
A Tadjourah, l’installation officielle du Comité local de gestion du site d’art rupestre d’Abourma marque une étape décisive dans la sauvegarde d’un patrimoine millénaire. Par cet acte fondateur, l’État affirme sa volonté d’inscrire durablement ce témoignage exceptionnel de la mémoire humaine dans une dynamique de protection, de gouvernance partagée et de reconnaissance internationale.
Il est des lieux où le temps ne s’efface pas, mais se grave. Le site d’art rupestre d’Abourma appartient à cette catégorie rare d’espaces où la pierre conserve la mémoire des hommes, de leurs gestes, de leurs croyances et de leur rapport au monde. C’est autour de cette conscience patrimoniale que s’est tenue, au Conseil régional de Tadjourah, la cérémonie officielle d’installation du Comité local de gestion du site, sous l’égide du Ministère de la Jeunesse et de la Culture, en collaboration étroite avec le Ministère délégué chargé de la Décentralisation.
La mission ministérielle était conduite par Son Excellence Dr Hibo Moumin Assoweh, Ministre de la Jeunesse et de la Culture, et Son Excellence M. Kassim Haroun Ali, Ministre délégué chargé de la Décentralisation. Leur présence conjointe témoigne de l’importance stratégique accordée à ce dossier, inscrit dans le processus d’inscription du site d’Abourma sur la liste du patrimoine mondial de l’UNESCO, une ambition nationale porteuse de sens, de visibilité et de responsabilité pour la République de Djibouti.
Aux côtés des ministres, M. Léonce Ki, expert facilitateur de l’UNESCO, et Dr Amina Said Chirreh, experte nationale chargée du dossier de candidature, ont apporté leur expertise technique et scientifique. La cérémonie s’est déroulée en présence des autorités administratives et élues de la région de Tadjourah(Préfet, Président du Conseil régional, leurs adjoints) ainsi que des notables et représentants des communautés locales, dépositaires vivants de ce patrimoine transmis de génération en génération.
Les échanges ont permis de rappeler avec clarté les échéances déterminantes liées au dépôt du dossier de candidature du site d’Abourma. Celui-ci devra être transmis à la Délégation permanente de la République de Djibouti auprès de l’UNESCO à Paris avant son dépôt officiel auprès de l’Organisation. Le respect scrupuleux de ce calendrier a été présenté comme une condition essentielle à la recevabilité du dossier et à la poursuite du processus d’évaluation internationale. Les experts ont présenté les fondements du dossier de candidature, structuré en huit parties conformément aux orientations opérationnelles de l’UNESCO. Ils ont également exposé les axes majeurs du plan de gestion quinquennal, véritable colonne vertébrale du projet, garantissant la protection, la conservation, la gouvernance concertée et la valorisation durable du site, dans une articulation harmonieuse entre exigences patrimoniales et réalités locales. Dans son intervention, Madame la Ministre de la Jeunesse et de la Culture a souligné que le site d’Abourma ne saurait être perçu comme un vestige figé, mais comme un levier vivant de développement culturel, territorial et économique. Elle a rappelé que l’inscription sur la Liste du patrimoine mondial offrirait à Djibouti une reconnaissance internationale accrue, tout en assurant la transmission responsable de cet héritage exceptionnel aux générations futures.
Le Ministre délégué chargé de la Décentralisation a, pour sa part, insisté sur la vocation centrale du Comité local de gestion, appelé à devenir le gardien vigilant et l’ambassadeur de proximité du site. Il a mis en avant l’importance de la formation, de la sensibilisation et de l’implication active des communautés locales, piliers indispensables de toute politique patrimoniale durable.
L’installation officielle du Comité local de gestion du site d’Abourma est ainsi venue consacrer une étape fondatrice dans la mise en place d’une gouvernance locale structurée, en prélude à la mission d’évaluation de l’UNESCO attendue dans les prochains mois.
À Abourma, la pierre parle encore. Par la force de la concertation et la responsabilité partagée, l’État et les communautés locales œuvrent désormais à faire de cette parole ancienne un message universel, porté au monde comme un témoignage vivant de l’histoire humaine et de l’identité djiboutienne.
Ali Salfa









































