
Le tout premier Forum international sur l’adaptation climatique, organisé à Djibouti, a réuni durant trois jours scientifiques de renom, décideurs politiques et partenaires internationaux autour d’un même objectif : apporter des réponses concrètes et coordonnées aux effets croissants du changement climatique dans la Corne de l’Afrique. Placée sous le signe de la science, de l’innovation et de la coopération régionale, cette rencontre de haut niveau s’est clôturée hier dans la matinée par une déclaration commune d’adaptation, pensée au plus près des réalités territoriales et des populations.

Djibouti vient d’inscrire une nouvelle page dans son engagement face à l’un des plus grands défis du XXIᵉ siècle. Lundi 19 janvier, à l’hôtel Ayla, s’ouvrait le premier Forum sur l’adaptation climatique, une rencontre d’envergure régionale qui, durant trois jours d’échanges intenses, a placé la science au cœur des politiques publiques d’adaptation. La cérémonie de clôture, tenue hier dans la matinée, s’est déroulée en présence du ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Dr Nabil Mohamed Ahmed, du directeur général du Centre d’Étude et de Recherche de Djibouti (CERD), Dr Jalludin Mohamed, de la présidente-directrice générale de l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD), Dr Valérie Verdier, ainsi que du professeur Daniel Olago, de l’Université de Nairobi, ancien membre du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC).
Cet événement majeur a rassemblé des scientifiques de renom, des responsables gouvernementaux, des représentants d’organisations internationales et des experts du climat venus de Djibouti, d’Éthiopie, de Somalie, du Kenya, de Tanzanie et d’autres pays partenaires. Tous ont partagé un même constat : dans une région parmi les plus vulnérables aux effets du changement climatique, l’adaptation n’est plus une option mais une urgence vitale.
Une réponse scientifique régionale aux défis climatiques
Le forum s’est articulé autour du projet ADAC – Alliance Doctorale pour l’Adaptation Climatique – une initiative financée par la France et conçue comme un levier structurant pour la recherche régionale. ADAC vise à renforcer les capacités scientifiques locales en mettant en réseau les institutions de recherche et d’enseignement supérieur de la Corne de l’Afrique avec des partenaires internationaux de premier plan, au premier rang desquels l’IRD et l’Université de Djibouti.
L’ambition était de produire des connaissances scientifiques solides, ancrées dans les réalités territoriales, capables d’éclairer les décisions publiques et de soutenir des politiques d’adaptation efficaces. À travers la formation doctorale, le partage des données et la co-construction des savoirs, ADAC entend faire émerger une nouvelle génération de chercheurs africains spécialisés dans l’adaptation climatique.
Au cœur de cette dynamique se trouve un concept novateur largement débattu au cours du forum : les ZAPI, ou Zones d’Adaptation Prioritaire et d’Innovation. Ces zones, identifiées dans différents contextes écologiques et socio-économiques de la région, constituent de véritables laboratoires à ciel ouvert où scientifiques, décideurs et communautés locales travaillent de concert.
Les ZAPI permettent d’observer, sur le long terme, les impacts concrets du changement climatique – raréfaction de l’eau, dégradation des sols, perte de biodiversité, insécurité alimentaire – tout en expérimentant des solutions adaptées aux réalités locales. Elles favorisent une approche participative de la recherche, où les savoirs scientifiques dialoguent avec les connaissances traditionnelles des populations.
« L’adaptation ne peut être pensée sans celles et ceux qui vivent quotidiennement les impacts du changement climatique », a rappelé le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, réaffirmant la détermination de Djibouti à placer la science, l’innovation et la coopération internationale au cœur de sa stratégie nationale.
Trois jours de débats structurants et de propositions concrètes
La richesse du forum s’est exprimée à travers un programme dense, structuré en trois grandes sessions thématiques, combinant panels de haut niveau, ateliers scientifiques et tables rondes.
La première journée a été consacrée aux enjeux scientifiques et politiques de l’adaptation climatique. Les intervenants ont souligné la nécessité de dépasser les approches sectorielles pour adopter une gouvernance intégrée de l’adaptation. Éducation, environnement, jeunesse, genre, solidarité et investissement ont été analysés comme des leviers indissociables, tout comme la santé, l’agriculture, l’énergie, l’aménagement urbain, l’économie numérique et la décentralisation.
Les discussions ont également porté sur l’état actuel de la recherche en matière d’adaptation, mettant en évidence des avancées significatives mais aussi des lacunes persistantes, notamment en termes de données climatiques locales et de transfert des résultats scientifiques vers les décideurs. Le financement de l’adaptation a constitué un autre axe majeur, avec des échanges sur les différentes échelles d’intervention, les défis d’accès aux fonds internationaux et le rôle clé des acteurs publics et privés.
Enfin, l’enseignement supérieur et la formation multi-acteurs ont été identifiés comme des piliers essentiels pour bâtir des capacités durables, capables de répondre aux défis climatiques sur le long terme.
La deuxième journée a plongé les participants au cœur des territoires, avec une réflexion approfondie sur le passage de la vulnérabilité à la viabilité. Les débats ont porté sur les ZAPI situées dans les montagnes et hauts plateaux tropicaux de Tanzanie et d’Éthiopie, véritables « châteaux d’eau » de la région, dont l’avenir est menacé par le réchauffement climatique. La préservation de ces écosystèmes, refuges de biodiversité, est apparue comme un enjeu stratégique pour la sécurité hydrique régionale.
Les zones agropastorales semi-arides et arides du Kenya et de Djibouti ont également été au centre des échanges. Face à la récurrence des sécheresses et à la pression sur les ressources naturelles, les intervenants ont plaidé pour des trajectoires de développement innovantes, conciliant résilience climatique, sécurité alimentaire et moyens de subsistance durables.
Les discussions ont aussi mis en lumière l’importance des plateformes de données en science ouverte pour mieux comprendre les dynamiques climatiques, renforcer les systèmes d’observation et soutenir des politiques fondées sur des preuves scientifiques. Les approches intégrées, telles que le nexus eau-énergie et le nexus biodiversité–sécurité alimentaire–santé, ont été présentées comme des solutions clés pour renforcer la résilience territoriale.
La troisième journée s’est tournée vers l’avenir, avec un accent particulier sur l’innovation et l’entrepreneuriat au service de l’adaptation. Une table ronde dédiée aux jeunes innovateurs a mis en avant des initiatives locales prometteuses, illustrant le potentiel de la jeunesse à devenir un moteur de solutions climatiques.
Les nouvelles technologies ont occupé une place centrale dans les débats : outils numériques, intelligence artificielle, systèmes d’alerte précoce. Autant d’innovations capables d’améliorer la gestion des risques climatiques, d’anticiper les crises et de renforcer la capacité d’adaptation des communautés.
Au-delà des échanges, le forum a marqué le lancement d’une véritable stratégie régionale de recherche sur l’adaptation climatique. La présentation de la charte de l’ADAC a symbolisé l’engagement collectif des institutions partenaires à promouvoir l’excellence scientifique, le partage des savoirs et la coopération transfrontalière.
Cette charte pose les bases d’une gouvernance scientifique commune, orientée vers la production de connaissances utiles, l’appui aux politiques publiques et la formation de compétences locales. Elle traduit la volonté de transformer les résultats de la recherche en recommandations opérationnelles et en initiatives concrètes d’adaptation, adaptées aux spécificités de la Corne de l’Afrique.
RACHID BAYLEH










































