
À Djibouti, le logement n’est plus depuis longtemps une simple question de murs et de toits. Il est devenu un enjeu central de développement, de stabilité sociale et de dignité humaine. Dans un pays marqué par une croissance démographique soutenue, une urbanisation rapide et une pression foncière constante, l’accès à un logement décent constitue aujourd’hui l’un des défis majeurs de l’action publique. Plus qu’un besoin matériel, le logement représente un droit fondamental, un facteur de cohésion nationale et un levier essentiel de transformation économique et sociale.

Le président de la République, Son Excellence Ismail Omar Guelleh, a régulièrement insisté sur cette dimension stratégique. En août 2023, lors de l’inauguration de logements sociaux à PK13, il rappelait que la poursuite des efforts en matière d’habitat était une obligation dictée par l’évolution naturelle de la population. Cette déclaration résume à elle seule la philosophie qui sous-tend la politique nationale du logement : anticiper, planifier et agir pour répondre aux aspirations légitimes des citoyens.
Aujourd’hui, Djibouti connaît une mutation urbaine profonde. La capitale et les centres urbains régionaux voient émerger de nouveaux quartiers, des ensembles immobiliers modernes et des lotissements viabilisés. Cette transformation visible est le fruit de plus de vingt années de politiques publiques, de réformes institutionnelles et de projets structurants, portés par une vision politique affirmée et un engagement constant de l’État.

Le logement, une aspiration sociale confrontée à la réalité foncière
Pour la majorité des Djiboutiens, devenir propriétaire de son logement est une aspiration profondément enracinée dans la culture sociale. Posséder une parcelle de terrain, disposer d’un titre foncier définitif et transmettre un patrimoine sécurisé à ses enfants constituent des objectifs partagés par toutes les générations. Le logement est à la fois un refuge, un symbole de stabilité et un marqueur d’intégration sociale.

Pendant de longues années, cependant, cette aspiration s’est heurtée à une réalité difficile. L’histoire urbaine de Djibouti est marquée par une forte précarité foncière et un développement souvent non planifié des zones d’habitat. De nombreux ménages vivaient sur des terrains occupés sans titre définitif ou avec des documents provisoires, les exposant à l’incertitude permanente et à l’insécurité juridique. Les anciens quartiers de la capitale, tout comme les zones périphériques telles que Balbala ou Boulaos, étaient caractérisés par des constructions précaires, réalisées avec des matériaux de fortune. L’absence d’infrastructures de base, le manque d’accès à l’eau potable, à l’assainissement et à l’électricité, ainsi que l’éloignement des services publics accentuaient la vulnérabilité des populations. Pour beaucoup de familles, accéder à la régularisation foncière relevait du parcours du combattant. Les démarches administratives longues et complexes, combinées à des ressources financières limitées, rendaient l’accession à la propriété particulièrement difficile. Cette situation freinait non seulement l’amélioration de l’habitat, mais aussi l’investissement privé et le développement urbain harmonieux.

Face à ces défis, l’État djiboutien a progressivement pris conscience de la nécessité de structurer une politique publique ambitieuse et cohérente en matière de logement. Le début des années 2000 marque un tournant décisif avec la création d’un ministère chargé de l’Habitat, de l’Urbanisme, de l’Environnement et de l’Aménagement du territoire. Pour la première fois, la question du logement est abordée de manière globale, en lien avec la planification urbaine et le développement économique.

Les schémas directeurs d’aménagement urbain élaborés à cette période mettent l’accent sur la nécessité de promouvoir un urbanisme qualitatif. Il ne s’agit plus seulement de construire en quantité, mais de construire de manière durable, intégrée et socialement équitable. Une loi d’orientation sur l’habitat et le développement urbain est alors élaborée afin de fournir un cadre législatif cohérent aux différents acteurs du secteur. C’est dans ce contexte que voient le jour les premiers grands programmes de logements sociaux. Les logements dits économiques et très économiques sont conçus pour répondre aux besoins des ménages à revenus modestes, qui représentent une part importante de la population urbaine. Le projet de logements sociaux de Barwaqo constitue l’une des premières illustrations de cette nouvelle orientation. En 2002, le projet emblématique des 1 000 logements sociaux de Hodan, à Balbala, vient renforcer cette dynamique. Réalisé avec l’appui de bailleurs de fonds internationaux, ce programme consiste en la construction de logements individuels évolutifs destinés à des familles modestes. Il marque une rupture avec les pratiques antérieures et ouvre la voie à une nouvelle approche de l’habitat social.

