Ils viennent d’horizons différents, exercent des métiers complémentaires et incarnent des visages multiples de la presse djiboutienne. Pourtant, une même exigence les rassemble : celle du service de l’information, de la culture et du public. En 2026, l’Union de la Presse Francophone de Djibouti a choisi de distinguer quatre professionnels dont les parcours illustrent l’engagement, la constance et le talent au sein des médias nationaux. Animateur, journaliste, imprimeur ou plume de la presse écrite, chacun œuvre, souvent loin des projecteurs, à faire vivre la parole, l’image et l’écrit. À travers ces portraits croisés, c’est une presse djiboutienne plurielle qui se dévoile, riche de ses langues, de ses supports et de ses sensibilités. Ces lauréats rappellent que l’information est une chaîne humaine, faite de voix, de regards, de gestes et de convictions. Leur reconnaissance consacre non seulement des carrières, mais aussi une certaine idée du journalisme : rigoureuse, proche des citoyens et profondément ancrée dans la société djiboutienne.
Kadir Guedi Ayeh, au micro des citoyens et des réalités du pays

Diplômé en sciences et technologies de l’information et de la communication (STIC) à l’Université de Djibouti, Kadir Guedi Ayeh rejoint la Radiodiffusion Télévision de Djibouti (RTD) en 2016 en tant que journaliste correspondant dans la région d’Arta. Porté par la passion du métier et un sens affirmé de la responsabilité journalistique, il est encouragé par sa hiérarchie à poursuivre son parcours au sein de la RTD, où son engagement et son professionnalisme le distinguent rapidement. Grâce à ses compétences, sa rigueur et son aisance à l’antenne, il devient présentateur principal des journaux télévisés en langue somalie. Son style sobre, sa crédibilité et sa proximité avec le public renforcent son image auprès des téléspectateurs et confirment son ascension dans le paysage médiatique national. En 2018, Kadir Guedi intègre la cellule de production des magazines de la RTD comme chroniqueur des actualités internationales, notamment dans l’émission de référence War iyo Waano. Trois ans plus tard, il est nommé responsable de la cellule de production des magazines, s’impliquant pleinement dans la conception et la production de programmes à forte valeur informative. Depuis 2022, il est le présentateur et producteur de la célèbre émission Raad-Raac, devenue un rendez-vous incontournable pour le public djiboutien. À travers des interviews approfondies, il reçoit des responsables politiques, des dirigeants du secteur public et privé, ainsi que des acteurs de la société civile. Par cette émission, le journaliste parcourt les quatre coins du pays afin de porter la voix des citoyens, notamment celle des femmes, des personnes vulnérables, de la diaspora, des réfugiés et des sinistrés. Une édition marquante reste celle consacrée aux migrants à Djibouti, au cours de laquelle il s’est rendu dans les camps de réfugiés pour exposer leurs conditions de vie et leurs réalités quotidiennes. À travers Raad-Raac, Kadir Guedi a également accompagné la plateforme Global Djibouti Diaspora (GDD), contribuant à la reconnaissance de cette initiative reliant la diaspora à son pays d’origine. Cette dynamique a abouti à l’organisation du premier Forum national des Djiboutiens de l’étranger, tenu en décembre 2025 sous le haut patronage du Président de la République, M. Ismaïl Omar Guelleh. Il est par ailleurs le présentateur de nombreuses éditions spéciales portant sur la migration clandestine, la prévention de l’exode rural, les effets du changement climatique, le soutien à la Palestine et l’appui aux sociétés régionales. Fidèle à ses origines et ressortissant des régions du sud, notamment la région Arta, Kadir Guedi Ayeh défend avec conviction le développement régional et la cause des populations locales. Aujourd’hui, il est également journaliste et analyste des actualités régionales et internationales au sein de la direction de l’information, consolidant sa position de figure influente et respectée du journalisme djiboutien. Par son parcours, son engagement citoyen et la qualité de son travail, Kadir Guedi Ayeh s’impose comme l’un des journalistes les plus en vue et primés de sa génération. Le prix de la presse 2026 de l’UPF lui est décerné.
