Dans un contexte de mutations économiques profondes et d’évolution constante du marché de l’emploi, l’Inspection Générale du Travail et des Lois Sociales s’affirme comme un acteur central de la régulation sociale. À sa tête depuis mai 2017, l’Inspecteur général Abdi Farah Idleh détaille, dans cet entretien exclusif, les missions, les défis et les ambitions de son institution. Contrôle du respect du Code du travail, prévention des conflits, promotion de la sécurité au travail et modernisation des services, il expose une vision fondée sur l’équilibre, la responsabilité partagée et la stabilité sociale.

La Nation  :  Monsieur l’Inspecteur général, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Je me nomme Abdi Farah Idleh. Je suis né à Djibouti, fils d’Ambouli et père d’une famille composée de mon épouse et de six enfants. Je suis titulaire d’un Master 2 en Administration et Gestion des Finances obtenu à l’Université de Franche-Comté, à Besançon. Administrateur civil depuis 2008, j’ai été affecté à l’Inspection du Travail en qualité de cadre. En 2011, j’ai été nommé Inspecteur du Travail, puis, en mai 2017, j’ai été élevé au poste d’Inspecteur Général du Travail. J’exerce cette fonction avec professionnalisme, sérénité et un engagement constant en faveur d’un développement harmonieux du monde du travail.

Quelles sont les missions principales de l’Inspection Générale du Travail et des Lois Sociales ?

L’IGTLS est l’institution chargée de veiller au respect de la législation du travail. Sa mission fondamentale consiste à garantir l’application des lois sociales, tout en assurant un équilibre entre la protection des travailleurs et l’accompagnement des employeurs. Concrètement, nous contrôlons l’application du Code du travail dans les entreprises, nous veillons au respect des conditions de travail,  notamment en matière de santé et de sécurité, nous conseillons employeurs et travailleurs sur leurs droits et obligations, nous intervenons dans la conciliation des conflits individuels et collectifs, et nous visons les contrats des travailleurs étrangers ainsi que les règlements intérieurs et accords d’entreprise.

Au-delà du contrôle, notre rôle est également préventif et pédagogique. Nous œuvrons pour promouvoir un dialogue social constructif et un climat professionnel stable, indispensable au développement économique et social du pays.

La protection des droits des travailleurs demeure un enjeu central. Quelles actions concrètes menez-vous pour garantir le respect de la loi ?

La protection des droits des travailleurs constitue un enjeu majeur et une mission que les plus hautes autorités ont confiée à notre institution. Nous effectuons des contrôles réguliers et inopinés dans les entreprises afin de vérifier la conformité des contrats, des conditions de rémunération, de la durée du travail et des normes de sécurité. Lorsque des irrégularités sont constatées, nous émettons des mises en demeure et, si nécessaire, nous appliquons les sanctions prévues par la loi. Cependant, notre objectif premier demeure la mise en conformité volontaire. Nous privilégions toujours le dialogue et la responsabilisation des parties. Nous avons également mis en place un mécanisme de réception des plaintes permettant aux travailleurs de saisir directement l’Inspection. Chaque requête est examinée avec attention, et des procédures de conciliation ou de contrôle approfondi peuvent être engagées. Notre action repose donc sur un équilibre entre contrôle, prévention et médiation.

L’Inspection joue aussi un rôle clé dans la prévention des conflits sociaux. Comment intervenez-vous dans ce domaine ?

La prévention des conflits sociaux constitue l’une de nos missions centrales. Nous adoptons une approche proactive en veillant au bon fonctionnement des instances légales de dialogue social, notamment à travers l’organisation et la supervision des élections des délégués du personnel.

Nos contrôles réguliers permettent d’identifier en amont les situations susceptibles de générer des tensions, qu’il s’agisse de conditions de travail ou de rémunération.

Lorsque des litiges surviennent, nous intervenons en tant que médiateurs et conciliateurs. La conciliation permet, dans la majorité des cas, d’aboutir à des solutions amiables, évitant ainsi des procédures judiciaires longues et coûteuses.

