS, en partenariat avec la Banque Islamique de Développement et d’autres acteurs internationaux, a permis de financer plusieurs milliers d’activités génératrices de revenus en majorité tenues par des femmes.

Les GEA ne sont pas en reste. Ils ont donné eux aussi des résultats probants. A Obock et à Ali Addeh dans la région d’Ali Sabieh, des nombreuses femmes ont épargné plusieurs dizaines de millions de DJF, contribuant activement à l’économie locale par des investissements productifs. Outre des programmes visant à renforcer l’inclusion sociale et les compétences locales, l’ADDS soutient également l’artisanat local et les coopératives féminines en proposant des formations pour développer de nouveaux produits, améliorer les chaînes de valeur locales et renforcer l’employabilité.

Et une stratégie de protection sociale non contributive 2023-2027 pour bâtir le capital humain de demain

Face à la multiplication des crises économiques, sanitaires et climatiques, la République de Djibouti adopte par la suite une stratégie de protection sociale non contributive pour la période 2023-2027.  Pour le Président de la République initiateur de la stratégie « le but n’étant pas de maintenir ces populations dans l’assistanat selon le président de la République, mais plutôt d’augmenter leur résilience en leur offrant plus d’opportunités afin qu’elles puissent devenir des membres productifs à part entière de notre société. Ainsi, personne ne doit être laissé en marge de la société ».

En effet, au cours des vingt dernières années, Djibouti a enregistré des progrès économiques notables, portés par sa position géostratégique, ses investissements dans les infrastructures portuaires et logistiques et son ouverture aux échanges internationaux. Ces avancées ont permis au pays d’accéder au statut de pays à revenu intermédiaire inférieur, avec un produit intérieur brut par habitant estimé à un peu plus de 3 100 dollars américains. Toutefois, ces performances macroéconomiques masquent des disparités sociales profondes et persistantes. La pauvreté demeure fortement enracinée, en particulier dans les zones rurales où plus de six habitants sur dix vivent dans une situation de pauvreté extrême, contre un peu plus de 13 % dans la capitale. Les inégalités d’accès aux services sociaux, à l’emploi et aux opportunités économiques continuent d’affaiblir le tissu social, tandis que la distribution inégale des revenus se reflète dans un indice de Gini élevé.

Cette fragilité structurelle a été brutalement accentuée au début des années 2020 par une succession de chocs exogènes. La pandémie de Covid-19 a entraîné une contraction significative de l’activité économique, la destruction de plus de 33 000 emplois et une perte de revenus pour près de 168 000 personnes, touchant en priorité les travailleurs du secteur informel, les petites entreprises et les ménages à faibles ressources. À cette crise sanitaire se sont ajoutés des chocs climatiques de plus en plus fréquents et intenses, marqués par des sécheresses récurrentes, des inondations dévastatrices et une insécurité alimentaire accrue, dans un pays fortement dépendant des importations alimentaires. Les répercussions de la guerre en Ukraine, notamment la flambée des prix des denrées de base et de l’énergie, ont encore aggravé la pression sur le pouvoir d’achat des ménages vulnérables.

Face à cet enchevêtrement de crises, la protection sociale s’est imposée comme un instrument stratégique de l’action publique. Dès le début des années 2000, l’État djiboutien avait engagé des politiques ciblées en faveur des populations vulnérables, mais c’est à partir des années 2010 que la protection sociale a acquis un rôle central dans la lutte contre la pauvreté et la promotion du développement humain. La Stratégie nationale de protection sociale non contributive 2023-2027 s’inscrit dans cette continuité tout en marquant une rupture qualitative, en dépassant la logique de programmes fragmentés pour proposer une vision systémique et coordonnée.

Alignée sur la Vision Djibouti 2035 et sur les engagements internationaux du pays en matière de développement durable et de droits sociaux, cette stratégie vise à garantir un socle minimum de protection aux personnes exclues des mécanismes contributifs classiques, notamment celles évoluant dans le secteur informel ou dépourvues de capacité de travail. Elle a été élaborée à l’issue d’un processus participatif approfondi, conduit sous la coordination du ministère des Affaires sociales et des Solidarités, associant l’ensemble des parties prenantes nationales et internationales. Des analyses documentaires, des études socioéconomiques, une cartographie des programmes existants et de larges consultations, incluant des ateliers nationaux et des groupes de discussion avec les bénéficiaires potentiels, ont permis de bâtir une stratégie ancrée dans les réalités du terrain.

La stratégie repose sur une architecture fondée sur le cycle de vie, reconnaissant que les risques et vulnérabilités évoluent de l’enfance à la vieillesse et que la protection sociale doit accompagner les individus à chaque étape de leur parcours. L’équité de genre constitue un principe transversal, visant à corriger les déséquilibres persistants entre les femmes et les hommes en matière d’accès aux ressources, aux services et aux opportunités économiques.

Le premier axe stratégique est consacré à la garantie d’un socle de protection sociale et à l’amélioration de l’accès aux services sociaux essentiels. Il cible en priorité les ménages les plus pauvres, les personnes âgées sans revenu, les personnes en situation de handicap et les individus durablement exclus du marché du travail. Dans ce cadre, le Programme national de filets sociaux, fondé sur des transferts monétaires réguliers, joue un rôle central dans la stabilisation des revenus et la réduction de l’insécurité alimentaire. Ce dispositif est complété par le Programme d’assistance sociale santé, qui prend en charge les frais médicaux des personnes démunies, ainsi que par le Programme EABS, destiné aux enfants et adolescents en situation de grande vulnérabilité, afin de prévenir les ruptures de parcours scolaire et les conséquences à long terme de la pauvreté infantile. La lutte contre l’analphabétisme des adultes constitue également une priorité, à travers le Programme national d’alphabétisation.

Le deuxième axe vise à favoriser l’autonomisation économique et la sortie durable de la pauvreté des ménages disposant d’une capacité de travail sous-exploitée. Il s’adresse notamment aux jeunes, aux femmes et aux réfugiés, en combinant protection sociale, formation professionnelle et soutien aux activités génératrices de revenus. L’objectif est de transformer l’assistance sociale en un tremplin vers l’autonomie économique, en accompagnant progressivement les bénéficiaires vers une insertion durable sur le marché du travail.

Le troisième axe est consacré à la protection sociale adaptative, conçue pour faire face à la fréquence et à l’intensité croissantes des chocs climatiques, sanitaires et économiques. Il prévoit le renforcement des systèmes d’alerte précoce, l’utilisation stratégique du Registre social pour identifier rapidement les populations affectées et l’extension temporaire des programmes de transferts monétaires en cas de crise, afin de prévenir le basculement des ménages vulnérables dans la pauvreté.

Enfin, le quatrième axe vise à renforcer durablement les institutions et les systèmes de protection sociale, en consolidant la coordination, la transparence et la pérennité des interventions. Il confirme le rôle central du ministère des Affaires sociales et des Solidarités dans le pilotage stratégique, tout en mettant l’accent sur la modernisation des systèmes d’information, le suivi-évaluation, la gestion des plaintes et le renforcement des capacités humaines et financières. À travers cette stratégie, Djibouti affirme sa volonté de faire de la protection sociale un pilier permanent de son modèle de développement, au service de la résilience, de la cohésion sociale et du capital humain.

Grâce à la Vision 2035, Djibouti s’affirme aujourd’hui comme un modèle africain de développement social, traçant une voie vers une société plus prospère.

Rachid Bayleh