À l’heure des choix stratégiques et des mutations structurelles, la Région de Tadjourah s’impose comme l’un des laboratoires majeurs du développement national. Portée par l’alliance assumée entre économie bleue et économie verte, elle transforme ses atouts naturels et géographiques en leviers de souveraineté économique et de cohésion sociale. Infrastructures portuaires modernisées, aménagement territorial maîtrisé, essor touristique durable : une dynamique profonde est en marche. Au-delà des chiffres et des chantiers, c’est une vision qui se déploie , celle d’un développement ancré dans l’équité, la responsabilité environnementale et la prospérité partagée. Dans cet entretien exclusif, le Préfet Abass Mohamed Houmed expose avec détermination les fondements d’une stratégie ambitieuse, où croissance rime avec inclusion et où chaque projet participe à bâtir une Tadjourah plus forte, plus solidaire et résolument tournée vers l’avenir.

La Nation : Tadjourah connaît ces dernières années un développement important. Quels sont, selon vous, les facteurs qui expliquent cette dynamique?

Abass Mohamed Houmed : La dynamique actuelle repose sur une synergie claire entre l’investissement public et l’engagement du secteur privé. L’essor de l’immobilier et de l’hôtellerie traduit une confiance renouvelée dans le potentiel régional.

Le désenclavement a joué un rôle déterminant. Le Port de Tadjourah, la route d’Adaillou et la modernisation de la RN9 ont consolidé l’intégration économique de la région dans l’espace national et sous-régional. Cette connectivité nouvelle crée un véritable corridor d’opportunités.

Parallèlement, les programmes sociaux destinés aux ménages vulnérables rappellent que la croissance ne vaut que si elle améliore concrètement les conditions de vie des populations.

« Tadjourah se tient aujourd’hui à un tournant décisif de son histoire. »

Quels secteurs économiques présentent le plus de potentiel pour stimuler la croissance et créer de l’emploi ?

Notre vision repose sur trois axes majeurs et complémentaires. Logistique et maritime d’abord.

Autour du Port de Tadjourah se développe un écosystème dynamique. Le projet de gare maritime et de gare routière viendra structurer davantage les flux de voyageurs et de marchandises, renforçant l’attractivité touristique et commerciale de la région. Cette plateforme logistique constitue un levier stratégique pour l’intégration économique nationale et sous-régionale. Ensuite sur le tourisme durable. Nous ambitionnons de faire de Tadjourah une véritable destination de séjour, valorisant ses richesses naturelles, culturelles et patrimoniales. La création d’un espace dédié aux produits locaux permettra aux visiteurs d’accéder directement à l’artisanat, aux produits agroalimentaires et aux savoir-faire traditionnels, générant ainsi des revenus directs pour les communautés et stimulant l’économie locale. Enfin sur l’immobilier, l’aménagement territorial et l’économie verte. Nous encourageons la construction de logements sociaux destinés aux fonctionnaires afin de stabiliser durablement les services publics et renforcer la cohésion sociale. Une zone viabilisée a été aménagée à proximité du Gadileh Resort, donnant naissance à un quartier conforme aux nouvelles normes d’urbanisation moderne.

Le Projet PED d’électrification constitue également une avancée significative : plus de 400 ménages vulnérables sont désormais raccordés à l’électricité. Nous plaidons pour que des initiatives similaires permettent également un meilleur accès à l’eau potable, afin que le progrès bénéficie pleinement aux populations les plus fragiles.

Dans le prolongement de cette dynamique, la collectivité de Tadjourah a inscrit dans le Plan de Développement Régional plusieurs projets structurants relevant de l’économie verte. À ce titre, le Conseil régional a procédé à la commande d’un conteneur d’intrants agricoles d’une valeur de 6 000 000 de francs djiboutiens, destiné à soutenir concrètement la mise en œuvre des activités agricoles dans la région.

Il ne s’agit pas d’une assistance ponctuelle, mais d’un investissement productif et stratégique : semences améliorées, équipements adaptés et outils de travail visant à renforcer durablement notre capacité locale de production.

Le développement des jardins urbains, des cultures fourragères et l’exploitation des vergers fruitiers s’inscrivent pleinement dans cette vision : faire de chaque ménage un acteur de sa propre sécurité alimentaire et consolider l’autonomie économique du territoire.

« La planification concertée et l’implication directe des populations garantissent un développement durable et équitable. »

Quelles sont vos priorités en matière de développement social et d’amélioration dela qualité de vie ?

