À Djibouti, l’emploi et la protection sociale franchissent une nouvelle étape stratégique. Hier, dimanche, l’Institut des études diplomatiques a accueilli l’ouverture d’un atelier de trois jours consacré à la mise en place d’un système intégré d’information sur le marché du travail (SIMT). Organisé par le ministère du Travail chargé de la formalisation et de la protection sociale, en collaboration avec l’Organisation internationale du travail (OIT), cet événement marque un tournant majeur dans la volonté de notre  pays de mieux comprendre et de mieux gérer les dynamiques liées à l’emploi, aux compétences et à la migration de main-d’œuvre.

Placé sous l’égide du secrétaire général du ministère, Abdallah Ali Mohamed, l’atelier a réuni de nombreux participants : hauts cadres de l’administration publique, représentants des institutions productrices de statistiques, points focaux du groupe de travail SIMT et responsables des ministères sectoriels. Cette diversité reflète la volonté d’adopter une approche transversale et inclusive autour d’un objectif commun : bâtir un système fiable et structuré qui éclaire les politiques publiques en matière de travail et de protection sociale.

Au cœur de cette initiative se trouve un partenariat renforcé entre Djibouti et l’OIT. Le bureau de l’organisation pour Djibouti, l’Éthiopie, le Soudan, le Soudan du Sud et la Somalie – également représentant spécial auprès de l’Union africaine et de la Commission économique pour l’Afrique pilote ces travaux, avec l’appui du projet BRMM financé par le FCDO britannique. Ce soutien technique et financier vise à renforcer la capacité du pays à produire et diffuser des données fiables, condition essentielle pour orienter les politiques de l’emploi et de la formation. Concrètement, le SIMT aura pour mission de collecter, traiter et diffuser des informations précises sur l’état du marché du travail. Cela inclut les taux d’emploi et de chômage, la mobilité professionnelle, les flux migratoires de main-d’œuvre, ainsi que les inadéquations entre compétences disponibles et besoins économiques. Autant d’indicateurs essentiels qui permettront aux décideurs, partenaires sociaux et acteurs économiques de prendre des décisions éclairées.

Une dimension innovante de l’atelier est la formation des participants aux normes internationales SDMX (Statistical Data and Metadata Exchange), utilisées pour l’échange et la gestion des données statistiques. Les participants apprendront à concevoir et gérer des artefacts SDMX tels que les concepts, listes de codes et flux de données, mais aussi à manipuler des outils techniques comme la plateforme .Stat. Ces compétences permettront non seulement de renforcer la cohérence du système djiboutien, mais aussi d’aligner le pays sur les standards internationaux en matière de gestion des données.

Dans son discours d’ouverture, le secrétaire général du ministère, Abdallah Ali Mohamed, a rappelé que cet atelier s’inscrit dans un processus plus large d’implantation du SIMT. Selon lui, plusieurs réunions préliminaires ont déjà permis de poser un diagnostic partagé sur les forces et limites actuelles du système d’information. Ces concertations ont également débouché sur l’élaboration d’une feuille de route commune, identifiant les priorités : renforcer la qualité des statistiques, mieux intégrer la dimension migratoire et anticiper les besoins en compétences.

Les trois jours d’échanges permettront donc de consolider ces acquis, de former les cadres nationaux et de proposer des recommandations concrètes pour l’intégration effective des normes SDMX dans le futur SIMT.

À long terme, ce système représente bien plus qu’un outil technique. Il sera un instrument stratégique au service du développement. En offrant une meilleure compréhension des dynamiques socio-économiques, il contribuera à renforcer les politiques d’emploi, d’éducation et de protection sociale. Il donnera aussi à Djibouti la capacité d’anticiper les besoins d’un marché du travail en constante mutation, dans un contexte de mondialisation et de transformations rapides.

Au-delà des chiffres et des technologies, cette initiative illustre la volonté du pays de placer l’humain au centre de ses politiques publiques. Car derrière les indicateurs se cachent des réalités sociales : jeunes en quête d’emploi, travailleurs migrants, femmes souhaitant accéder au marché du travail, et entreprises à la recherche de compétences adaptées. Le SIMT permettra de mieux comprendre ces enjeux et d’y apporter des réponses concrètes. En s’engageant dans cette démarche, Djibouti confirme son ambition : se doter d’outils modernes et fiables pour bâtir un marché du travail inclusif, dynamique et tourné vers l’avenir.

Souber