Célébrée jeudi soir à Djibouti, à l’instar de l’ensemble des pays musulmans la nuit d’Isra wa Al Miraj commémore l’un des événements les plus marquants et les plus mystérieux de l’histoire de l’islam : le Voyage nocturne et l’Ascension du Prophète Muhammad (Que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui). Bien au-delà d’un miracle, cette nuit sacrée raconte un itinéraire spirituel hors du commun, jalonné de rencontres célestes, de messages divins et d’enseignements universels. À Djibouti, cette commémoration demeure un moment de foi intense, de transmission et d’élévation des consciences.

Isra wa Al Miraj figure parmi les grandes nuits bénies du calendrier islamique. Elle commémore un événement relaté dans le Coran, au cours duquel le Prophète Muhammad (Que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui) fut transporté de la Mosquée sacrée de La Mecque (Al-Masjid al-Haram) à la Mosquée Al-Aqsa à Jérusalem (Isra), avant de s’élever à travers les cieux (Miraj), jusqu’à atteindre une proximité exceptionnelle avec le Créateur.

Cet épisode, survenu selon la tradition durant la 27ᵉ nuit du mois de Rajab, constitue un pilier de la spiritualité musulmane. Il symbolise à la fois l’épreuve, la consolation divine et l’espérance. À Djibouti, pays à 100% musulman, cette nuit est vécue comme un moment de recueillement intense, de prières prolongées et de rappel des fondements de la foi.

Rappelons que la nuit d’Isra wa Al Miraj porte une dimension spirituelle et éducative majeure. Selon le Coran, c’est au cours de cette ascension que furent prescrites les cinq prières quotidiennes, pilier central de la religion musulmane. Cette prescription confère à la prière (Salat) un lien direct entre le croyant et son Seigneur. Pour les fidèles djiboutiens, cette nuit est ainsi l’occasion de renouveler leur engagement religieux, de renforcer leur foi à travers des prières nocturnes.

Selon les hadiths cette nuit sacrée survient à un moment où notre Prophète Muhammad (Que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui), traversait une période de grandes épreuves personnelles et communautaires marqué par la disparition de son épouse Khadija (paix et bénédiction sur elle) et de son oncle protecteur Abou Talib, ainsi que par le rejet et les persécutions des Quraychites de La Mecque. Cette période, connue comme « l’année de la tristesse », fut celle où l’épreuve humaine atteignit son paroxysme.

C’est alors qu’Allah (Subhanahu wa’ta’aalaa) accorda à Son Messager un voyage miraculeux, à la fois terrestre et céleste, destiné à lui révéler des vérités spirituelles majeures. Le Prophète Muhammad (Que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui), fut transporté de nuit de la Mosquée sacrée de La Mecque à la Mosquée Al-Aqsa de Jérusalem, à bord d’une monture céleste appelée ‘‘Boureka’’. Ce voyage fulgurant, mentionné dans le Coran, symbolise entre autres, le lien sacré entre les lieux saints de l’islam.

Une célébration empreinte de piété à Djibouti

Le jeudi soir, après la prière d’Ishaa les djiboutiens se sont organisés en groupe pour des veillées religieuses. Des récitations coraniques, des invocations (douas) et des hadiths rappelant les enseignements de cette nuit sacrée rythment la soirée.

L’occasion a été pour de nombreux imams de donner des éclaircis sur le sens théologique et moral d’Isra wa Al Miraj, insistant sur la nécessité de l’élévation spirituelle, de la discipline religieuse et du bon comportement au sein de la société. Ces rappels trouvent un écho particulier dans un pays où la cohésion sociale et la solidarité demeurent des valeurs centrales. Au-delà des mosquées, la nuit d’Isra wa Al Miraj se commémore également dans les foyers djiboutiens. De nombreuses familles se réunissent pour prier ensemble, écouter des récits sur la vie du Prophète (Que la paix et la bénédiction d’Allah soient sur lui) et transmettre aux plus jeunes la signification de cette nuit bénie. Les parents expliquent à leurs enfants le miracle du Voyage nocturne, non pas comme un conte lointain, mais comme une source d’enseignements pratiques pour la vie quotidienne.

La célébration d’Isra wa Al Miraj s’inscrit dans une tradition religieuse vivante à Djibouti. À l’image de la Nuit du Destin (Laylat al-Qadr) ou du Mawlid du Prophète, elle rappelle l’attachement du peuple djiboutien aux grandes dates du calendrier islamique. Cet attachement se manifeste par un respect profond des rites et des enseignements religieux.

Rachid Bayleh