Depuis l’accession à la magistrature suprême du Président Ismaïl Omar Guelleh en 1999, la jeunesse et la culture ont cessé d’être des secteurs secondaires pour devenir les piliers de la stratégie de développement national. Retour sur une transformation profonde qui vise à faire de la force vive du pays le moteur de l’émergence.

L’une des réalisations les plus visibles de ces deux dernières décennies est la décentralisation de l’accès à la culture et aux loisirs. Sous l’égide du ministère de la Jeunesse et de la Culture, le pays s’est doté d’un réseau dense de Centres de Développement Communautaire (CDC).

Ces infrastructures, présentes aussi bien dans les quartiers de la capitale que dans les régions de l’intérieur, servent de lieux d’apprentissage, d’échange et de citoyenneté. Elles permettent d’offrir aux jeunes des espaces sécurisés pour le sport, l’informatique et les arts, réduisant ainsi les fractures sociales et géographiques.

Ces centres ne sont pas de simples bâtiments ; ils sont devenus des lieux de vie où se joue l’intégration sociale. Ils proposent l’accès au numérique via des salles informatiques pour réduire la fracture digitale, des formations civiques pour détourner les jeunes des fléaux sociaux (comme le khat ou la délinquance)ainsi que des plateaux sportifs et des scènes de théâtre qui ont vu naître une nouvelle génération de talents djiboutiens.

La Culture comme vecteur d’identité et d’économie

Le Président Guelleh a toujours affirmé que la culture était le « ciment de l’unité nationale ». Cette vision s’est traduite par plusieurs actions phares :

La réhabilitation du patrimoine : Un effort constant est déployé pour préserver les traditions orales et les sites historiques.

Le soutien à la création : À travers l’organisation de festivals nationaux et la participation à des événements internationaux, les artistes djiboutiens bénéficient désormais d’une vitrine plus large.

L’économie créative : le ministère de la Jeunesse et de la Culture encourage de plus en plus l’entrepreneuriat culturel, transformant le talent artistique en une source de revenus viable pour les jeunes créateurs.

Le “Xeedho” et la Reconnaissance Mondiale

L’un des moments les plus emblématiques de cette politique de revalorisation de notre culture, a été l’inscription du Xeedho sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO en décembre 2023. Cet acte a marqué la reconnaissance internationale de l’identité djiboutienne.

Le 5 décembre 2023, lors de la 18ᵉ session du Comité intergouvernemental à Kasane (Botswana), l’UNESCO a officiellement inscrit le Xeedho sur la liste du patrimoine culturel immatériel nécessitant une sauvegarde urgente. ​Ce moment historique marque la toute première inscription d’un trésor culturel de la République de Djibouti au patrimoine mondial. Plus qu’une simple reconnaissance d’un plat traditionnel, cette décision consacre un savoir-faire millénaire, un pilier de la cohésion sociale et une identité féminine forte. Pour Djibouti et la région de la Corne de l’Afrique, l’entrée du Xeedho à l’UNESCO est une victoire culturelle majeure. Elle rappelle que le patrimoine ne se limite pas aux monuments de pierre, mais réside aussi dans les mains des femmes qui, par un nœud ou une recette, tissent le lien social d’une nation.

Le « Xeer Issa » reconnu par l’Unesco

L’inscription du Xeer Issa  sur la liste du patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO est une étape majeure pour la préservation des traditions orales de la Corne de l’Afrique.

Le Xeer est un système juridique polycentrique complexe qui régit la vie sociale, politique et judiciaire de la communauté Issa depuis des siècles. Contrairement aux lois écrites occidentales, le Xeer repose sur la transmission orale car les lois sont mémorisées et transmises par les anciens et les sages. Les conflits sont résolus par des assemblées de sages (Ougas et anciens). Le groupe (la lignée ou le clan) est souvent responsable des actes de ses membres, favorisant la médiation plutôt que la punition purement individuelle.

Le dossier a été porté principalement par Djibouti, avec le soutien des communautés présentes en Éthiopie et en Somalie. En décembre 2023, lors de la 18ème session du Comité intergouvernemental, le Xeer a été officiellement inscrit.

Cette inscription est historique étant donné qu’elle place une structure de gouvernance africaine précoloniale sur le même plan que d’autres grands héritages mondiaux.

Outil de paix, le Xeer est reconnu pour son efficacité dans la résolution des conflits liés aux ressources (eau, pâturages) et pour le maintien de la cohésion sociale dans des environnements arides.

Cette inscription engage les états concernés à documenter, protéger et promouvoir ces pratiques pour éviter qu’elles ne disparaissent face à la modernisation rapide.

Bien que traditionnel, le Xeer possède des mécanismes pour protéger les plus vulnérables. Outil de démocratie directe, chaque membre de la communauté a théoriquement une voix lors des grandes assemblées de concertation.

