On nous a toujours enseigné que l’école était la clé de la réussite. Et c’est vrai : elle est le socle sur lequel repose notre compréhension du monde. À Djibouti, l’école est bien plus qu’une institution ; elle est une preuve de sérieux, une marque de respect et une étape sacrée dans la construction d’une vie. Sans elle, les portes de l’avenir resteraient closes. Pourtant, il est temps de se poser une question assez pertinente : si l’école nous donne les clés, nous apprend-elle vraiment à conduire dans les virages de la vie réelle ? Telle est la question…
Sans l’école, beaucoup de choses seraient impossibles. Elle reste un pilier important de toutes les sociétés, et dans beaucoup de contextes. Avoir fait des études est souvent perçu comme la chose la plus glorieuse de la planète. Et honnêtement c’est le cas.
Mais dans cette même école, on remarque une réalité extrêmement simple: tous les élèves n’ont pas le même rythme, ni les mêmes facilités.
Certains comprennent vite, d’autres ont besoin de plus de temps. Certains réussissent facilement les examens, d’autres rencontrent des difficultés persistantes. Et pourtant, cela ne veut absolument pas dire que ceux qui avancent plus lentement sont moins intelligents ou moins capables.
L’erreur que beaucoup font, surtout chez les jeunes, c’est de se comparer constamment. Quand ils voient d’autres réussir mieux qu’eux dans des tâches qui semblent simples, ils pensent automatiquement : “je suis nul”. Mais cette conclusion est souvent fausse.
La réalité est plus complexe. Chaque personne a une manière différente d’apprendre et de comprendre.
Mais cette conclusion est une erreur fondamentale. L’intelligence n’est pas une course de vitesse. Le vrai problème n’est pas la capacité de l’élève, mais la méthode utilisée. On demande à tous de grimper au même arbre, de la même manière, au même moment. On oublie de leur demander :
« Est-ce que cette méthode te convient ? As-tu compris la consigne derrière les mots ? ». Apprendre à apprendre est une compétence en soi, et c’est peut-être la plus importante de toutes, car elle survit à l’oubli des leçons.
Il existe aussi un facteur plus intime, propre à notre culture et à nos foyers. À Djibouti, nous grandissons souvent dans un environnement extrêmement protecteur. Par un amour immense et un désir sincère de nous épargner les difficultés, nos parents ont tendance à porter nos fardeaux. Combien de fois avons-nous entendu : « Ne t’inquiète pas, je vais m’en occuper».
C’est un geste de tendresse, certes, mais c’est aussi un frein invisible. À force de voir les solutions arriver sans effort ou être réglées par les aînés, le sens des responsabilités s’étiole. La curiosité s’endort. On finit par attendre que la vie nous apporte ce que l’on devrait aller chercher. Pour préparer un jeune à la vie réelle, il faut parfois accepter de le laisser trébucher, de le laisser pleurer tous les larmes de son corps, de le laisser à faire face aux épreuves de la vie, car c’est dans la résolution de ses propres problèmes qu’il forge son caractère. Le caractère qui est aussi un comportement de singularité.
Heureusement, l’excellence n’est pas un don de naissance, c’est une pratique. Heureusement. Sinon tout le monde entrerait en paradis facilement. Les recherches en sciences cognitives, comme celles partagées par l’American Psychological Association, prouvent que la concentration et l’attention sont des muscles. On ne naît pas “attentif”, on le devient. L’UNESCO souligne d’ailleurs que le grand défi des systèmes éducatifs africains aujourd’hui n’est plus seulement l’accès à l’école, mais la qualité des méthodes : passer d’une mémorisation passive à un apprentissage actif. Il ne s’agit plus de remplir des cerveaux, mais d’allumer des moteurs.
L’école ne peut pas tout faire seule. Elle est un outil puissant, mais elle doit s’ouvrir davantage à la réalité du terrain. Le monde de demain ne demandera pas aux jeunes de réciter des leçons, mais de résoudre des problèmes concrets, de faire preuve d’autonomie et de s’adapter à des changements constants.
La véritable préparation à la vie ne se résume pas à l’obtention d’un diplôme, aussi prestigieux soit-il. Elle réside dans la capacité à se remettre en question, à chercher l’information par soi-même et à rester curieux malgré les échecs. Une fois que ces compétences sont acquises, l’élève n’est plus dépendant d’un système ; il devient l’architecte de sa propre existence. Et c’est à ce moment-là exactement qu’on doit parler de L’AUTONOMIE.
En fin de compte, l’éducation réussie est celle qui rend l’enseignant inutile, parce qu’elle a donné à l’élève les ailes nécessaires pour voler de ses propres ailes. C’est ce pont entre le savoir scolaire et l’audace personnelle que nous devons construire. Merci.
Asma Hassan








































