
Depuis le début des années 2000, le Ministère de l’Environnement et du Développement Durable (MEDD) s’est imposé comme un acteur majeur dans la protection de l’environnement à Djibouti. Dans un pays marqué par un climat aride, une rareté structurelle de l’eau et des ressources limitées, chaque initiative en faveur de la préservation de l’eau, des sols, de la biodiversité et de la résilience des communautés est essentielle pour garantir le développement durable. Au fil des vingt-cinq dernières années, le ministère a su combiner stratégie nationale, projets concrets et coopération internationale pour répondre à ces enjeux, tout en ajustant ses interventions aux besoins des populations — rurales comme urbaines.

Gestion durable de l’eau et des pâturages (2024–2025)
En 2025, le MEDD, en partenariat avec le Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD), a lancé un projet ambitieux intitulé « Gestion durable des ressources en eau et des pâturages pour renforcer la résilience climatique des communautés rurales » d’un montant de 23,3 millions de dollars. Ce projet, financé par le Fonds pour les pays les moins avancés (LDCF) et le Fonds pour l’Environnement Mondial (GEF), s’adresse aux régions d’Ali-Sabieh, Dikhil, Tadjourah et Obock, qui subissent les impacts les plus sévères des sécheresses, des inondations et des variations climatiques extrêmes.

L’initiative vise à améliorer la sécurité hydrique par la construction de points d’eau durables destinés à l’usage domestique, pastoral et agricole, ainsi que par la réalisation de micro-barrages et d’infrastructures hybrides combinant techniques et solutions basées sur la nature pour diminuer l’érosion et les risques d’inondation. Elle prévoit également la restauration de plus de 3 800 hectares de pâturages et de 120 hectares de terres agricoles, en plantant des espèces locales et en retirant les plantes invasives, ce qui favorise la productivité des terres et la durabilité des systèmes agropastoraux.
Un aspect central de ce projet est la promotion de moyens de subsistance résilients au climat, avec un soutien particulier aux femmes et aux jeunes, à travers la création de plateformes d’incubation, des formations professionnelles et des opportunités d’entrepreneuriat vert. Parallèlement, le projet met l’accent sur la gestion des connaissances, afin de permettre le partage des pratiques efficaces et l’intégration des leçons apprises dans de futures politiques et programmes nationaux.

Adaptation fondée sur les écosystèmes (2020–2024)
Dans le cadre de sa politique d’adaptation climatique, le MEDD a piloté un projet de 26 millions de dollars visant à restaurer et protéger les écosystèmes des régions de Dikhil et Tadjourah. Lancé officiellement en 2024, cet effort est structuré autour d’une stratégie dite d’adaptation fondée sur les écosystèmes (AfE), qui combine l’usage des infrastructures traditionnelles dites « grises » avec des solutions « vertes » reposant sur la nature elle-même telles que la restauration de berges, la plantation d’espèces indigènes et la conservation des plaines alluviales à travers les vallées de wadis.
Ce projet, qui couvre des paysages essentiels pour les moyens de subsistance locaux, entend réduire la vulnérabilité des populations face à la désertification, aux températures extrêmes et aux inondations soudaines. Il est conçu pour bénéficier directement à environ 207 000 personnes, parmi lesquelles près de la moitié sont des femmes, et pour améliorer durablement la sécurité alimentaire, l’accès à l’eau et la protection des terres agricoles, tout en stimulant des pratiques agricoles résilientes et durables.