Wadour Ismail Hassan, la voix somalie qui fait dialoguer culture, art et radio

Wadour Ismail Hassan travail à la Radiotélévision de Djibouti comme animateur et Producteur d’émission en langue Somali. Il a commencé sa carrière en 1997. À cette époque, il n’est pas encore l’animateur reconnu que le public connaît aujourd’hui. Ses premiers pas se font dans l’ombre des projecteurs, au service de l’éclairage. Là, il apprend à manier les dispositifs techniques, à observer les gestes précis des techniciens, et à comprendre les rouages invisibles qui donnent vie à une émission.
Les débuts ne sont pas simples. Wadour doute de lui-même : « Je pensais ne pas être capable d’accomplir cette tâche difficile », confie-t-il. Pourtant, porté par la passion, il s’affirme. Sa voix devient familière, son style reconnaissable. Il découvre que le journalisme est un chemin semé d’embûches, mais aussi une voie qui lui permet de donner une place à sa culture et à son public.
Mais très vite, Wadour ressent que sa place n’est pas derrière les machines. Ce qu’il veut, c’est parler, transmettre, raconter. Sa passion pour la langue somalie, sa facilité d’expression et son goût pour le contact humain le poussent vers un autre destin : celui d’animateur et producteur. À partir de 2019, Wadour s’installe définitivement derrière le micro. Ses émissions hebdomadaires « Salutations », « Hello iyo Hawrar », et « Fuledka Fanka» — deviennent des rendez-vous attendus. Chaque semaine, il cherche à comprendre son auditoire, à capter ses goûts, à lui offrir des sujets qui résonnent. Sa finesse d’expression, nourrie par une connaissance profonde du glossaire somali, lui permet de séduire et de fidéliser son public.
Mais Wadour n’est pas seulement un homme de radio. Son parcours est aussi celui d’un artiste engagé. Dès le 20e anniversaire de l’indépendance de Djibouti, il participe aux animations culturelles, révélant son goût prononcé pour la musique, la poésie et la danse.
En mai 2000, son association artistique remporte le premier prix du festival du théâtre de Saline. Ce triomphe marque un tournant. Wadour se lance dans la création de pièces théâtrales qui marquent les esprits :
l « Gayi aad lahayn gawaha aa u culaan », riche de 11 chansons, jouée jusque dans les régions de l’intérieur.
l « Dhaliinta iyo waqtiga », présentée trois jours consécutifs à guichet fermé.
l Et plus tard, en 2008, « Dhib jacayl badana », qui confirme son talent de metteur en scène et compositeur.
Aujourd’hui, Wadour est une voix incontournable de la RTD. Ses émissions, ses poèmes et ses pièces de théâtre témoignent d’une même vocation : servir la culture et l’information, donner une place à la langue somalie, et offrir au public djiboutien un espace de dialogue et de fierté.
Wadour Ismail Hassan n’est pas seulement un animateur. Il est un passeur de culture, un homme qui a su transformer la technique en art, et l’art en mémoire collective. Son parcours raconte l’histoire d’une passion qui, de l’ombre des projecteurs, l’a conduit jusqu’à la lumière du micro. Il est lauréat du prix de la presse 2026 de l’Union de la Presse Francophone de Djibouti.
Souber Hassan
Samatar Ibrahim Kaire, l’homme qui donne un corps à l’information

Il travaille loin des projecteurs, dans le silence méthodique des ateliers, là où l’information prend corps. À trente-cinq ans, Samatar Ibrahim Kaire appartient à cette génération de professionnels indispensables mais rarement mis en lumière, ceux dont le savoir-faire permet chaque jour à la presse d’exister physiquement. En 2026, l’Union de la Presse Francophone de Djibouti a choisi de briser cette invisibilité en lui décernant le Prix de la presse, une distinction qui honore un homme autant qu’un métier.
Chez Samatar, rien n’est arrivé par hasard. Son parcours est celui d’un apprentissage patient, construit dans l’humilité et l’effort. En 2017, à l’issue d’une formation professionnelle initiée par l’ANFIP, il intègre l’Imprimerie nationale de Djibouti comme stagiaire. À l’époque, il n’a ni certitude ni statut, seulement la volonté d’apprendre. Le métier, il le découvre sur le terrain, au contact direct des machines, mais surtout au contact des hommes.