Les réformes institutionnelles, politiques publiques et acteurs du logement
L’un des aspects les plus innovants de la politique du logement à Djibouti réside dans l’introduction du mécanisme de la location-vente, également appelée location-accession. Ce dispositif permet à un ménage d’occuper un logement en tant que locataire tout en se constituant progressivement un droit de propriété.
Le principe est simple. Le bénéficiaire verse une redevance mensuelle comprenant une part assimilée à un loyer et une autre part imputée sur le prix de vente du logement. À l’issue d’une période déterminée, généralement comprise entre cinq et dix ans, le ménage peut devenir pleinement propriétaire du bien, sous réserve du respect de ses engagements contractuels. En cas de défaillance, une partie des sommes versées peut être restituée, conformément aux clauses contractuelles établies devant notaire.
Ce mécanisme présente plusieurs avantages. Il facilite l’accès à la propriété pour des ménages qui ne disposent pas d’un apport financier initial suffisant. Il encourage également une gestion responsable du logement et garantit un cadre juridique sécurisé. Progressivement, la location-vente s’impose comme un pilier de la politique du logement à Djibouti.
Parallèlement à la production de logements, la question foncière demeure un enjeu central. La gestion du foncier relève de la Direction des Domaines et de la Conservation Foncière, placée sous la tutelle du ministère du Budget.
Cette administration est chargée de la gestion des domaines publics et privés de l’État, ainsi que de la délivrance des titres fonciers.
La sécurisation foncière constitue un préalable indispensable à toute politique du logement efficace. Sans titre clair et définitif, les ménages restent vulnérables et les investissements publics perdent de leur efficacité. Conscient de cet enjeu, le gouvernement a engagé des réformes visant à simplifier les procédures, à accélérer la délivrance des titres et à promouvoir la cession amiable dans les quartiers précaires.
L’année 2014 marque une nouvelle étape décisive avec la création d’un Secrétariat d’État chargé du Logement, rattaché au ministère de l’Habitat. Cette réforme institutionnelle traduit la volonté de renforcer la gouvernance du secteur et de doter l’action publique d’outils plus performants. Le Secrétariat d’État se voit confier des missions étendues couvrant l’ensemble de la chaîne du logement.
Pour appuyer cette action, deux établissements publics jouent un rôle central. La Société Immobilière et d’Aménagement Foncier, créée par la loi n°8/AN/18/8ᵉ L, est un établissement public à caractère industriel et commercial doté d’une autonomie administrative et financière. Elle est habilitée à pratiquer la location-attribution au profit des bénéficiaires de logements sociaux et la location de locaux commerciaux.
L’Agence de Réhabilitation Urbaine et du Logement Social, quant à elle, intervient principalement dans la restructuration des quartiers d’habitat précaire, la construction de logements sociaux, la régularisation foncière et l’appui à l’auto-construction. Son action vise à améliorer durablement les conditions de vie des populations les plus vulnérables.
Les grandes réalisations, programme zéro bidonvilles et solidarité nationale
En 2018, lors d’une communication en Conseil des ministres, le président de la République hisse officiellement le logement au rang de priorité nationale. Une politique nationale du logement est définie autour de quatre axes majeurs : accroître l’offre de parcelles viabilisées, intensifier la production de logements sociaux, résorber l’habitat précaire et mettre en place un système de financement adapté aux revenus des ménages.
Les résultats sont significatifs. Plus de 2 250 logements sociaux ont été construits et 3 600 parcelles ont été assainies à Djibouti-ville et dans les régions. Des projets ambitieux sont en cours, avec la programmation de 5 200 appartements et la production de 15 000 parcelles viabilisées.
Au cœur de cette dynamique figure le Programme Zéro Bidonvilles, l’un des projets les plus ambitieux de la politique du logement à Djibouti. Ce programme national vise la résorption durable de l’habitat insalubre à travers la restructuration des quartiers précaires, la réinstallation des ménages concernés et l’amélioration de l’habitat individuel.
Il concerne notamment plusieurs quartiers de Djibouti-ville, de Balbala et de Boulaos, ainsi que des zones dans les régions, notamment Ali Sabieh. Les impacts attendus sont considérables : désenclavement des quartiers, accès aux services publics, création d’emplois, développement de la microfinance et amélioration durable du cadre de vie.
Parallèlement, la Fondation IOG Droit au logement, créée en 2016 à l’initiative du président de la République, incarne la dimension solidaire de la politique du logement. Cette fondation a permis à des milliers de ménages vulnérables, notamment des familles sinistrées, d’accéder à un logement décent. Elle constitue un outil essentiel de solidarité nationale et de réduction des inégalités.
À travers les politiques engagées, les réformes institutionnelles et les programmes structurants, Djibouti a amorcé une transformation profonde de son paysage urbain. Le logement, longtemps perçu comme un défi insurmontable, devient progressivement un vecteur de dignité, de stabilité et d’espoir pour des milliers de citoyens.
Les défis restent nombreux, mais la trajectoire est claire. En plaçant l’habitat au cœur de son projet de société, Djibouti construit patiemment la ville de demain, une ville plus inclusive, plus solidaire et tournée vers l’avenir.
Sadik Ahmed









































