
Face à la croissance de sa population en majorité jeune, Djibouti a fait de la création d’emploi une priorité nationale. Inscrite dans la Vision 2035 du Président Ismaïl Omar Guelleh, cette politique s’appuie sur une stratégie ambitieuse visant à transformer cette pression démographique en levier de croissance. Formation professionnelle, insertion, entrepreneuriat, constituent les piliers d’une stratégie globale destinée à offrir des perspectives concrètes à une jeunesse qui afflue chaque année sur le marché du travail.

La lutte contre le chômage des jeunes est un défi de taille pour l’ensemble des pays du continent y compris le nôtre. Pour y faire face, Djibouti a structuré une réponse globale et cohérente, articulée autour de la formation professionnelle, de l’insertion, de l’entrepreneuriat et du numérique. Au cœur de cette stratégie, l’État a multiplié les programmes et les infrastructures visant à rapprocher les compétences des besoins du marché. Le ministère de l’Éducation nationale et de la formation professionnelle supervise aujourd’hui un réseau d’établissements spécialisés comprenant plusieurs lycées professionnels et centres de formation, orientés vers les métiers porteurs tels que le bâtiment, l’hôtellerie, la logistique ou encore les services numériques. À cela s’ajoute une montée en puissance des formations courtes et qualifiantes, souvent adossées à des stages en entreprise, afin de faciliter une insertion rapide et concrète des jeunes dans le monde du travail.
Pivot de cette politique, l’Agence Nationale de l’Emploi, de la Formation et de l’Insertion Professionnelle (ANEFIP) joue un rôle central dans ce programme d’insertion des jeunes dans le milieu du travail. À travers des dispositifs innovants tels que des stages, des programmes d’accompagnement ou encore des plateformes numériques de mise en relation entre employeurs et demandeurs d’emploi, elle contribue à réduire le fossé entre formation et emploi. Plusieurs milliers de jeunes ont ainsi bénéficié de formations en employabilité et d’expériences professionnelles concrètes, renforçant leurs chances d’insertion durable. En parallèle, des projets d’envergure, à l’image du programme « Emploi des jeunes » soutenu par des partenaires internationaux, viennent renforcer ces dispositifs en injectant des moyens financiers et techniques significatifs pour favoriser l’accès à des emplois durables.

Renforçant les partenariats avec les institutions internationales et les bailleurs de fonds, Djibouti mise également dans le domaine de l’entrepreneuriat et notamment sur la capacité des jeunes à créer leur propre activité. Des programmes appuyés par la Banque mondiale, la Banque africaine de développement ou encore l’Union européenne contribuent à financer des projets structurants axés sur l’employabilité, la formation et l’entrepreneuriat. Ces collaborations permettent non seulement de mobiliser des ressources financières importantes, mais aussi de bénéficier d’expertises techniques et de bonnes pratiques internationales adaptées au contexte djiboutien.
Le secteur numérique s’impose aussi comme un levier stratégique majeur pour l’emploi des jeunes. Djibouti, hub numérique régional en Afrique de l’Est, investit dans les infrastructures digitales et les compétences technologiques pour accompagner l’émergence de nouveaux métiers. Cette orientation vers le numérique ouvre également la voie au travail à distance et à l’économie des plateformes, offrant ainsi des opportunités au-delà des frontières nationales. Des formations en informatique, en gestion des données ou en logistique digitalisée viennent compléter l’offre, ouvrant la voie à des opportunités inédites, y compris dans le travail à distance
Réduire les inégalités et favoriser une croissance plus équitable
Enfin, une attention particulière est accordée à l’inclusion sociale et territoriale afin de garantir que les bénéfices de ces politiques atteignent l’ensemble de la jeunesse, y compris dans les régions les plus éloignées de la capitale. Des programmes spécifiques ciblent les jeunes en situation de vulnérabilité, notamment les femmes et les jeunes sans qualification, à travers des formations adaptées, des activités génératrices de revenus et des projets communautaires. Cette approche inclusive, portée notamment par l’Agence Djiboutienne de Développement Social, vise à réduire les inégalités et à favoriser une croissance plus équitable. Elle illustre la volonté des pouvoirs publics de bâtir un modèle de développement où chaque jeune, quel que soit son parcours, peut trouver sa place dans la dynamique économique nationale. Mais c’est dans le secteur stratégique de la logistique portuaire que se dessine aujourd’hui l’un des leviers les plus prometteurs pour l’emploi des jeunes. À la croisée des échanges commerciaux entre l’Afrique, le Moyen-Orient et l’Asie, Djibouti mise sur sa position géographique exceptionnelle pour développer une économie tournée vers les services logistiques. Dans ce contexte, la création du Centre de Ressources et de Compétences (CRC) s’inscrit comme une réponse concrète aux besoins croissants en main-d’œuvre qualifiée.
Les premiers résultats sont d’ailleurs particulièrement encourageants. Depuis son lancement en 2018, le CRC a déjà formé plus de 3 000 jeunes, avec un taux d’insertion professionnelle avoisinant les 70 %. Rien qu’en 2024, 622 bénéficiaires ont suivi des programmes qualifiants, témoignant de l’impact croissant de cette structure sur le marché du travail. Ce succès a non seulement attiré de nombreux jeunes Djiboutiens, mais également des opérateurs portuaires régionaux venus chercher une expertise de niveau international pour leurs propres personnels.
Au-delà de l’insertion professionnelle, le centre participe également à une transformation sociale plus profonde. Longtemps dominé par les hommes, le secteur de la logistique s’ouvre progressivement aux femmes. De plus en plus de Djiboutiennes intègrent ces formations, brisant les stéréotypes et s’imposant dans des métiers techniques autrefois inaccessibles.
En outre, la diversification économique engagée par Djibouti constitue un pilier essentiel de cette stratégie de création d’emplois. Au-delà du secteur portuaire traditionnel, de nouveaux domaines émergent progressivement, notamment les énergies renouvelables, le tourisme, la pêche et les services. Le développement de projets d’infrastructures, tels que les zones franches et les corridors logistiques reliant le pays à l’intérieur du continent, génère de nouvelles opportunités d’emploi direct et indirect pour les jeunes. Cette transformation progressive vise à construire un écosystème où formation, innovation et entrepreneuriat convergent pour répondre durablement au défi de l’emploi.
Au fil des années, ces différentes initiatives ont permis des avancées tangibles. Elles traduisent une volonté politique affirmée de faire de la jeunesse non plus un défi, mais une opportunité. Si les besoins restent considérables face à l’afflux annuel de nouveaux demandeurs d’emploi, Djibouti pose progressivement les bases d’un écosystème intégré où formation, innovation et entrepreneuriat convergent pour stimuler la création d’emplois et accompagner la transformation économique du pays. Et dans cette équation, la logistique apparaît plus que jamais comme un moteur d’avenir.
RACHID BAYLEH









































