Le magazine panafricain Africa Business consacre un large article au Forum africain des Journaux officiels, mettant en lumière l’initiative portée par Djibouti et l’émergence d’une convergence continentale autour de la numérisation des textes juridiques. Au fil de deux journées d’échanges, les délégations venues de plusieurs pays ont partagé leurs expériences, leurs défis et leurs ambitions en matière de gouvernance numérique et de préservation de la mémoire institutionnelle.

Le média souligne le caractère inédit de la rencontre. Almis  Mohamed Abdillahi, Secrétaire Général du Gouvernement  rappelle qu’il s’agit de « la première fois qu’un tel forum est organisé en Afrique », saluant le rôle pionnier de Djibouti, qui a déjà numérisé plus d’un siècle de Journaux officiels. Tout en reconnaissant « qu’il reste encore un long chemin à parcourir », il voit dans ce rendez-vous « un espace unique de dialogue entre ceux qui préservent la mémoire juridique et institutionnelle du continent ».

L’article met en avant l’enthousiasme partagé par d’autres pays confrontés à des contextes plus complexes. En Somalie, où les conflits civils ont interrompu la publication des Journaux officiels pendant plus de vingt ans, les autorités relancent aujourd’hui leur diffusion en ligne, en somali et en anglais. Pour Ahmed Abdirahman Hassan, vice-ministre de la Justice et des Affaires constitutionnelles, cette coopération africaine est « essentielle pour consolider la transparence».

Même élan au Burkina Faso, engagé dans un vaste chantier de modernisation numérique. Le responsable du département du Journal officiel, Wiobepoui Ignace Bationo, insiste sur la nécessité de mieux faire connaître cette publication auprès des citoyens. Selon lui, dans de nombreuses régions, le Journal officiel reste méconnu, alors même que le principe juridique veut que nul ne soit censé ignorer la loi. La question centrale devient alors : publier suffit-il, ou faut-il aussi vulgariser ?

Le magazine rapporte que les débats ont dépassé la simple numérisation pour aborder les nouveaux défis liés aux technologies émergentes. L’usage de l’intelligence artificielle pour indexer les textes, la sécurisation des données et la question sensible de leur hébergement ont nourri les échanges. « Qui héberge nos textes juridiques ? Qui contrôle la mémoire de nos États ? » s’interroge un participant, résumant la crainte d’une dépendance excessive vis-à-vis de services cloud étrangers.

Dans ce contexte, Africa Business met en exergue l’atout stratégique de Djibouti. Le pays figure parmi les plus connectés du continent, avec une douzaine de câbles sous-marins traversant son territoire. L’ambition affichée est claire : transformer cette position géostratégique en levier de souveraineté numérique, à travers le développement de centres de données nationaux et l’élaboration d’un cadre juridique dédié à la gouvernance digitale.

En marge du Forum, une exposition patrimoniale retraçant l’histoire nationale, des premiers sultanats à l’indépendance, a illustré le lien entre mémoire historique et modernité numérique. Pour la ministre de la Jeunesse et de la Culture, comprendre l’édification de l’État est une condition pour mieux le projeter dans l’avenir. Cette dimension mémorielle donne à la numérisation des archives une portée qui dépasse la technique pour s’inscrire dans une continuité historique.

En conclusion, Africa Business relève l’appel lancé à maintenir la dynamique collective. Almis Mohamed Abdillahi évoque «les débuts d’une communauté africaine du droit numérique », tandis que la deuxième édition du Forum est déjà annoncée pour 2026 à Djibouti.

 Le président Ismaïl Omar Guelleh, dans son discours d’ouverture, a exhorté à approfondir le travail de numérisation, y compris celui des archives des anciens sultanats, afin de préserver l’intégralité de la mémoire nationale.

À travers ce compte rendu, Africa Business met en perspective une initiative qui dépasse le cadre technique pour toucher aux fondements mêmes de la souveraineté, de la transparence et de la construction d’un espace juridique africain interconnecté.