
Réunis pour la première fois, les membres du Comité directeur conjoint des transports Afrique–Türkiye (JTSC) ont conclus, lors de cette rencontre à Djibouti, par l’adoption d’une feuille de route, déterminant les bases d’une nouvelle architecture de la connectivité des transports entre les pays africains et la république turque. Clôturant les travaux, jeudi dernier, le ministre djiboutien des Infrastructures et de l’Équipement, M. Hassan Houmed Ibrahim, a salué la qualité des échanges et l’esprit de co-construction ayant marqué ces deux journées.
Créée dans le cadre du mémorandum d’entente (MoU) signé le 29 juillet 2025, en marge du Forum des corridors internationaux de transport organisé à Istanbul, le comité directeur des transports Afrique-Türkiye a tenu sa toute première rencontre le 4 et le 5 février dernier, sous nos cieux en vue d’élaborer la feuille de route déterminant les axes stratégiques de collaboration dans le domaine des transports.
Rappelons que le MoU lie la République de Türkiye à plusieurs États africains côtiers parmi lesquels, la République du Congo, la République de Djibouti, la République du Ghana, la République de Guinée, la République du Libéria, la République islamique de Mauritanie et la République fédérale de Somalie pour renforcer la connectivité des transports et fluidifier les échanges de transit entre l’Afrique et la Türkiye.
L’objectif principal du Comité est de faciliter, suivre et rendre compte de la mise en œuvre du MoU de manière à contribuer efficacement aux activités de transport de transit entre les États africains et la Türkiye, dans un contexte de croissance des échanges, de recomposition des chaînes logistiques mondiales et de montée en puissance des corridors multimodaux. Le choix de Djibouti pour accueillir cette première réunion n’est pas anodin. Hub logistique majeur de la Corne de l’Afrique, point de convergence des corridors régionaux et porte d’entrée maritime vers les marchés africains enclavés.
Cette première rencontre, organisée par le ministère djiboutien des Infrastructures et de l’Équipement en collaboration avec l’Autorité des Ports et des Zones Franches de Djibouti (APZFD), a servi de plateforme permettant aux responsables des différentes entités portuaires ainsi qu’aux acteurs du secteur de la logistique de présenter aux investisseurs turcs les atouts stratégiques du pays, tout en mettant en lumière les infrastructures modernes et performantes mises en place par Djibouti.
Un comité au cœur du mécanisme de mise en œuvre du MoU
Durant deux jours, les délégations ont mené des discussions approfondies, alternant sessions plénières, échanges techniques et contributions du secteur privé, afin de poser les bases opérationnelles de cette coopération inédite. À l’issue des travaux, les membres du JTSC se sont accordés sur plusieurs axes stratégiques destinés à structurer l’action du Comité dans les mois et années à venir. Cette feuille de route vise à maximiser la contribution des pays concernés aux corridors mondiaux et régionaux de transport de transit reliant la Türkiye aux États africains. Elle doit permettre d’identifier les projets prioritaires, de séquencer les actions à mener et d’assurer une coordination étroite entre les administrations nationales, les opérateurs logistiques et les partenaires financiers. L’approche retenue se veut résolument pragmatique, fondée sur des objectifs mesurables, des calendriers réalistes et une prise en compte fine des réalités du terrain. Il est à noter que les membres du JTSC se sont penchés au cours de ces deux jours sur les défis pouvant freiner les échanges et la performance des chaînes de transport entre l’Afrique et la Türkiye. Qu’il s’agisse de contraintes portuaires, de procédures douanières, de ruptures de charge, de déficits d’infrastructures ou de cadres réglementaires hétérogènes, les participants ont procédé à un diagnostic partagé des principaux obstacles.
Sur cette base, le JTSC s’est engagé à définir des mesures concrètes pour lever ces blocages, en privilégiant des solutions coordonnées à l’échelle régionale. L’identification de corridors pilotes, appelés à servir de vitrines et de bancs d’essai pour les nouvelles approches de coopération, constitue à cet égard une avancée majeure. Le Comité a également acté la mise en place de mécanismes de correspondance réguliers entre les États signataires afin d’assurer un suivi continu de la mise en œuvre du MoU. Cette communication renforcée doit permettre d’anticiper les difficultés, de partager les avancées et d’ajuster les actions en fonction des évolutions du contexte. Par ailleurs, les membres du JTSC ont souligné l’importance du renforcement des capacités humaines.
Des décisions ont ainsi été prises concernant l’organisation de formations ciblées sur des thématiques spécifiques, afin de répondre à la demande croissante de transport de transit et de doter les administrations et les opérateurs des compétences nécessaires pour accompagner cette montée en puissance. L’une des particularités marquantes de cette première réunion a été la place accordée aux acteurs du secteur privé et aux institutions financières. Leurs contributions ont permis d’ancrer les débats dans les réalités opérationnelles et économiques du transport et de la logistique. Les opérateurs ont notamment insisté sur la nécessité de garantir la prévisibilité des cadres réglementaires, d’accélérer les procédures et de sécuriser les investissements. Leurs recommandations ont été formalisées dans une note de priorités appelée à servir de boussole pour les travaux futurs du JTSC.
Un discours de clôture tourné vers l’action
Clôturant les travaux de cette première rencontre du JTSC, le ministre des Infrastructures et de l’Équipement, M. Hassan Houmed Ibrahim, séduit par la qualité des échanges a déclaré « Au nom du gouvernement djiboutien, je vous exprime notre profonde gratitude pour la qualité des échanges, l’engagement et l’esprit de co-construction qui ont régné dans cette salle ».
Le ministre Hassan Houmed a en outre mis en exergue les résultats obtenus qui selon lui s’avèrent satisfaisants. « Nous avons clarifié les principaux goulots d’étranglement logistique entre nos régions, défini de corridor pilote concret, adopté nos termes de référence et signé le compte-rendu formalisant notre alliance. C’est un socle solide et c’est déjà une réussite. Je tiens à saluer tout particulièrement la franchise et la pertinence des contributions du secteur privé » a-t-il souligné avant d’indiquer que les infrastructures du pays sont pleinement mobilisées au service de cette ambition commune.
« Djibouti, en tant qu’hôte de cette première réunion, réaffirme son engagement total à être un partenaire actif, fiable et moteur dans la mise en œuvre de ces mémorandums », a-t-il insisté.
Il a également appelé à entrer sans délai dans une phase opérationnelle, en mobilisant les financements, en lançant les projets pilotes et en préparant dès à présent la prochaine rencontre du JTSC.
« C’est ensemble que nous ferons de ces engagements des réalités au service de nos peuples et de notre prospérité commune », a conclu le ministre Hassan Houmed Ibrahim, résumant l’esprit qui a présidé à ces deux journées fondatrices. Au-delà des décisions prises et des recommandations évoquées, cette première réunion du Comité directeur conjoint des transports Afrique–Türkiye marque le début d’une dynamique de coopération structurée, fondée sur une vision partagée et une volonté commune de résultats.
En effet, dans un contexte international marqué par la recherche de nouvelles routes commerciales, la sécurisation des chaînes d’approvisionnement et le développement d’infrastructures résilientes, l’initiative Afrique–Türkiye apparaît comme un levier stratégique pour renforcer l’intégration régionale africaine et diversifier les partenariats.
RACHID BAYLEH








































