
Face à l’intensification des dérèglements climatiques et à la pression croissante sur ses ressources naturelles, Djibouti amorce une réflexion stratégique sur l’avenir de ses territoires ruraux. Entre sécheresses récurrentes, dégradation des terres et fragilisation des systèmes agro-pastoraux, le pays se trouve aujourd’hui à un tournant décisif.
Dans ce contexte, l’agroécologie s’impose progressivement comme un pilier de transformation. Bien au-delà d’une simple approche technique, elle incarne un véritable choix politique, axé sur la gestion durable des ressources, la régénération des sols et la valorisation des équilibres naturels. Cette orientation s’inscrit dans la vision portée par le président Ismaïl Omar Guelleh, en cohérence avec les engagements internationaux en matière de climat et de développement durable.
Mais pour passer de la stratégie à l’action, un levier se distingue : l’agroforesterie. En associant arbres, cultures et élevage, cette pratique permet de restaurer les terres dégradées, de sécuriser les parcours pastoraux et de renforcer la résilience des communautés rurales. À Djibouti, cette transition est déjà en cours, portée notamment par des initiatives locales comme celles de l’Association PARI, qui expérimentent des solutions adaptées aux réalités du terrain. Parmi ces solutions, le Figuier de Barbarie apparaît comme un symbole de résilience.
Capable de résister à des conditions climatiques extrêmes, il protège les sols contre l’érosion, constitue une ressource fourragère en période de sécheresse et génère des revenus pour les populations locales.
Autour de cette plante se développent des systèmes agro-sylvo-pastoraux complets, favorisant la biodiversité et la régénération des écosystèmes.
Dans la région de Tadjourah, notamment dans la vallée d’Adaylou, ces approches commencent déjà à produire des résultats tangibles. Des terres autrefois dégradées retrouvent progressivement leur productivité, offrant de nouvelles perspectives économiques et sociales aux communautés locales. Ces territoires deviennent ainsi de véritables laboratoires à ciel ouvert, illustrant la faisabilité d’un modèle de développement fondé sur le vivant.
Pour autant, le défi reste immense. L’enjeu n’est plus de démontrer la pertinence de ces pratiques, mais de les déployer à grande échelle. Cela implique une intégration renforcée dans les politiques publiques, une mobilisation accrue des financements et un accompagnement structuré des populations rurales.
Au-delà de l’agriculture, c’est un véritable projet de société qui se dessine. Sécurité alimentaire, emploi des jeunes, lutte contre l’exode rural et préservation des identités pastorales : l’agroécologie et l’agroforesterie répondent à des enjeux multiples, en articulant développement économique, équilibre écologique et cohésion sociale.
Dans un contexte régional marqué par l’incertitude climatique, le pays semble ainsi faire le pari du vivant. Un choix stratégique, qui pourrait bien redéfinir durablement les bases de son développement et renforcer sa souveraineté territoriale.
Aden Mukula








































