
Chaque été, des centaines de baigneurs affluent vers les plages de Djibouti, attirés par le soleil et la mer. Mais derrière l’image idyllique du littoral se cache une réalité plus rude : malaises, accidents, noyades. Pour faire face à ces dangers, des hommes veillent sans relâche. Parmi eux, le caporal-chef Kadar, sauveteur en mer et sapeur-pompier professionnel à la Direction Nationale de la Protection Civile, incarne ce premier maillon essentiel de la chaîne de secours.

Recruté en 2008, Kadar exerce un jour sur deux sur la plage du Héron. À 36 ans, ce professionnel de la natation assure, 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 en période estivale, la surveillance des baigneurs et les interventions d’urgence. « La rapidité est cruciale », explique-t-il. En cas de noyade, chaque minute sans massage cardiaque réduit de 10 % les chances de survie. Son objectif : intervenir en moins de trois minutes.
Durant la haute saison, de juillet à septembre, plus de 100 personnes sont secourues sur les plages djiboutiennes. Les dangers sont multiples : marées montantes, vagues puissantes et surtout courants d’arrachement qui entraînent les nageurs vers le large. Beaucoup de jeunes, parfois imprudents ou inconscients des risques, s’éloignent des zones surveillées. Malgré la vigilance des équipes, on déplore chaque année une dizaine de noyades. « Il est crucial de se baigner dans les zones surveillées », insiste Kadar. Son rôle ne se limite pas à l’intervention. La prévention est au cœur de son métier. Il scrute en permanence la zone de baignade, repère les comportements à risque et rappelle les consignes de sécurité. Surveillance exclusive, vigilance constante, interdiction de se laisser distraire : le métier exige une concentration totale.
Être sauveteur en mer demande une condition physique irréprochable. Course sur sable, nage en mer agitée, rame sur planche de sauvetage : tout doit être maîtrisé. À cela s’ajoutent les compétences en secourisme. Dégagement rapide d’une victime, évaluation de la conscience et de la respiration, oxygénothérapie, massage cardiaque, soins d’urgence : chaque geste peut faire la différence entre la vie et la mort.
À la caserne de Djibouti-ville, environ 150 jeunes recrues suivent chaque année une formation intensive pour obtenir le Brevet National de Sécurité et de Sauvetage Aquatique (BNSSA). Cette formation est encadrée avec l’appui de la Fédération française de Secourisme de Rouen, renforçant les compétences des équipes locales dans des conditions climatiques exigeantes. La coopération entre les sapeurs-pompiers français et djiboutiens contribue à professionnaliser davantage ce secteur stratégique.
Pour le capitaine Houssein Gadid, chef du service nautique de la Protection civile, le profil recherché est clair : savoir parfaitement nager, maîtriser les techniques de secours et respecter strictement les réglementations. Pourtant, le métier peine à recruter. Exigeant, risqué, exercé sous une chaleur intense, il demande une disponibilité totale et un sens aigu des responsabilités.
Kadar, lui, ne compte pas ses heures. Habitant près de la mer depuis l’enfance, il a appris à nager très tôt. Aujourd’hui, il met cette compétence au service des autres. Mais il lance un appel : la modernisation des équipements devient urgente. Canots de sauvetage, vedettes rapides, voire un hélicoptère pour les évacuations médicales graves permettraient d’améliorer encore l’efficacité des interventions. Au-delà de l’uniforme jaune qu’il porte chaque été, Kadar représente ces hommes et ces femmes de l’ombre qui façonnent notre quotidien. Silencieux mais indispensables, ils protègent des vies, rassurent des familles et sécurisent le littoral.
Sur les plages de Djibouti, pendant que les vacanciers profitent des vagues, Kadar veille. Toujours prêt à plonger, toujours prêt à courir. Parce qu’au bout de chaque intervention, il y a une vie à sauver.
Salah Ibrahim Rayaleh








































