
Djibouti a abrité dimanche après-midi passé, un événement historique, confirmant sa position stratégique de porte d’entrée naturelle des pays enclavés de la Corne de l’Afrique. Réunis à l’hôtel Kempinski, les ministres des Transports de Djibouti, d’Éthiopie, du Soudan du Sud et de l’Ouganda ont paraphé ensemble les documents relatifs à la création d’une autorité du corridor Djibouti–Éthiopie–Soudan du Sud–Ouganda (DESSO). Il s’agit là d’une initiative panafricaine reliant les ports djiboutiens aux pays des Grands Lacs, avec pour objectif de réduire les coûts logistiques, de fluidifier les échanges et de renforcer l’intégration régionale.

Après un débat houleux entre les membres du comité de pilotage sur la finalisation du plan d’activités du personnel intérimaire pour les six prochains mois, durant la matinée, les ministres des Transports de Djibouti, d’Éthiopie, du Soudan du Sud et de l’Ouganda ont officialisé le dimanche après-midi dernier, la création d’une autorité du corridor Djibouti–Éthiopie–Soudan du Sud–Ouganda (DESSO).
La cérémonie dédiée à cet événement d’envergure a rassemblé à l’hôtel Kempinski, outre les ministres des transports des pays concernés, l’ambassadrice de la délégation de l’Union Européenne, Dr Denisa-Elena Ionete, le président de l’Autorité des Ports et des Zones Franches de Djibouti, Aboubaker Omar Hadi, l’ambassadeur de Djibouti au Soudan du Sud, Hassan Robleh Mahamoud, les hauts responsables du ministère djiboutien des infrastructures et de l’équipement, les dirigeants des différentes entités sous la tutelle de l’APZFD, ainsi que des représentants de TradeMark Africa et de l’Agence Française de Développement.
Tout ce beau monde adhère au bien fondé de ce corridor qui constitue selon ses concepteurs une chaîne logistique intégrée reliant les routes maritimes mondiales aux centres intérieurs de production et de consommation de la région. En connectant les ports djiboutiens à Addis-Abeba, puis aux villes stratégiques du Soudan du Sud et de l’Ouganda jusqu’à Kampala, l’initiative vise à booster l’intégration économique des quatre pays Est-Africains concernés.
Dotée d’un cadre institutionnel unifié, l’Autorité du Corridor DESSO permettra de lever les goulets d’étranglement, harmoniser les procédures, réduire les délais de transit et abaisser les coûts logistiques. Dans une région où l’état des routes et les lenteurs administratives ont longtemps freiné les échanges, l’impact économique attendu est considérable.
Selon les projections avancées lors de la cérémonie, la fluidification du corridor permettra d’améliorer la prévisibilité des chaînes d’approvisionnement, de renforcer la compétitivité des exportations et de réduire le coût des importations pour les ménages et les industries. Autrement dit, le DESSO se veut un levier direct de pouvoir d’achat et de croissance.
Dans son intervention, Aboubaker Omar Hadi a insisté sur la portée stratégique de cette évolution. Pour lui, le DESSO « redéfinit en profondeur la manière dont nos économies se connectent et commercent ». En dépassant le stade du dialogue pour entrer dans celui de la mise en œuvre, les États membres choisissent l’efficacité opérationnelle et la redevabilité.

Ce nouveau modèle de gouvernance régionale ambitionne de rompre avec les anciennes logiques de cloisonnement qui ont longtemps fragmenté les pays de la Corne de l’Afrique.
Il est à noter qu’il s’agit là d’une autorité fondée sur des règles communes et harmonisées, conçue pour attirer les investissements, stimuler la croissance économique et favoriser la création d’emplois, notamment en faveur des jeunes de ces pays.
Un trait d’union de quatre pays d’Afrique de l’Est
Le ministre djiboutien des Infrastructures et de l’Équipement, Hassan Houmed Ibrahim, a qualifié cette journée d’« historique ». Évoquant
, il a salué le travail des comités techniques des quatre pays, qui ont su transformer une vision politique ambitieuse en instrument juridique concret.
Le ministre Hassan Houmed a par ailleurs mis l’accent sur la dimension infrastructurelle de l’Autorité du corridor DESSO qui incarne selon lui un destin commun et une volonté partagée d’intégration.
