Ils sillonnent les routes jour et nuit, sirène hurlante et gyrophare bleu allumé. Les ambulanciers interviennent dans l’urgence, sauvent des vies, rassurent les familles et assurent le lien vital entre le lieu d’un accident et l’hôpital. Pourtant, leur métier demeure largement méconnu du grand public. À Djibouti, ces professionnels de l’urgence font face à des situations imprévisibles, à une forte charge émotionnelle et à des contraintes physiques et horaires exigeantes. À travers le parcours d’Ahmed, auxiliaire ambulancier, immersion dans un métier indispensable au système de santé.

Aujourd’hui, être ambulancier ne se limite plus au simple transport de patients. C’est un métier polyvalent qui exige à la fois des compétences de conducteur, de soignant, d’accompagnateur et d’agent administratif. Dans l’urgence, l’ambulancier doit garder son sang-froid, agir rapidement et respecter des protocoles stricts.

Ahmed, auxiliaire ambulancier, explique que ses missions couvrent la conduite sécurisée du véhicule, l’accompagnement des patients, la prise des constantes vitales — tension, saturation, température, glycémie — pour transmission au médecin régulateur, ainsi que l’assistance aux premiers secours. Il précise que ces gestes s’effectuent dans un cadre bien défini, sans actes invasifs ni administration de médicaments, à l’exception de l’oxygène. L’entretien du matériel et du véhicule fait également partie intégrante de son travail.

Face aux embouteillages fréquents, aux comportements parfois inciviques malgré l’activation des sirènes d’urgence, Ahmed a suivi des formations spécifiques sur circuit. Ces stages lui ont permis de maîtriser la conduite rapide en situation d’urgence, de s’adapter aux conditions routières difficiles et de respecter les protocoles de sécurité.

Du transport routier à l’urgence médicale

Avant d’exercer ce métier, Ahmed travaillait dans le transport routier. En reconversion professionnelle, il a choisi l’ambulance par vocation. « Ce que j’aime dans mon métier, c’est le contact avec les gens, l’adrénaline et l’aspect médical », confie-t-il. Il souligne également la diversité des intervenants avec lesquels il collabore quotidiennement : médecins généralistes, infirmiers, kinésithérapeutes et autres acteurs du secteur médical et paramédical.

Ils sont environ une centaine d’ambulanciers à intervenir dans les rues de Djibouti. Leur quotidien est marqué par des urgences permanentes : malaises, accidents de la circulation, prises en charge de personnes âgées ou en détresse. Ils assurent les premiers soins sur place, parfois des gestes vitaux comme le massage cardiaque, avant un transport sécurisé et adapté à l’état du patient. Une intervention rapide peut réduire de manière significative les complications et sauver des vies.

Le numéro d’urgence du SMUR du CHU de Djibouti, le 119, est accessible 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7 pour les situations critiques. Bien que crucial, ce numéro reste encore peu connu du grand public. Des défis persistent en matière de coordination et de réactivité des secours, malgré les efforts de formation entrepris ces dernières années.

Selon Ahmed, chaque intervention est unique et exige une capacité d’adaptation constante. « Chaque appel est différent. C’est un monde où l’adrénaline est omniprésente et où chaque décision peut faire la différence entre la vie et la mort », explique-t-il. Malgré le stress, l’équipe doit rester concentrée, précise et efficace, même dans les situations les plus difficiles.

En 2023, la coopération sanitaire entre la République de Djibouti et l’Italie s’est renforcée à travers le don d’ambulances. Cette initiative visait à améliorer la prise en charge médicale et les évacuations sanitaires, notamment pour les femmes et les nouveau-nés, entre les régions et les hôpitaux de Balbala et Dar El Hanan. Ce soutien a contribué à renforcer les capacités d’intervention rapide, la résilience des infrastructures sanitaires et la couverture médicale dans les zones enclavées.

Le métier d’ambulancier a également connu une évolution importante en matière de formation. Autrefois accessible sans diplôme, il s’est professionnalisé pour devenir un véritable métier de technicien sanitaire. Aujourd’hui, l’Institut Supérieur des Sciences de la Santé de Djibouti (ISSS) propose une formation diplômante. Les candidats doivent être titulaires du baccalauréat, réussir un concours d’entrée et disposer du permis de conduire de catégorie B.

Ahmed a suivi cette formation pendant deux ans, répartis sur quatre semestres, et a obtenu le Diplôme d’État d’Ambulancier. La formation, d’une durée totale de 2 880 heures incluant des stages, couvre la prise en charge globale du patient, la prise de décision professionnelle, l’initiative et la condition physique. Les ambulanciers sont formés pour évaluer les détresses respiratoires, surveiller l’état du patient pendant le transport et intervenir en coordination avec les équipes hospitalières.

Pour Hassan, ambulancier diplômé d’État et collègue plus expérimenté, le métier est profondément humain. Il évoque la confrontation quotidienne à la misère sociale, la charge émotionnelle, les horaires contraignants et la diversité des situations. « Le moment le plus difficile, c’est lorsque nous transportons un patient déclaré mort à la morgue. C’est un instant tragique qui symbolise l’échec de nos efforts, mais qui fait aussi partie de notre mission », confie-t-il, ému.

Les ambulances ne sont toutefois pas systématiquement mobilisées pour toutes les urgences. Elles interviennent principalement lors de catastrophes, d’accidents graves ou lorsque la distance dépasse un certain seuil. Dans d’autres cas, les services d’incendie, les services publics ou, en situation extrême, l’armée peuvent être sollicités.

Grâce à leur intervention rapide, notamment lors des arrêts cardiaques, les ambulanciers augmentent significativement les chances de survie des patients. Leur action dépasse l’urgence immédiate et laisse une empreinte durable sur les familles et les communautés.

À Djibouti, des professionnels comme Ahmed jouent désormais un rôle central dans le système de santé, pour le plus grand bénéfice de la population.

Salah Ibrahim Rayaleh