
Entre opportunités, nouveaux modèles d’expression et risques de dérives, les réseaux sociaux s’imposent comme un miroir des aspirations et des inquiétudes de la jeunesse djiboutienne.
Djibouti n’échappe pas à la révolution numérique. Dans les cafés, les universités, les bus ou même les marchés, le regard rivé sur l’écran du smartphone est devenu une image familière. Les jeunes Djiboutiens, qui représentent la majorité de la population, se sont approprié les réseaux sociaux avec une rapidité fulgurante. Facebook, TikTok, Instagram, WhatsApp et, de plus en plus, X (ancien Twitter), ne sont plus de simples applications : ce sont des espaces de vie, de rencontre et d’expression. Pour de nombreux jeunes, les réseaux sociaux sont d’abord une formidable fenêtre sur le monde. Ils permettent d’accéder à des contenus éducatifs, à des cours en ligne, à des débats internationaux et à des opportunités professionnelles jusque-là inimaginables. Les étudiants djiboutiens trouvent sur YouTube des tutoriels pour renforcer leurs compétences en informatique, en langues étrangères ou même en entrepreneuriat.

La créativité est aussi au rendez-vous : TikTok et Instagram regorgent de vidéos humoristiques, de chansons revisitées ou de capsules culturelles. De jeunes talents, jusque-là anonymes, trouvent une scène pour s’exprimer, développer un public et parfois même générer un revenu grâce aux vues et aux partenariats.
Pour une jeunesse avide d’échanges et de reconnaissance, les réseaux sociaux sont devenus un prolongement de la vie sociale. Les amitiés se tissent et se consolident en ligne. Les groupes WhatsApp permettent de maintenir un lien constant entre camarades de classe, collègues ou membres d’associations. Les événements, qu’ils soient culturels, sportifs ou religieux, trouvent leur public grâce aux partages viraux.
Ils jouent aussi un rôle dans la construction identitaire : partager une photo, commenter une publication, publier une story est devenu un geste quotidien qui façonne la manière dont les jeunes se perçoivent et se présentent aux autres.
Cette hyperconnexion n’est pas sans conséquences. Beaucoup de parents s’inquiètent du temps passé en ligne par leurs enfants, parfois au détriment des études, du sommeil et de la vie familiale.
Les réseaux sociaux exposent également les jeunes aux discours haineux, aux fake news et au cyberharcèlement. Les cas de diffamation, d’usurpation d’identité et de règlements de comptes en ligne se multiplient. La quête de reconnaissance virtuelle – mesurée en “likes” et en “followers” – peut engendrer des frustrations, une perte de confiance en soi, voire des troubles psychologiques.
Cependant, réduire les réseaux sociaux à une menace serait oublié leur potentiel d’engagement. La jeunesse djiboutienne s’en sert aussi pour sensibiliser à des causes sociales : protection de l’environnement, promotion du tourisme local, défense des droits des femmes ou solidarité envers les plus vulnérables. Certaines campagnes virales ont permis de collecter des dons ou d’attirer l’attention sur des problèmes de société souvent passés sous silence.
À Djibouti, les réseaux sociaux constituent un nouvel espace public où se joue une partie de l’avenir de la jeunesse. À la fois terrain d’opportunités et source de défis, ils reflètent la vitalité, les espoirs et les fragilités d’une génération connectée, qui devra apprendre à naviguer entre virtuel et réel, entre illusion et construction, entre rêve et responsabilité.