Formé « sur le tas », Samatar se forge une expertise solide grâce à l’accompagnement de figures tutélaires de l’atelier. Il évoque avec reconnaissance ceux qui l’ont guidé, conseillé et parfois corrigé, mais toujours soutenu. Plus que des formateurs, ce sont des passeurs de savoir, qui lui transmettent une culture du travail fondée sur la rigueur, la précision et le sens des responsabilités. Cette transmission humaine marque profondément son rapport au métier.
Polyvalent, attentif, toujours disponible, Samatar apprend à maîtriser plusieurs fonctions, de l’aide à l’impression à la maintenance, développant une vision globale du travail. Cette capacité d’adaptation devient l’un de ses principaux atouts. En moins d’un an, il valide avec succès ses évaluations professionnelles et intègre pleinement les équipes comme imprimeur confirmé.
Aujourd’hui, Samatar Ibrahim Kaire exerce son métier avec une passion intacte. Calme, concentré, exigeant envers lui-même, il incarne cette discipline invisible qui garantit la qualité finale d’un journal ou d’un document imprimé. Son travail se fait dans l’ombre, mais ses effets sont visibles partout : dans les pages soigneusement imprimées, dans la régularité de la diffusion, dans la confiance que les professionnels de la presse placent en son expertise.
Le Prix de la presse 2026 vient consacrer cette fidélité silencieuse au travail bien fait. Il ne récompense pas seulement un technicien aguerri, mais un homme dont le parcours rappelle que l’information est aussi une chaîne de métiers complémentaires, où chaque maillon compte. En distinguant Samatar Ibrahim Kaire, l’Union de la Presse Francophone de Djibouti rend hommage à tous ceux qui, loin des signatures et des tribunes, donnent une forme tangible à la parole écrite.
Discret, mais essentiel, Samatar Ibrahim Kaire est de ceux qui prouvent que la presse ne se raconte pas seulement avec des mots, mais aussi avec des gestes précis, répétés chaque jour, dans la constance et l’engagement.
Sadik Ahmed
Mohamed Atban Mohamed, une plume arabophone entre journalisme et littérature

Journaliste-écrivain Mohamed Atban Mohamed s’est imposé comme l’une des figures actives de la presse arabophone à Djibouti. Entre engagement professionnel, passion pour l’écriture et initiatives médiatiques pionnières, son parcours témoigne d’un attachement constant à la langue, à la culture et à l’information.
Mohamed Otban Mohamed est un journaliste-écrivain. Il occupe actuellement les fonctions de secrétaire de rédaction et grand reporter du journal gouvernemental arabophone Al-Qarn. Né en 1980 à Djibouti, il s’est très tôt intéressé à l’écriture et au journalisme.
Après des études primaires à l’école islamique Abou Bakr As-Siddiq, il poursuit son parcours scolaire à l’école islamique Al-Irchad, où il effectue ses études moyennes et secondaires. Il intègre ensuite l’Université de Taëz, au Yémen, et obtient un diplôme en médias et relations publiques. Il débute sa carrière professionnelle dans l’enseignement, exerçant comme instituteur dans les cycles primaire et moyen à l’école islamique An-Najah entre 2005 et 2006. Parallèlement, il collabore avec le journal Al-Qarn en tant que chroniqueur hebdomadaire, avant d’y être recruté officiellement en 2008.
Passionné d’écriture depuis l’adolescence, Mohamed Otban Mohamed s’illustre aussi dans le domaine littéraire. Son premier recueil de nouvelles, actuellement en cours de publication, paraîtra prochainement au Caire.
En 2011, il fonde At-Tawassol, le premier journal privé arabophone à Djibouti, dont il assure la direction de publication et la rédaction en chef. Le journal connaît un large écho dans la société djiboutienne, notamment auprès du public arabophone. Il se distingue par l’ouverture de ses colonnes aux articles journalistiques, aux productions littéraires, ainsi qu’aux entretiens avec des personnalités publiques et des responsables de premier plan. Le Prix de la presse 2026 vient de recompenser un journaliste senior porte flambeau. de la presse arabophone à Djibouti
Mohamed Chakib









