Cette reconnaissance permet de montrer que le droit ne vient pas seulement des parlements modernes, mais aussi d’une sagesse ancestrale profonde.

Le “Qibnah Orobi” : Un trésor Afar reconnu en 2025

Le “Qibnah Orobi” (ou Qibnah Oribi), qui désigne le cortège nuptial traditionnel dans la culture Afar, a officiellement été inscrit par l’UNESCO sur la Liste représentative du Patrimoine Culturel Immatériel de l’Humanité en décembre 2025. Cette inscription a été validée lors de la 20ème session du Comité intergouvernemental de l’UNESCO , qui s’est tenue en Inde. C’est une étape majeure pour la République de Djibouti, car elle valorise une tradition ancestrale au niveau mondial. ​Le terme signifie littéralement “le cortège nuptial” en langue afar. Ce n’est pas seulement un défilé, mais un rituel complexe et symbolique

Le « Qibnah Orobi » constitue une composante essentielle du mariage traditionnel national. Il s’inscrit dans un ensemble de pratiques structurées comprenant Esser Fayxi, Digib, Orba, Keetal Qido et Ibaydobbi, qui jalonnent les différentes étapes du passage à la vie conjugale. Ce rituel mobilise musique, chants, henné, parures, artisanat et participation communautaire, réunissant plusieurs générations autour d’un moment de cohésion sociale et de transmission identitaire.

Si cette inscription revêt une dimension profondément nationale, elle trouve également une résonance régionale à travers la coopération multinationale engagée avec les Comores, les Émirats arabes unis, l’Iraq, la Jordanie, la Mauritanie et la Somalie, illustrant la force de la solidarité culturelle et des traditions partagées.

L’UNESCO a ainsi reconnu que cette pratique favorise la cohésion sociale car elle rassemble les différentes générations et renforce les liens communautaires. ​Par ailleurs, le rituel accorde une place importante aux rôles respectifs des hommes et des femmes dans la transmission des valeurs.

En protégeant ce rituel, on protège également les expressions orales et les chants en langue afar.

Grand Prix du Chef de l’Etat pour l’initiative « Jeunesse »

Le Grand Prix du Chef de l’Etat pour l’initiative “Jeunesse » est décerné chaque année lors de la Journée Nationale et Africaine de la jeunesse prévue le 1ᵉʳ novembre. Il comprend un thème défini chaque année. Pour l’édition 2025, le thème choisi fut « « Industries Culturelles & Créatives et Entrepreneuriat Féminin : Innover pour un Développement Durable ».

Ce concours annuel est l’un des événements les plus prestigieux pour la jeunesse djiboutienne. Il a pour objectif d’encourager l’esprit d’entreprise, l’innovation et l’engagement civique chez les jeunes. Il récompense des projets qui contribuent au développement social, économique et culturel du pays.

Les prix sont traditionnellement remis le 1er novembre, à l’occasion de la Journée Nationale et Africaine de la Jeunesse, en présence du Président de la République, M Ismaïl Omar Guelleh, aux côtés de la Ministre de la Jeunesse et de la Culture, Dr. Hibo Moumin Assoweh. ​Ce concours  s’adresse aussi bien aux individus (personnes physiques) qu’aux associations et groupements de jeunes âgés de 18 à 35 ans et plusieurs prix allant de 1 000 000 à 3 000 000 FDJ sont remis aux lauréats pour soutenir le démarrage ou l’extension des projets .

La Jeunesse et la Culture, portrait d’une nation en pleine mutation

L’évolution de la jeunesse et de la culture à Djibouti depuis l’arrivée du Président Guelleh en 1999,  témoigne d’une transformation structurelle et identitaire sans précédent. Sous l’impulsion d’une politique de modernisation et d’ouverture internationale, le pays est passé d’un modèle de conservation traditionnelle à une dynamique de progrès résolument tournée vers l’avenir.

Cette période a permis l’émergence d’une génération nouvelle, façonnée par l’accès élargi à la connaissance et par une connectivité accrue avec le reste du monde. La culture djiboutienne, loin de s’effacer devant la mondialisation, s’est enrichie de ces apports extérieurs pour devenir un vecteur de cohésion nationale et de rayonnement régional. L’énergie de la jeunesse, désormais mieux outillée et plus consciente de son rôle moteur, constitue aujourd’hui le capital le plus précieux de la nation.

En conclusion, ces deux décennies marquent le passage à une maturité collective où les aspirations de la jeunesse et les fondements de la culture ne sont plus perçus comme des éléments figés, mais comme les forces vives d’un développement en constante accélération. Le défi majeur reste désormais de pérenniser cet élan pour que chaque jeune puisse devenir l’architecte du Djibouti de demain, au sein d’une société qui honore son héritage tout en embrassant pleinement la modernité.

N. Kadassiya