
Entre les ciseaux et les cahiers, Mohamed Moussa Wais mène une double vie faite de travail, d’efforts et de persévérance. Coiffeur de quartier le jour, étudiant en anglais le soir, il incarne le courage discret de ceux qui refusent de choisir entre gagner leur vie et construire leur avenir.
Il est tôt à PK13. Le salon est encore calme, mais Mohamed Moussa Wais est déjà là. Il balaie le sol, prépare ses outils, salue les premiers clients. Ici, tout le monde le connaît. Mohamed, c’est « le coiffeur du quartier », celui qui écoute autant qu’il coupe.
À quelques kilomètres de là, à PK12, c’est là qu’il vit. Et entre ces deux endroits, il partage sa vie depuis des années : le travail et les études. Depuis près de quinze ans, Mohamed est coiffeur. Il n’a pas appris dans une école, mais sur le terrain, en regardant les anciens faire, en essayant, en se trompant parfois. Avec le temps, ses mains ont appris seules.
Quand il quitte le salon, ce n’est pas pour se reposer. Il prend le chemin de l’Université de Djibouti. En deuxième année de langue anglaise, il s’accroche. Les cours, les devoirs, les examens… Ce n’est pas toujours facile après une journée debout. « Il y a des soirs où la fatigue est plus forte que moi », reconnaît-il. Mais il continue.
Ce qui le pousse à avancer, c’est cette idée que l’anglais peut lui ouvrir des portes. Pour Mohamed, apprendre une langue, c’est élargir son monde, comprendre ailleurs, rêver plus loin. Il sait que chaque heure passée à réviser compte, même quand les yeux se ferment.
Au salon, les défis sont différents. Les clients ont leurs exigences, leurs humeurs, leurs attentes. Mohamed écoute, ajuste, recommence si nécessaire. Il veut que chacun reparte satisfait. Il y a aussi la concurrence, le manque de matériel parfois, et cette fatigue qui revient en fin de journée. Pourtant, il garde le sourire. Parce que ce métier, il l’aime vraiment. Concilier tout cela demande de la discipline, mais surtout du courage. Mohamed organise ses journées, compte ses heures, sacrifie parfois le repos. Il travaille pour payer ses déplacements, ses besoins, et continuer ses études sans dépendre des autres. Son message aux jeunes est simple, sans grands discours : ne choisissez pas entre l’école et le métier. « On peut faire les deux, si on est sérieux », dit-il. Les études pour la tête, le métier pour les mains. Et entre les deux, la volonté.
L’histoire de Mohamed Mousse Wais n’est pas celle d’un héros, mais celle d’un jeune qui se bat chaque jour pour avancer. Un pas après l’autre. Une coupe après l’autre. Une leçon après l’autre.
Mohamed Chakib












