Nos priorités sont claires : accès équitable aux services essentiels, habitat digne et urbanisation maîtrisée. L’habitat social, l’extension de l’électrification, l’accès à l’eau potable et la planification urbaine constituent des leviers structurants pour réduire les inégalités territoriales. Dans le domaine de la santé, la création d’une polyclinique est une nécessité pour désengorger l’hôpital régional et améliorer la prise en charge des patients. Il s’agit d’un impératif sanitaire mais aussi d’une exigence de justice sociale.

Quelle est votre appréciation de la situation du système éducatif dans votre région ?

L’éducation demeure le socle de toute transformation durable. A ce titre, la situation éducative de notre région est globalement satisfaisante et témoigne des efforts consentis par les autorités publiques.La région dispose de tous les ordres d’enseignement : préscolaire, primaire, secondaire et formation professionnelle. Toutes les sous-préfectures sont dotées d’établissements scolaires couvrant ces différents niveaux. Cette couverture éducative contribue significativement à limiter l’exode rural vers les grandes villes, en rapprochant l’école des populations locales. Ces avancées sont le fruit de la politique du Président de la République, fondée sur le principe de « *l’Éducation pour tous* », mise en œuvre par le Ministre de l’Éducation nationale et de la Formation professionnelle. Grâce à cette vision, même les localités les plus reculées disposent désormais d’établissements scolaires fonctionnels. Par ailleurs, chaque établissement est équipé d’une cantine scolaire afin de répondre aux besoins nutritionnels des élèves. Dans certains cas, des dortoirs et des moyens de transport scolaire sont également mis à disposition pour faciliter les déplacements et assurer de meilleures conditions d’apprentissage. Outre l’enseignement classique, la région dispose également d’une école bilingue moderne implantée dans le chef-lieu.

De plus, d’une Ecole Rurale Intégrée (ERI) est en phase expérimentale afin de mieux répondre aux besoins des populations nomades, en garantissant l’accès à l’instruction sans rupture sociale.

En somme, la région s’inscrit dans une dynamique positive en matière d’éducation, avec pour ambition d’offrir à chaque enfant un accès équitable à un enseignement de qualité.

« Chaque projet participe à bâtir une Tadjourah plus forte, plus solidaire et résolument tournée vers l’avenir. »

Le tourisme est un secteur prometteur. Quelles initiatives envisagez-vous ?

Le tourisme est en consolidation. Des infrastructures d’accueil existent déjà, notamment le centre Loubatanleh, le Gadileh Resort Hotel  ainsi que le site de Randa. D’autres zones à fort potentiel, comme Bankoualé / Silbihi et Ditilou, nécessitent une amélioration de leur accessibilité. Investir dans les routes, c’est investir dans l’emploi local et l’attractivité durable.

Quels efforts sont menés en faveur de la jeunesse ?

Nous voulons que la jeunesse soit au cœur de la transformation économique. L’accès au micro-crédit, la promotion des centres culturels et la modernisation de l’agropastoralisme créent un environnement favorable à l’entrepreneuriat. L’élevage constitue un atout stratégique. Nous encourageons les jeunes à investir dans la production et la transformation des produits animaliers. Nous soutenons également la création de petites entreprises techniques répondant aux besoins réels du territoire. L’objectif est clair : transformer le potentiel en projets durables et générateurs d’emplois.

Comment garantir un développement durable et équitable ?

La planification concertée demeure essentielle. Chaque projet doit naître d’un dialogue constant entre l’administration, les élus locaux et les autorités coutumières. Le développement durable exige aussi l’implication directe des populations. Des consultations verticales et ascendantes garantissent l’appropriation collective des projets. Le défi majeur reste d’assurer que les retombées économiques profitent directement aux populations locales, tout en préservant notre écosystème fragile.

Quel message adressez-vous aux habitants de la région ?

Tadjourah se tient aujourd’hui à un tournant décisif de son histoire. Les transformations engagées ne sont pas de simples infrastructures : elles constituent les fondations d’un avenir que nous avons le devoir de bâtir ensemble.

À la jeunesse, je lance un appel solennel : prenez toute votre place dans cette dynamique, osez entreprendre et portez avec fierté l’ambition de notre région. Vous êtes la génération de la consolidation et du renouveau.

Aux sages, aux opérateurs économiques, aux femmes et aux hommes de toutes les localités, j’adresse un message de confiance et de responsabilité : l’État restera aux côtés de chaque territoire afin que nul ne soit laissé en marge du progrès.

Notre engagement dépasse la simple croissance. Il s’agit d’ériger un modèle de prospérité partagée, fondé sur l’équité, la solidarité et le respect de nos équilibres naturels. Dans l’unité et la concertation permanente, nous écrirons une nouvelle page de l’histoire de Tadjourah, une page marquée par la stabilité, la dignité et l’espérance durable.

Interview réalisée par Ali Salfa