L’approche intégrée adoptée par le MEDD dans ce projet est considérée comme l’une des plus avancées du pays, car elle relie la restauration des écosystèmes à la création de moyens de subsistance durables tout en renforçant les capacités locales de gouvernance environnementale.
Renforcement des capacités et stratégies nationales
Le MEDD a aussi concentré des efforts soutenus sur le renforcement des capacités institutionnelles pour conduire des politiques environnementales cohérentes et durables. En 2024, le ministère a organisé un atelier de lancement pour l’élaboration de la stratégie de développement à faible émission de carbone (LT-LEDS), qui a réuni des représentants du gouvernement, des partenaires internationaux comme le PNUD, des acteurs de la société civile et d’autres parties prenantes concernées.
Cette stratégie vise à intégrer les enjeux climatiques dans toutes les politiques nationales, allant de l’agriculture à l’urbanisme, ce qui constitue une avancée majeure pour préparer Djibouti aux défis futurs.
En parallèle, le MEDD a supervisé la production du Premier Rapport Biennal Actualisé (BUR1) sur le changement climatique, un document technique qui met à jour les émissions de gaz à effet de serre du pays et permet d’évaluer les progrès des actions climatiques en lien avec la Convention-Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques (CCNUCC). Ce rapport sert d’outil essentiel pour orienter les décisions politiques, mesurer les impacts et renforcer la transparence des engagements nationaux.
Toujours en 2025, le MEDD, conjointement avec le PNUD, a lancé un nouveau projet de 2,5 millions de dollars financé par le Fonds Vert pour le Climat (GCF), visant à intégrer l’adaptation au changement climatique dans les processus de planification budgétaire et de gestion publique.
L’approche participative de ce projet mobilise non seulement les autorités locales et nationales, mais aussi les femmes, les jeunes et les organisations de la société civile afin d’assurer une mise en œuvre inclusive et efficace des politiques climatiques.
Appui aux communautés ocales via le microfinancement (2011–2025)
Depuis 2011, Djibouti participe activement au Programme de Microfinancement du Fonds pour l’Environnement Mondial (PMF/FEM), qui permet de soutenir des projets locaux portés par des ONG, des associations communautaires ou des groupes de citoyens. Au total, plus de 50 projets ont été financés à travers ce mécanisme, couvrant des interventions concrètes telles que la construction de réservoirs d’eau solaires, l’installation de systèmes d’énergie solaire domestique et le renforcement des capacités locales en matière de gestion durable des ressources.
Grâce à ce soutien, des communautés rurales ont pu diversifier leurs activités économiques tout en réduisant leur dépendance à des pratiques à fort impact environnemental. Par exemple, certaines initiatives ont stimulé la création d’activités génératrices de revenus axées sur l’écotourisme, l’artisanat écologique ou des productions agricoles résilientes au climat, ce qui a contribué à stabiliser les revenus des familles et à renforcer leur autonomie face aux chocs climatiques.
Projets historiques d’adaptation climatique (2006–2017)
Outre les projets récents, le MEDD a été impliqué, depuis les années 2010, dans des approches intégrées d’adaptation climatique financées notamment par le Least Developed Countries Fund (LDCF) et le PNUE. Ces programmes de long terme ont permis de restaurer des acacia woodlands, des mangroves et des parcelles agro-pastorales, tout en construisant des infrastructures anti-inondation telles que des digues dans des zones urbaines vulnérables.
Par exemple, des actions de restauration des mangroves ont été conduites afin d’augmenter la résilience des zones côtières face à l’érosion et aux tempêtes, tout en créant des habitats favorables à la biodiversité marine. Ces projets ont combiné des technologies de récupération des sols avec des pratiques traditionnelles, tout en formant des communautés locales à des techniques agricoles et d’agroforesterie résilientes.
Initiatives régionales et engagements internationaux
Le MEDD s’est aussi impliqué dans des initiatives régionales et internationales de grande ampleur. Djibouti a rejoint l’initiative africaine de la Grande Muraille Verte, qui vise à combattre la désertification et restaurer des terres dégradées à l’échelle du continent. Dans ce cadre, le ministère a signé le projet SURAGGWA, un programme de 10 millions de dollars financé par le Fonds Vert pour le Climat pour transformer durablement les paysages arides, valoriser les produits forestiers locaux et renforcer les capacités institutionnelles ainsi que les associations locales.
Cette initiative renforce la coopération régionale en faveur de pratiques durables de gestion des terres et contribue aux objectifs de sécurité alimentaire, de création d’emplois verts et de lutte contre la désertification.
Transition énergétique et énergies renouvelables
Le MEDD soutient également la transition énergétique du pays en plaidant pour l’intégration d’énergies propres dans le mix énergétique national. Une réalisation majeure est la centrale éolienne de Ghoubet, d’une capacité de 60 MW, entrée en service en 2023. Il s’agit de la première grande installation d’énergie éolienne connectée au réseau national, marquant un tournant significatif pour la production d’électricité propre à Djibouti.
Parallèlement, le pays a lancé la construction de la centrale solaire Amea Grand Bara, prévue pour produire 25 MW d’électricité solaire. Ces projets contribuent à réduire la dépendance aux combustibles fossiles et à soutenir la transition vers une énergie durable, tout en favorisant l’accès à l’électricité dans les zones rurales.
Engagements climatiques internationaux et politiques nationales (2025)
En novembre 2025, Djibouti a soumis son Deuxième Engagement Nationalement Déterminé (NDC), piloté par le MEDD. Ce document réaffirme l’ambition du pays de renforcer sa résilience climatique et de réduire ses émissions de gaz à effet de serre de 65 % par rapport au scénario de référence, sous réserve de financements internationaux. Cet engagement s’articule autour de secteurs clés tels que la gestion de l’eau, l’agriculture durable, la conservation des zones côtières et urbaines, et l’efficacité énergétique. Le NDC constitue un cadre stratégique pour aligner les actions nationales avec les objectifs de l’Accord de Paris, tout en mobilisant des ressources et partenariats internationaux pour soutenir les efforts de Djibouti.
Notons au passage que Depuis 2000, le Ministère de l’Environnement et du Développement Durable de Djibouti a construit une démarche cohérente et progressive pour répondre aux défis environnementaux, climatiques et socio-économiques du pays. À travers une série de projets concrets, allant de la gestion de l’eau et des pâturages à la restauration des écosystèmes, du renforcement des capacités institutionnelles à l’appui direct aux communautés locales, et de la transition énergétique aux engagements climatiques internationaux, le MEDD a démontré que la protection de l’environnement peut être un moteur de développement durable.
Les actions menées au cours des vingt-cinq dernières années montrent une vision stratégique, une capacité d’adaptation et une volonté d’intégrer les défis environnementaux à toutes les sphères de la société djiboutienne. Ces réalisations ouvrent la voie à un avenir où l’environnement n’est pas seulement préservé, mais devient un pilier essentiel du progrès économique et social pour tous.









































