Dans son essai en langue somalie intitulé « Rajadu Waa Innaga » (« L’espoir, c’est nous »), le jeune écrivain somalien Abdikhaliq Mohamed Hassan, connu sous le nom d’auteur Hurre, livre une réflexion engagée sur l’état de la société somalienne et le rôle central de la jeunesse dans sa reconstruction. Né à Bossasso en 2000 et formé en partie en Turquie, Hurre s’impose comme une voix critique et mobilisatrice, dont le message dépasse désormais les frontières, de Nairobi à Djibouti.

Plus qu’un simple ouvrage littéraire, Rajadu Waa Innaga se présente comme un appel moral. L’auteur y affirme que l’espoir ne peut être attendu d’acteurs extérieurs ni de circonstances favorables, mais qu’il repose avant tout sur la responsabilité des jeunes Somali. Le titre même du livre rejette toute posture fataliste : l’espoir est une action, une discipline et un engagement collectif. Hurre place ainsi la jeunesse au cœur de l’histoire nationale, non comme une promesse abstraite, mais comme une force appelée à agir concrètement.

Écrit entre 2018 et 2024, l’essai s’adresse prioritairement aux jeunes, perçus à la fois comme la principale richesse du pays et comme un terrain vulnérable aux influences négatives. Hurre insiste sur un patriotisme pragmatique : croire en soi, acquérir des compétences, s’impliquer dans la vie sociale et économique, et contribuer à la création de valeur. Pour lui, la jeunesse doit cesser d’être un slogan politique et devenir un acteur structurant du développement.

Le cœur du diagnostic de l’auteur porte toutefois sur les divisions internes de la société somalienne. Le tribalisme et le clanisme y sont identifiés comme la plaie majeure, responsables de la fragmentation sociale, de la déviation des loyautés et de la multiplication des conflits internes. Ces fractures, selon Hurre, détournent la jeunesse des priorités du développement, favorisent l’exil et affaiblissent l’idée même d’un destin commun. Il appelle à une refonte de l’imaginaire national, fondée sur l’unité, la paix civile et la primauté de l’identité nationale sur les appartenances claniques.

L’essai s’appuie également sur une comparaison avec la Malaisie pour illustrer que la Somalie n’est pas entravée par un manque de ressources, mais par l’absence de conditions politiques et sociales favorables. Riche de son potentiel agro-pastoral et maritime, la Somalie souffre avant tout de ses divisions internes, qui neutralisent ses atouts.

Enfin, la portée du message de Hurre s’est matérialisée lors de sa récente visite à Djibouti, à l’invitation du député Houssein Mohamed Ali. Reçu par la ministre de la Jeunesse et de la Culture, Dr Hibo Moumin Assoweh, l’auteur a entamé une tournée dans les Centres de Développement Communautaire afin de sensibiliser les jeunes à l’amour de la patrie. À travers Rajadu Waa Innaga, Hurre affirme une conviction forte : l’espoir est un devoir collectif, et la jeunesse en est le premier dépositaire.