En résumé, notre rôle est d’anticiper, d’accompagner et, si nécessaire, d’arbitrer dans un esprit d’équilibre et de responsabilité partagée. La santé et la sécurité au travail sont des priorités.

Quelles mesures spécifiques mettez-vous en œuvre ?

La protection de la santé et de la sécurité des travailleurs constitue une priorité absolue. Nous menons des contrôles réguliers et inopinés pour vérifier le respect des normes nationales et internationales en matière de sécurité. Ces inspections permettent d’identifier les risques existants ou potentiels et d’exiger la mise en place de mesures correctives.

Notre démarche est avant tout préventive. Nous formulons des recommandations techniques afin de réduire les accidents du travail et les maladies professionnelles. Lorsque des manquements sont constatés, nous procédons à des mises en demeure et, si nécessaire, à des enquêtes approfondies.

Nous participons également à la promotion d’une culture de la sécurité et de la santé au travail à travers des actions de sensibilisation et la préparation d’un profil national de sécurité et santé au travail, destiné à orienter les politiques publiques dans ce domaine.

Le secteur informel représente un défi majeur. Comment l’Inspection agit-elle dans ce contexte ?

Le secteur informel et les petites entreprises évoluent souvent en marge des circuits administratifs classiques. Cela nécessite une approche adaptée. Nous privilégions une démarche de sensibilisation et d’accompagnement afin d’encourager une mise en conformité progressive. Des campagnes d’information sont organisées pour expliquer les droits et obligations en matière de législation sociale.

Nous travaillons également en partenariat avec les organisations syndicales et les acteurs locaux pour mieux identifier les difficultés rencontrées sur le terrain.

Notre objectif n’est pas seulement de sanctionner, mais d’accompagner la transition vers une activité conforme et durable.

La formation et la sensibilisation semblent occuper une place importante dans votre stratégie.

Effectivement. Un employeur bien informé et un travailleur conscient de ses droits contribuent à un climat social apaisé. Nous organisons régulièrement des campagnes de sensibilisation et des sessions de formation portant sur la législation du travail, la sécurité et la santé au travail, la négociation collective et les mécanismes de prévention des conflits.

Ces actions sont parfois menées avec l’appui de l’Organisation internationale du Travail et dans le cadre de coopérations régionales, notamment au sein de l’Autorité intergouvernementale pour le développement.

Nous envisageons également des journées portes ouvertes afin de renforcer la proximité entre l’Inspection et les citoyens.

La modernisation et la digitalisation figurent parmi vos priorités. Quels progrès ont été réalisés ?

La digitalisation constitue un levier stratégique pour améliorer notre efficacité.La dématérialisation progressive des procédures permet d’accroître la transparence et la rapidité du traitement des dossiers. Nous mettons en place un système intégré de gestion des données pour centraliser et analyser les informations relatives aux entreprises et aux travailleurs. Nous travaillons également sur un projet de plateforme de signalement en ligne, qui permettra aux travailleurs de soumettre directement leurs plaintes.

Ces outils numériques renforceront la réactivité de l’Inspection et amélioreront la planification de nos interventions.

Quel message souhaitez-vous adresser aux employeurs et aux travailleurs ?

En ma qualité de garant de l’application de la législation du travail, j’adresse un appel solennel à l’ensemble des employeurs, des travailleurs et des partenaires sociaux : respectez scrupuleusement les dispositions législatives et réglementaires en vigueur. Le droit du travail est un pilier de l’État de droit, de la justice sociale et de la stabilité économique. Le dialogue, la confiance et le respect mutuel sont les fondements d’un climat professionnel harmonieux.

Je tiens également à exprimer ma profonde gratitude envers le Président de la République, Ismaïl Omar Guelleh, dont l’engagement constant en faveur des travailleurs guide notre action. Je me souviens de ses paroles : « Protège toujours les travailleurs. » Cette recommandation demeure pour moi une véritable boussole.

À l’ensemble du monde du travail, je souhaite sérénité, stabilité et prospérité.

Propos recueillis par Mohamed Chakib