Il y a vingt-cinq ans, la petite ville d’Arta entrait dans l’histoire. Dans l’ombre de ses collines, loin des fracas des armes, s’est tenue en 2000 la Conférence de paix et de réconciliation somalienne. C’est là que, pour la première fois depuis l’effondrement de l’État somalien en 1991, s’est esquissé un consensus national. Des centaines de délégués issus de toutes les régions, clans et sensibilités politiques se sont retrouvés autour d’une même table, sous l’égide du président Ismaïl Omar Guelleh.
À l’époque, le pari était audacieux. La Somalie s’était enfoncée dans une spirale de violences, fractionnée entre seigneurs de guerre et administrations locales rivales. Les tentatives extérieures avaient échoué, car perçues comme imposées ou biaisées. En convoquant la conférence d’Arta, le chef de l’Etat djiboutien a choisi une voie différente : replacer les Somaliens eux-mêmes au cœur de leur
destin. Cette approche inclusive — réunissant société civile, religieux, intellectuels et leaders communautaires — a redonné voix aux oubliés de la guerre. Elle a brisé le monopole des factions armées sur l’avenir du pays.
Le rôle du président djiboutien a été décisif. En facilitateur patient et déterminé, Ismaïl Omar Guelleh a su créer un climat de confiance, où le dialogue prenait le pas sur la méfiance. Son engagement ne relevait pas seulement de la solidarité culturelle et historique entre peuples voisins, mais d’une conviction politique : la paix en Somalie est indissociable de la stabilité de toute la Corne de l’Afrique. Ce pari a porté ses fruits.
C’est de la Conférence d’Arta qu’est née la première Autorité nationale de transition somalienne, précurseur des institutions qui, malgré les obstacles et les reculs, continuent aujourd’hui de porter l’espoir d’un État somalien souverain et fonctionnel.
L’inauguration du Musée de la Paix d’Arta vient donc rappeler qu’il n’y a pas de réconciliation possible sans mémoire. Elle incarne la volonté de Djibouti de préserver le témoignage d’une diplomatie courageuse, qui a mis l’humain avant les calculs géopolitiques. Plus qu’un lieu de commémoration, ce musée est un appel à l’universalité : la paix n’est jamais acquise, elle se construit, se défend et s’entretient.
Aujourd’hui, un quart de siècle après, le chemin reste encore long pour la Somalie. Mais sans Arta, ce chemin n’aurait peut-être jamais existé. Djibouti, par la vision de son président, a démontré que même les plus petites nations peuvent peser dans l’histoire lorsqu’elles placent le dialogue au service de la dignité des peuples. C’est cet héritage qu’il nous faut aujourd’hui honorer et prolonger.








































