Placée sous le haut patronage du Président de la République, Son Excellence M. Ismaïl Omar Guelleh, la première édition du Forum international pour l’adaptation climatique a été officiellement lancée hier matin à l’hôtel Ayla Palace. Pendant trois jours, du 19 au 21 janvier 2026, Djibouti devient le carrefour régional et international du dialogue scientifique, politique et citoyen sur les réponses concrètes au changement climatique, à travers le thème fédérateur : « From Participatory Science to Climate Action and Innovation ».

Djibouti a vécu, hier matin, un moment historique pour son avenir environnemental et scientifique. Dans le cadre feutré mais solennel de l’hôtel Ayla Palace, s’est ouverte la toute première édition du Forum international pour l’adaptation climatique, un rendez-vous inédit qui consacre la place croissante de la République de Djibouti dans la réflexion et l’action climatiques à l’échelle régionale et internationale. L’événement, organisé sous le haut patronage du Président de la République, Son Excellence M. Ismaïl Omar Guelleh, marque une étape décisive dans la mobilisation collective face à l’un des plus grands défis du XXIᵉ siècle.

La cérémonie inaugurale s’est déroulée en présence des plus hautes autorités de l’État, témoignant de l’importance stratégique accordée à la question climatique. Outre le Chef de l’État, étaient présents la Première Dame et Présidente de l’Union nationale des femmes djiboutiennes (UNFD), Son Excellence Mme Kadra Mahamoud Haid, le Premier Ministre, Son Excellence M. Abdoulkader Kamil Mohamed, le Président de l’Assemblée nationale, Son Excellence M. Dileita Mohamed Dileita, ainsi que l’ensemble des membres du gouvernement, dont le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, Dr Nabil Mohamed Ahmed.

À cette forte représentation institutionnelle s’est ajoutée une participation scientifique et diplomatique de premier plan : ministres des pays de la région, chercheurs, scientifiques, climatologues, universitaires, étudiants, ambassadeurs et membres du corps diplomatique, représentants d’organisations internationales et d’instituts universitaires. Plus de 350 délégués, issus de 16 pays, ayant effectué près de 80 déplacements internationaux, se sont réunis à Djibouti, illustrant l’ampleur et la portée de ce forum.

Dès son arrivée sur les lieux, le Président de la République, accueilli par le Premier Ministre et le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche, a effectué une visite attentive de l’exposition installée dans le hall de l’hôtel. Celle-ci mettait en valeur le savoir-faire national et les produits biologiques de plusieurs institutions et entreprises djiboutiennes, notamment le laboratoire d’agronomie et d’écologie, le Centre de valorisation des déchets, SOS Environnement Djibouti ou encore l’Association pour l’avenir et le développement d’Obock. Une vitrine concrète des initiatives locales en faveur de l’environnement et du développement durable.

Faire de la science un levier d’action tangible

Le thème central du Forum, « From Participatory Science to Climate Action and Innovation », résume l’ambition de cette rencontre : faire de la science un levier d’action tangible. Comme l’ont rappelé plusieurs intervenants, les défis posés par le changement climatique ne relèvent plus d’une projection lointaine, mais constituent une réalité quotidienne, particulièrement ressentie dans les régions vulnérables où les agriculteurs, les éleveurs et les communautés côtières sont en première ligne. Il s’agit désormais de transformer les connaissances scientifiques en solutions opérationnelles, adaptées aux réalités locales. Sur les trois jours de travaux, le Forum entend bâtir des ponts entre les institutions académiques et d’enseignement supérieur, partager des recherches novatrices sur les sols et les ressources en eau, aborder la question cruciale du financement climatique et mettre à l’honneur l’ingéniosité des jeunes innovateurs. L’objectif affiché est clair : co-concevoir des solutions africaines et renforcer les partenariats globaux, dans une logique de coopération et de solidarité scientifique. Le ministre de l’enseignement supérieur et de la recherche Dr Nabil Mohamed Ahmed a donné une profondeur scientifique et stratégique à cette rencontre. Pour sa part le Directeur général du Centre d’Études et de Recherche de Djibouti (CERD), Dr Jalludin Mohamed, a rappelé que les populations de la région de l’Afrique de l’Est subissent déjà de plein fouet les effets du dérèglement climatique : modification des saisons, disparition des pâturages, perturbation des transhumances traditionnelles, hausse des températures, pluies à la fois plus intenses et plus imprévisibles, dégradation des sols et recul des forêts. Dans des environnements arides comme celui de Djibouti, la diminution des précipitations entraîne l’assèchement des points d’eau et fragilise une biodiversité déjà vulnérable.

