En marge du Forum international sur l’adaptation climatique, organisé la semaine dernière à Ayla Grand Hotel sous le haut patronage de Son Excellence M. Ismail Omar Guelleh, Président de la République, un stand a particulièrement retenu l’attention : celui des élèves du MENFOP engagés et préoccupés par les effets du changement climatique. À travers le projet Climat Action Planning (CAP) Djibouti 2026, une initiative à portée internationale accompagne les apprenants dans la compréhension et l’action face aux enjeux climatiques. Pour en savoir plus, La Nation s’est entretenu avec M. Hassan Miguil Atteyeh, directeur du projet et coordinateur de la Communauté de pratiques en Éducation au développement durable à Djibouti.

La Nation : Pouvez-vous vous présenter et nous expliquer brièvement l’objectif du projet CAP Djibouti 2026?

Hassan Miguil Atteyeh : La Communauté de pratiques en Éducation au développement durable que je coordonne est active depuis 2023. Elle est née à Poitiers, lors du Forum des enseignants innovants. Deux caractéristiques majeures définissent cette communauté : d’une part, sa dimension internationale, avec l’implication du Lycée français Montaigne et de plusieurs établissements à Djibouti et dans d’autres pays ; d’autre part, son caractère interdisciplinaire, réunissant des enseignants d’EPS, de SVT, de philosophie, ainsi que des formateurs. La problématique du changement climatique est systémique et nécessite la mobilisation de tous les acteurs éducatifs.

Pourquoi est-il aujourd’hui essentiel d’aborder le changement climatique à l’école à Djibouti ?

L’école djiboutienne doit bien entendu transmettre les fondamentaux : lire, écrire, compter, maîtriser la langue et les outils mathématiques, former à la citoyenneté et au respect de l’autre. Mais l’école de demain doit aussi être en phase avec son temps et répondre aux défis contemporains tels que la transition écologique, l’intelligence artificielle ou les valeurs républicaines.

Djibouti est directement affecté par les bouleversements climatiques : sécheresses sévères, perte de biodiversité, inondations récurrentes. À cela s’ajoute une désinformation croissante véhiculée par les climatosceptiques sur les réseaux sociaux. L’école a donc un rôle crucial à jouer dans la formation de l’esprit critique, le débat argumenté et la recherche d’informations fiables.

En quoi le projet CAP s’inscrit-il dans les priorités nationales en matière d’éducation et de développement durable ?

Le développement durable constitue une priorité du système éducatif djiboutien. L’éducation au développement durable est intégrée aux curricula à différents niveaux, de l’enseignement fondamental à l’enseignement supérieur. Elle est particulièrement présente dans des disciplines comme les SVT, l’histoire-géographie, les sciences économiques et sociales ou encore l’éducation morale, civique et islamique. Cette approche est également mise en œuvre à travers des activités périscolaires telles que les clubs environnement, les journées citoyennes ou les potagers scolaires. Le Cadre d’Orientation Curriculaire issu de la réforme du fondamental a permis de structurer cette dynamique, désormais traduite dans les programmes et les manuels scolaires.

Concrètement, que change CAP Djibouti 2026 dans le quotidien des établissements scolaires ?

CAP Djibouti 2026 est un projet de recherche-action qui vise à transformer les élèves en acteurs engagés face aux défis climatiques. Il institutionnalise l’écocitoyenneté comme une compétence fondamentale, alignée sur les Objectifs de développement durable. L’approche repose sur une démarche scientifique rigoureuse qui permet de passer de la prise de conscience à l’action concrète. L’éducation aux « petits gestes » du quotidien prépare les élèves à comprendre et à agir sur des problématiques plus globales. C’est cette responsabilisation progressive de l’apprenant, futur citoyen, qui constitue le cœur du projet.

Comment les élèves sont-ils impliqués dans ce programme ?

La responsabilisation écologique des élèves ne peut se faire en dehors du cadre curriculaire. Toutes les disciplines concernées doivent être mobilisées afin de garantir la scientificité de la démarche. Il ne s’agit plus seulement de sensibiliser, mais de faire vivre l’engagement écologique à travers des projets d’établissement et des démarches d’investigation. Un rapport issu de l’atelier national sur l’Éducation au développement durable organisé par la Commission nationale pour l’UNESCO en novembre 2023 a d’ailleurs souligné à la fois les avancées et les limites du dispositif actuel, notamment le cloisonnement des disciplines qui freine une approche véritablement systémique.

Quels premiers résultats concrets pouvez-vous partager avec nos lecteurs ?

La méthodologie de CAP repose sur un processus cyclique. La collecte des données s’effectue à l’aide d’un outil structuré, le formulaire Hexathlon, permettant de sonder les élèves de manière uniforme. Ces données sont ensuite confrontées aux objectifs initiaux afin de mesurer l’impact des actions menées. L’analyse croisée des indicateurs permet enfin d’identifier les points forts et les axes d’amélioration, offrant une vision claire de la dynamique de groupe et de l’efficacité des interventions pédagogiques.

Que révèlent les différences observées entre les régions du pays ?

Les données montrent une forte culture de la santé et du bien-être chez les élèves, avec une attention marquée portée à l’hygiène de vie, à l’alimentation équilibrée et à la pratique sportive. En revanche, l’engagement en faveur de la biodiversité demeure plus faible. Les activités concrètes de terrain, telles que la reforestation ou la protection de la faune, restent marginales. Ce contraste indique que si l’éducation à la santé individuelle est bien intégrée, l’action environnementale directe constitue le principal levier de progression.

En quoi ce projet contribue-t-il à former des citoyens responsables et engagés ?

L’éducation au climat repose sur la transmission de savoirs scientifiques solides, mais aussi sur la capacité à participer de manière éclairée au débat public. Les élèves sensibilisés s’engagent davantage dans des initiatives locales, soutiennent des projets écologiques et développent une vigilance accrue face aux fausses informations. L’éducation au développement durable prépare ainsi les apprenants à protéger leur environnement et à agir de manière responsable au sein de leurs communautés.

Ce modèle est-il appelé à être étendu à l’échelle nationale ?

Oui, clairement. Plusieurs établissements issus de toutes les régions du pays ont déjà participé aux activités du projet. Lors du premier Climate Adaptation Forum organisé en janvier 2026, les élèves ont présenté des travaux variés portant sur la biodiversité locale, les écosystèmes marins, les pollinisateurs, les espèces végétales ou encore l’efficacité énergétique. Cette diversité géographique et thématique témoigne du caractère inclusif du projet et de la dimension systémique de la problématique environnementale à l’échelle nationale.

Quel message souhaitez-vous adresser aux parents, aux enseignants et à la jeunesse djiboutienne ?

J’invite les parents à s’engager pleinement dans une démarche d’écocitoyenneté et à encourager leurs enfants à devenir des acteurs du changement. J’encourage les enseignants à développer des projets environnementaux ancrés dans les réalités locales et orientés vers des solutions concrètes.

Enfin, j’adresse un message à la jeunesse djiboutienne : se reconnecter à la nature est essentiel pour mieux comprendre les enjeux climatiques et prévenir l’éco-anxiété liée au dérèglement climatique.

Je tiens à remercier la Direction générale du Centre de formation de l’Éducation pour sa confiance, les enseignants accompagnateurs pour leur engagement sans faille, les parents pour leur soutien, et surtout les élèves, dont la curiosité, l’autonomie et la rigueur constituent une véritable source d’espoir pour l’avenir.

Propos recueillis par MS