
Sous le haut patronage du Président égyptien Abdel Fattah Al-Sissi, la 36e Conférence internationale du Conseil suprême des affaires islamiques qui s’est tenue les 19 et 20 janvier 2026 au Caire a réuni des délégations de plus de 60 pays, avec une large représentation officielle d’organisations islamiques internationales et de grandes institutions. le ministre des Affaires musulmanes et des Biens Waqfs, Moumin Hassan Barreh, accompagné d’une forte délégation a pris part à ce rendez-vous mondial, affirmant la vision d’un Islam ancré dans ses valeurs, ouvert aux évolutions technologiques et résolument tourné vers le progrès humain.

Dans un monde en pleine recomposition, marqué par l’irruption accélérée de l’intelligence artificielle, la Conférence internationale du Conseil suprême des affaires islamiques s’est imposée, cette année encore, comme un espace majeur de réflexion et de concertation pour le monde musulman. Accueillie au Caire, berceau historique du savoir islamique et siège d’Al-Azhar Al-Charif, cette 36ᵉ édition a réuni des délégations de plus de soixante pays, rassemblant ministres, muftis, oulémas, chercheurs et experts internationaux.
La République de Djibouti y était représentée au plus haut niveau par Son Excellence Monsieur Moumin Hassan Barreh, ministre des Affaires musulmanes et des Biens Waqfs, à la tête d’une importante délégation composée de S.E. Monsieur Ahmed Ali Barreh, ambassadeur de Djibouti au Caire, de Cheikh Okieh Kaourah Fatah, secrétaire exécutif du Haut Conseil islamique, et de Monsieur Alsale Ahmed Abdallah, directeur général de l’Institut Al-Wassatiya et de la Culture de Paix.

Placée sous le slogan évocateur « Les professions en Islam : leur éthique, leur impact et leur avenir à l’ère de l’intelligence artificielle », la conférence est intervenue à un moment charnière de l’histoire contemporaine.
Jamais auparavant les mutations technologiques n’avaient autant redéfini les métiers, les compétences et les rapports au travail. Face à ces bouleversements, les participants ont été appelés à réfléchir à la manière dont les valeurs islamiques peuvent continuer à orienter les pratiques professionnelles, préserver la dimension humaine du travail et garantir une modernité équilibrée.

