
Aux abords de certaines rues de Djibouti, on retrouve de petits ateliers de vulcanisation. Pour faire valoir leur présence, les vulcanisateurs superposent des pneus usés ou parfois dressent un petit panneau portant des inscriptions manuscrites afin d’attirer l’attention des clients ou de mieux les guider. Ces réparateurs de pneus, communément appelés « vulcanisateurs », sont des professionnels spécialisés dans l’entretien, le montage, la réparation et le contrôle des pneus ainsi que des systèmes de freinage pneumatiques. Ils interviennent sur une grande variété de véhicules (automobiles, poids lourds, engins agricoles, engins de chantier) avec des compétences en diagnostic, pose et équilibrage. Une incursion dans cet univers de la pneumatique nous fait découvrir des professionnels comme Ayoub Rayaleh, engagés et disponibles, malgré les difficultés du métier.

C’est un phénomène fascinant qui prend de l’ampleur dans nos villes, un métier essentiel pour la sécurité routière et automobile, et qui optimise la consommation de carburant, d’autant plus que l’état dégradé des pneus de nombreux véhicules en circulation à Djibouti est considéré comme l’une des principales causes d’accidents de la route, un problème qui fait chaque année l’objet de contrôles renforcés par le ministère des Transports.
Bien monter, démonter, pomper et coller sont, entre autres, les tâches d’un vulcanisateur, un travail difficile mais rentable qui nécessite de la force et du courage. Rigueur, doigté et sang-froid sont indispensables pour relever ces défis quotidiens, ce qui rend d’autant plus stimulante cette profession méconnue des Djiboutiens.
Certains jeunes se tournent vers ce travail par passion pour la mécanique, tandis que d’autres y viennent par nécessité afin de gagner leur vie, y travaillant d’arrache-pied pour subvenir aux besoins de leur famille.
Au cœur de la commune de Boulaos, dans le quartier des Salines Ouest, Ayoub, dans son petit atelier de pneumatique, assure avec trois autres collègues l’entretien d’une cinquantaine de pneus par jour, avec à la clé plus de 10 000 FD de recettes journalières en moyenne.
Il est impossible de sillonner les coins et les recoins de Djibouti sans apercevoir un atelier de vulcanisation, une activité qui gagne du terrain, un business juteux qui peut rapporter de 30 000 FD à 50 000 FD par jour, puisque les frais de vulcanisation s’élèvent à 1 500 FD par pneu selon les prestations.
Ayoub Rayaleh, la trentaine révolue et père de deux enfants, est devenu un vulcanisateur atypique en 2017. Après des débuts difficiles, il a su garantir l’avenir de sa famille grâce à cette activité de routine, héritée de son oncle, son formateur. Et comme en témoigne Ayoub, plusieurs jeunes, voire même d’anciens mécaniciens, se sont reconvertis à cette nouvelle tâche en vue de mieux gagner leur vie. Ils ont installé de petits ateliers de vulcanisation sur l’ensemble du territoire afin de dépanner les automobilistes confrontés à des crevaisons, à des dégonflements ou tout simplement à la nécessité de changer leurs pneus, déclare-t-il.
Quant à Houssein Moumin, depuis l’installation de son atelier de vulcanisation près de l’Hôpital soudanais, de nombreux conducteurs lui accordent leur confiance pour son efficacité lors d’une panne. Il souligne que c’est un métier qui nourrit son homme malgré la nécessité d’investir dans un certain nombre d’outils bien adaptés, indispensables au travail. Pour un atelier de montage pneumatique, il faut des outils pour la préparation (râpes, brosses), l’application (adhésifs, mèches), la réparation (presse de vulcanisation portable avec chaleur et pression), le montage et le démontage (démonte-pneu, cric, clé en croix) ainsi que l’équilibrage (machine d’équilibrage), sans oublier les consommables comme les rustines et les produits chimiques, permettant de réparer efficacement les crevaisons et les défauts, tout en offrant un service complet de montage et d’équilibrage, résume-t-il. Tout comme beaucoup d’autres métiers, les vulcanisateurs et monteurs en pneumatiques exercent de jour comme de nuit, disponibles 24h/24 afin de développer de nouvelles approches et rentabiliser davantage leurs activités.
À Balbala, le métier connaît un essor depuis quelque temps en raison des crevaisons fréquentes et de l’augmentation du nombre de motos-taxis, communément appelés « Bajaj ».
Insertion des jeunes : les sous-emplois en hausse à Djibouti
Selon les données du dernier Recensement Général de la Population et de l’Habitat (RGPH) de Djibouti, les jeunes constituent la tranche d’âge la plus importante de la population, avec un taux d’emploi informel très élevé chez les jeunes âgés de 17 à 35 ans. La proportion des travailleurs sous-employés dans de petits métiers méconnus comme la vulcanisation a connu une hausse, passant de 23,71 % à 28,97 % entre 2015 et 2025. Cet accroissement est plus élevé, d’une part, chez les jeunes femmes que chez les jeunes hommes.
Mais Ayoub Rayaleh n’est pas dupe et souligne qu’il ne s’est pas lancé dans ce métier sans formation pour exercer en tant que monteur pneumatique. Pour sa nouvelle carrière, il dispose d’un CAP Maintenance des Véhicules (MV), option Voitures Particulières ou Motocycles, obtenu au Lycée Industriel et Commercial (LIC), lui permettant de maîtriser le montage, le démontage, l’équilibrage et la réparation des pneus. Une excellente base pour devenir monteur pneumatique et acquérir des compétences fondamentales en mécanique automobile.
Certes, c’est un métier qui s’apprend beaucoup sur le terrain, mais avant tout une carrière qui passe nécessairement par une formation spécifique pour réussir rapidement.
C’est pourquoi le gouvernement, afin de lutter contre le chômage des jeunes, remodèle sa politique d’emploi et de développement avec la création de plusieurs programmes ayant pour objectif de promouvoir l’emploi des jeunes et de créer de la richesse. Il met en place, à titre d’exemple, des institutions clés telles que le Lycée Industriel et Commercial (LIC), afin de s’assurer que les jeunes acquièrent des compétences pertinentes pour le marché du travail. Cette institution offre une formation industrielle et commerciale, prépare les étudiants à divers rôles techniques et commerciaux essentiels à l’économie locale, et favorise la création de richesse en dotant la main-d’œuvre djiboutienne des compétences nécessaires pour réussir sur le marché de l’emploi.
Selon ce garagiste, la vulcanisation à Djibouti est un secteur dynamique, porté par l’état des routes (non goudronnées, remplies d’obstacles) et l’usage fréquent de pneus d’occasion, créant une forte demande pour les vulcanisateurs qui réparent les crevaisons. Tout cela fait le bonheur des vulcanisateurs qui, malgré la pénibilité de leur métier, ne chôment pas.
Pour diversifier ses revenus et rentabiliser son activité, Ayoub Rayaleh intègre dans son business la vente de pneus (neufs et rechapés) et propose des forfaits pour les réparations, offrant ainsi des solutions complètes et attractives à ses clients.
Le business de la vulcanisation, bien que pénible et salissant, semble avoir de beaux jours devant lui, avec des acteurs proposant des services inédits. Cependant, la profession reste classée parmi les services informels, car il est difficile de connaître le nombre exact d’ateliers ouverts dans la capitale économique et encore moins sur l’ensemble du pays.
Saleh Ibrahim Rayaleh












































