Le vibrant discours du Président Guelleh prononcé hier lors de la séance d’ouverture du sommet mondial virtuel de l’Organisation Internationale du Travail.

(( Permettez-moi, tout d’abord d’adresser mes vifs remerciements au Directeur Général de l’Organisation Internationale du Travail, Monsieur Guy RYDER, pour la tenue de ce Sommet Mondial consacré au  Covid-19 et le monde du Travail.

Nous sommes réunis dans un contexte préoccupant car jamais, dans l’histoire récente de l’humanité, nos pays n’ont été confrontés à une crise d’une telle ampleur. Son impact tridimensionnel, sanitaire, économique et social, a exposé nos économies à la récession et a fait émerger de nouvelles vulnérabilités qui, aujourd’hui, menacent d’anéantir nos avancées récentes.

Dés l’apparition des premiers cas du COVID 19 à Djibouti, nous avons privilégié, comme beaucoup de pays l’ont fait, le confinement afin de contenir la progression du virus. Malgré les difficultés d’acquisition des tests de diagnostic, nous avons testé massivement notre population, nous permettant ainsi d’isoler et de traiter rapidement les personnes malades. Cette stratégie a réduit considérablement la létalité de cette pandémie dans notre pays.

Cependant, cela n’a pas été sans conséquence sociale. Le confinement a soustrait à de milliers de nos concitoyens leur gagne-pain quotidien et fragilisé un secteur privé déjà  sous-irrigué par le système financier.

Devant cette situation difficile, le gouvernement a mis en place des mesures d’urgence qui incluent un certain nombre d’actions destinées à protéger les salariés et employeurs en cette période difficile. Nous avons, entre autre, érigé un régime dérogatoire des relations de travail par le recours au télétravail et le temps de travail partiel. Dans la mesure de nos moyens, le gouvernement a mis en place une indemnité compensatrice aux salariés et le report des charges sociales aux entreprises afin d’éviter les licenciements économiques brutaux.

La mise en place d’une assurance-chômage adaptée à nos contextes économiques

Dans le contexte de la relance de l’économie post-COVID 19, nous estimons que l’urgence est plus que jamais placée dans l’extension de la couverture sociale universelle qui doit protéger le revenu de chaque travailleur. La mise en place d’une assurance-chômage nécessite certes des moyens dont les pays les moins avancés ne peuvent se targuer, d’autant qu’en temps normal, nos pays font face à un taux élevé du chômage, cependant, elle demeure souhaitable parce que fondée sur un besoin de protection d’une frange tout aussi importante de la population active. Une assurance-chômage adaptée à nos contextes économiques, universel et équitable, ne doit plus être une utopie mais un objectif atteignable que nous nous fixons dans les prochaines années.

De manière générale, notre plan de riposte et de résilience, qui est en accord avec le cadre stratégique de relance préconisé par l’OIT, envisage de renforcer le marché du travail afin de faciliter l’intégration des travailleurs en situation de chômage  et se décrit comme suit :

• La régulation du marché du travail,

• la relance de l’emploi décent et de l’insertion professionnelle,

• la mise en place d’une politique qui vise à faciliter l’insertion des réfugiés dans le marché du travail

• et enfin  la promotion de la santé et de la sécurité au travail.

Une mobilisation exceptionnelle des ressources financières et une solidarité internationale plus effective, visible et durable

Dans cette épreuve de la pandémie du Covid-19, je retiens cette opportunité formidable qu’elle offre à nos pays : celle de poser le débat sur la réalité de nos économies et de nos liens économiques, sur la consistance de nos marchés de travail, sur le sens effectif des solidarités que nous avons mises en place et les protections que nous souhaitons désormais offrir à chacun de nos concitoyens.

Comme vous, je pense qu’il y a un avant et un après Covid. Et que des solutions politiques économiques et sociales doivent émerger avec le soutien nécessaire de la communauté internationale. J’ai une pensée aux acteurs du secteur informel qui, dans de nombreux pays,  se sont retrouvés du jour en lendemain dépourvus de tout revenu. La lutte contre le travail précaire doit rester une priorité.

Les pays les plus pauvres sont les plus touchés. D’où la nécessité de mettre en place une mobilisation exceptionnelle des ressources financières et une solidarité internationale plus effective, visible et durable basée sur un plan d’aide au cas par cas qui tienne compte des besoins divers de chaque état.

Pour vous donner un exemple, déjà avant la pandémie, l’Afrique avait besoin de 600 milliards de dollars par an pour la réalisation des Objectifs de Développement Durable et ceux de l’agenda 2063. Cette situation inédite a hypothéqué non seulement nos progrès réalisés mais elle menace de nous remettre 10 ans en arrière.

L’année dernière, à l’occasion de son centenaire, l’OIT a adopté une Déclaration.

Cette dernière se projetait essentiellement sur l’avenir et se concentrait particulièrement sur l’informatisation du travail et sa mise en œuvre devait se faire cette année. Mais  la pandémie a changé  la donne. C’est pourquoi, il faut profiter de ce sommet pour la reformuler et l’adapter au contexte actuel.

Le Covid 19 confirme l’existence de cette communauté de destin dont on parle si souvent. Il confirme l’interdépendance de nos états et de nos continents. Il confirme la fragilité de nos états, riches ou pauvres.  C’est pourquoi, nous devons rassembler nos efforts, nos ressources, et élaborer des stratégies  réelles et cohérentes afin de mettre en place une riposte répondant aux besoins de chacun.))