L’objectif principal étant de jeter un pont entre l’authenticité des principes islamiques et les horizons du futur numérique, en rappelant que l’Islam, loin d’être figé, est une religion profondément liée à la réalité de la vie et aux évolutions de son époque.
Il est à noter qu’au fil des sessions, cette conférence a permis d’élaborer des stratégies unifiées pour faire face à l’idéologie extrémiste et aux dérives de l’instrumentalisation religieuse. Dans un contexte mondial fragilisé par les conflits et les discours de haine, le rôle stabilisateur des institutions religieuses a été largement souligné. La rencontre visait également à explorer les moyens d’intégrer les outils numériques et l’intelligence artificielle dans la prédication contemporaine, afin de toucher les nouvelles générations avec un discours éclairé, crédible et en phase avec leur réalité. Ces réflexions ont débouché sur des productions intellectuelles structurantes, parmi lesquelles, la Déclaration du Caire sur les professions, l’urbanité et leur place dans la Charia, assortie d’un code de conduite professionnelle ; une thèse sur l’éthique des professions à l’ère de l’intelligence artificielle ; le lancement d’une jurisprudence de l’éthique professionnelle et de l’usage responsable de l’IA ainsi que l’élaboration de codes de conduite spécifiques à chaque profession, analysés à la lumière de la jurisprudence islamique contemporaine.
L’intervention djiboutienne place l’éthique, le savoir et l’innovation au cœur du développement humain
Dès la cérémonie d’ouverture, le ministre Moumin Hassan Barreh a pris part aux travaux aux côtés de ses homologues et de nombreuses personnalités religieuses de premier plan. Dans son allocution inaugurale, il a rappelé avec force que, dans la vision islamique, l’exercice d’une profession ne se limite pas à une activité économique, mais constitue une responsabilité morale et un levier fondamental de progrès social.
Insistant sur l’impact croissant de l’intelligence artificielle sur le marché de l’emploi, il a souligné que ces avancées technologiques façonnent désormais les économies et les modes de vie. Pour le ministre, il ne s’agit pas de craindre ces transformations, mais de les maîtriser. Il a ainsi appelé les pays du monde islamique à s’approprier pleinement les outils de l’IA et des nouvelles technologies afin d’en faire des instruments de développement, d’innovation et de compétitivité. Cette position a trouvé un écho particulier dans l’assistance, tant elle rejoint les préoccupations actuelles des sociétés musulmanes confrontées à la révolution numérique.
Une audience présidentielle hautement symbolique
Moment fort de cette conférence : l’audience accordée aux chefs des délégations participantes par Son Excellence Monsieur Abdel Fattah Al-Sissi, Président de la République arabe d’Égypte. Lors de cette rencontre, le Président égyptien a rappelé que la construction des nations commence avant tout par celle de l’être humain, plaçant le discours religieux au cœur du développement.
Il a insisté sur la nécessité de lutter fermement contre l’extrémisme et de protéger la religion de toute instrumentalisation idéologique. Évoquant la transformation numérique, il a également mis en avant l’importance de tirer pleinement parti de l’intelligence artificielle au service de la Da’wa, de la modération et de la stabilité des sociétés.
À l’issue de l’audience, le Président Al-Sissi a chargé le ministre Moumin Hassan Barreh de transmettre ses salutations et ses vœux fraternels au Président de la République de Djibouti, Son Excellence Monsieur Ismaïl Omar Guelleh, témoignage éloquent de la solidité des relations entre les deux pays.
Des échanges bilatéraux riches et constructifs
En marge des sessions plénières, le ministre djiboutien a multiplié les rencontres bilatérales de haut niveau. Il s’est notamment entretenu avec le Dr Oussama Al-Azhari, ministre égyptien des Waqfs, autour du renforcement de la coopération bilatérale et des défis contemporains du discours religieux.
Des échanges ont également eu lieu avec SEM Mohamed Gibran, ministre égyptien du Travail, sur l’impact de l’intelligence artificielle sur les métiers et les compétences de demain, ainsi qu’avec le Dr Nasruddin Omar, ministre indonésien des Affaires religieuses, concernant les expériences respectives en matière de modération religieuse et d’intégration des nouvelles technologies dans la prédication.
D’autres rencontres, notamment avec des responsables religieux de Somalie et de Mauritanie, ont permis d’approfondir la réflexion sur le rôle de la spiritualité, l’adaptation du discours religieux aux réalités contemporaines et la formation des cadres religieux.
La conférence s’est achevée par une séance de clôture marquée par l’allocution du ministre Moumin Hassan Barreh. Saluant la qualité des débats et la profondeur des échanges, il a affirmé que l’intelligence artificielle représente un horizon prometteur pour le monde musulman, à condition d’investir résolument dans la formation. Il a appelé les universités et les centres de recherche à se mobiliser pour former des compétences nationales capables d’innover, de produire et de maîtriser les technologies de demain, afin que l’IA demeure un outil au service de l’homme et non l’inverse.
La Déclaration du Caire, une feuille de route morale et intellectuelle
Point d’orgue de la rencontre, l’adoption de la Déclaration du Caire sur l’Islam et la philosophie de l’urbanité (ʿUmrān) a consacré une vision globale du travail et de la société. Le texte affirme notamment:
1. l’urbanité comme composante essentielle de la foi ;
2. le travail et les professions comme moteurs de l’édification sociale ;
3. l’excellence (Ihsân) comme finalité ultime de toute activité professionnelle en Islam.
Le ministre djiboutien a salué cette Déclaration comme une véritable feuille de route, appelant à traduire ses principes en actions concrètes, éducatives et institutionnelles, pour bâtir des sociétés productives, stables et fidèles à leurs valeurs.
Par sa participation active et ses prises de position claires, Djibouti a confirmé, à travers cette 36ᵉ Conférence internationale du Conseil suprême des affaires islamiques, son engagement constant en faveur d’un Islam modéré, responsable et ouvert sur l’avenir. Une diplomatie religieuse discrète mais efficace, qui place l’éthique, le savoir et l’innovation au cœur du développement humain.
RACHID BAYLEH









