« L’Autorité DESSO ne va pas seulement faciliter le passage des camions ou des marchandises. Elle va redéfinir la géographie économique de la Corne de l’Afrique. Nous créons ici un espace de fluidité où la distance ne sera plus un frein, mais une opportunité » a-t-il indiqué insistant par la suite sur l’alignement du projet avec l’Agenda 2063 de l’Union africaine et la dynamique de la Zone de libre-échange continentale africaine. En ce qui concerne les retombées attendues, le ministre Hassan Houmed Ibrahim a souligné que cette coopération multilatérale produira des effets considérables à tous les niveaux de la société. Selon lui, le corridor ouvrira aux entreprises et aux secteurs privés un accès élargi aux marchés régionaux, en transformant les ports, routes et voies ferrées en véritables artères d’un commerce dynamique et intégré. Pour les populations, il a évoqué une baisse des coûts du commerce susceptible d’entraîner une diminution des prix des produits de première nécessité, tout en stimulant la croissance, la création d’emplois pour la jeunesse et le renforcement du pouvoir d’achat des ménages. Enfin, pour les États, il a mis en avant une attractivité accrue, estimant qu’une région unie et organisée enverra un signal fort de stabilité et de modernité aux investisseurs internationaux, consolidant ainsi la position économique des pays membres.
Son homologue éthiopien, ministre des Transports et de la Logistique, Dr Alemu Sime Fayisa, a indiqué qu’un système logistique fluide constitue une nécessité stratégique pour son pays. Face à une population en forte croissance et à une économie en expansion rapide, l’Éthiopie entend renforcer sa connexion aux marchés mondiaux via les ports djiboutiens. L’Autorité du corridor, a-t-il affirmé, offrira un cadre crédible pour mobiliser des financements,encourager les partenariats public-privé et accélérer le développement de corridors multimodaux.
Une bouffée d’oxygène pour les pays enclavés
Pour le Soudan du Sud, pays enclavé parmi les seize que compte le continent, le corridor représente une ouverture stratégique vers les marchés internationaux. Le général Rizik Zakaria Hassan, ministre des Transports de la République du Soudan du Sud a, pour sa part, insisté sur la nécessité d’infrastructures fiables pour stimuler la productivité et réduire la pauvreté. Il a affirmé que son gouvernement œuvrera à une ratification rapide de l’Accord afin d’enclencher sans délai les retombées économiques attendues. Selon lui, un secteur des transports moderne crée des emplois, améliore l’accès aux biens et services et favorise l’intégration des zones reculées.
Du côté ougandais, le général Edward Katumba Wamala ministre des Travaux publics et des Transports, a rappelé que les infrastructures constituent « l’épine dorsale du commerce ». Il a exhorté les États membres à transformer l’engagement politique en actions concrètes, en accélérant la connexion des routes, des voies ferrées et en éliminant les barrières non tarifaires.
La représentante de l’Union européenne à Djibouti, Dr Denisa-Elena Ionete, a réitéré l’engagement de son institution à soutenir cette initiative, qu’elle considère comme un vecteur de croissance et de stabilité régionale.
Pour Djibouti l’initiative confirme son rôle de hub logistique stratégique de la Corne de l’Afrique. Grâce à ses infrastructures portuaires modernes et à ses zones franches dynamiques, le pays se positionne comme la porte d’entrée maritime naturelle des économies enclavées de la région.
À l’issue des différentes interventions, les ministres ont procédé à la signature solennelle de l’Accord, matérialisant le passage « de l’ambition à l’exécution », selon les mots du président de l’Autorité des Ports et des Zones Franches de Djibouti, M. Aboubaker Omar Hadi.
Immersion dans les infrastructures portuaires djiboutiennes
Au lendemain de la signature de l’Accord portant création du corridor DESSO, les délégations ministérielles ont effectué une visite de terrain au cœur des principales infrastructures portuaires et logistiques de Djibouti. Conduits par le président de l’Autorité des Ports et des Zones Franches de Djibouti, M. Aboubaker Omar Hadi, les ministres des Transports d’Éthiopie, du Soudan du Sud et de l’Ouganda ont successivement découvert le terminal à conteneurs de Doraleh (SGTD), véritable poumon du trafic maritime national, le Port polyvalent de Doraleh (DMP), ainsi que les installations industrielles et logistiques de pointe qui font aujourd’hui de Djibouti un hub régional incontournable. Les échanges techniques ont porté sur la capacité de traitement des marchandises, la performance des équipements, la digitalisation des procédures et la connectivité multimodale reliant le port au réseau routier et ferroviaire.
La visite s’est poursuivie vers le complexe industriel lourd de Damerjog, conçu pour accueillir les industries pétrochimiques et énergétiques, avant une immersion dans la Zone Franche Internationale de Djibouti de PK23, vitrine de l’ambition logistique et commerciale du pays.
Sur place, les ministres ont pu mesurer l’ampleur des investissements réalisés pour offrir aux opérateurs régionaux des infrastructures modernes, sécurisées et compétitives. Cette tournée a permis aux partenaires du corridor DESSO de s’imprégner concrètement des atouts stratégiques de Djibouti : profondeur portuaire adaptée aux grands navires, zones franches intégrées, capacités d’entreposage étendues et environnement réglementaire attractif. Autant d’éléments appelés à jouer un rôle central dans la réussite opérationnelle du nouveau corridor régional.
RACHID BAYLEH









