Face à ces bouleversements, a-t-il souligné, les sociétés perdent progressivement leurs repères environnementaux, sociaux et économiques, entraînant des pressions accrues et l’émergence de migrations climatiques. Or, les modèles climatiques globaux restent parfois peu fiables pour la région, rendant indispensable le développement d’une expertise scientifique locale et régionale.

C’est dans ce contexte qu’est née, il y a plus de vingt ans, la vision de bâtir une véritable communauté scientifique de l’Afrique de l’Est dédiée à la recherche sur le climat, l’adaptation et la résilience. Cette ambition s’est concrétisée à travers le projet ADAC – Alliance Doctorale pour l’Adaptation Climatique – financé par la France et réunissant des institutions scientifiques de Djibouti, d’Éthiopie, de Somalie, du Kenya et de Tanzanie, en partenariat avec l’Institut de Recherche pour le Développement (IRD) et l’Université de Djibouti.

Au cœur de ce dispositif innovant figure le concept de ZAPI, Zones d’Adaptation Prioritaire et d’Innovation. Ces espaces incarnent une approche pluridisciplinaire et participative, associant scientifiques, décideurs politiques et populations locales afin de co-construire des solutions adaptées aux réalités du terrain. Les ZAPI permettent d’assurer des observations et des mesures pérennes, essentielles pour comprendre les impacts du changement climatique et proposer des réponses efficaces en matière d’adaptation et de résilience.

Un autre temps fort du Forum réside dans l’élaboration de la charte de l’ADAC, véritable engagement collectif en faveur d’une science au service du développement durable et de l’adaptation climatique. Cette charte vise à combler le déficit de connaissances précises sur les impacts différenciés du climat dans la région et à renforcer le rôle de la science dans l’élaboration des politiques publiques.

La dimension internationale et académique du Forum a été renforcée par l’intervention du professeur Daniel Ochieng’ Olago, éminent scientifique de l’Université de Nairobi et ancien membre du GIEC. Dans son allocution, il a souligné que l’Afrique, bien que faiblement responsable des émissions mondiales de gaz à effet de serre, subit de manière disproportionnée les chocs climatiques, menaçant le développement durable, la sécurité alimentaire, la santé, les ressources en eau et la stabilité socio-économique. Il a insisté sur la nécessité de former une masse critique de jeunes scientifiques africains, dotés des compétences du XXIᵉ siècle, notamment en intelligence artificielle et en technologies émergentes, afin de produire des solutions d’adaptation à grande échelle.

Moment solennel et très attendu, le discours du Président de la République a donné toute sa portée politique à ce Forum. Le Chef de l’État a affirmé que le changement climatique n’est plus une hypothèse scientifique ni une menace lointaine, mais une réalité quotidienne, parfois brutale, pour Djibouti comme pour de nombreux pays vulnérables. Sécheresses prolongées, stress hydrique, pression sur les écosystèmes et risques pour la stabilité sociale et économique constituent désormais le quotidien de millions de personnes.

Face à cette situation, le Président Guelleh a rappelé le choix stratégique de Djibouti : celui de l’anticipation, de la résilience et de l’action. L’adaptation climatique est au cœur de la stratégie nationale de développement, touchant aussi bien la sécurité alimentaire que l’aménagement du territoire, la protection des zones côtières, la préservation de la biodiversité et la stabilité des communautés.

Mais, a-t-il souligné, aucune politique d’adaptation ne peut être durable sans une base scientifique solide. C’est dans cet esprit qu’a été lancée officiellement l’Alliance Doctorale pour le Climat, initiative phare visant à former une nouvelle génération de chercheurs africains, à encourager l’innovation et à promouvoir une recherche ancrée dans les réalités locales. Le Président a adressé un message fort à la jeunesse africaine, plaçant les étudiants et jeunes chercheurs au cœur de la réponse mondiale à l’urgence climatique.

Enfin, le Chef de l’État a lancé un appel solennel à la communauté internationale en faveur de financements plus accessibles, de transferts de technologies et d’une coopération scientifique équitable, rappelant que les pays les plus exposés sont souvent ceux qui disposent des ressources les plus limitées.

En accueillant ce premier Forum international pour l’adaptation climatique et en lançant l’Alliance Doctorale pour le Climat, Djibouti affirme avec force sa volonté de jouer un rôle moteur dans la réponse régionale et africaine aux défis climatiques. Plus qu’un simple rendez-vous scientifique, ce Forum se veut un espace de décisions, de partenariats et d’engagements concrets, porteur d’espoir et de transformation durable pour les générations présentes et futures.

Rachid Bayleh