Baisse des arrivages, flambée des prix et manque d’infrastructures : immersion au cœur d’un maillon essentiel de l’économie locale. Depuis la fête de l’Aïd, le parc à bétail traverse une période de ralentissement marquée par une baisse significative des arrivages. En cause : les fortes pluies qui ont entravé les circuits d’approvisionnement et freiné les transactions entre éleveurs et commerçants. Dans ce contexte, les professionnels du secteur s’adaptent tant bien que mal pour maintenir l’activité, malgré un stock limité et des conditions parfois difficiles.

Derrière l’activité du parc se cache une organisation rigoureuse. Un parking est prévu pour accueillir les animaux à leur arrivée, avant leur prise en charge. La commune de Balbala dispose d’un mini abattoir directement au sein du parc, facilitant ainsi les opérations sur place. En revanche, pour la commune de Boulaos, les animaux sont acheminés vers l’abattoir situé à la zone industrielle sud.

Chaque matin, les agents d’entretien nourrissent les animaux, tandis que la sécurité prend le relais la nuit. « Le parc ne dort jamais », confie un travailleur. En effet, certains agents restent mobilisés toute la nuit pour faire face aux urgences, notamment lors des cérémonies funéraires nécessitant un abattage nocturne.

Un acheminement long et coûteux depuis l’Éthiopie

Lors de notre reportage, plusieurs arrivées de bétail ont été observées. Un convoi de 280 chèvres en provenance d’Éthiopie a atteint le site après un périple de six jours et six nuits, accompagné de trois convoyeurs, avant d’arriver à Dikhil.

Par ailleurs, 21 vaches originaires de la région d’Échaeti, en Éthiopie, sont arrivées après trois jours et trois nuits de trajet.

En effet, le fonctionnement du parc de bétail repose sur un système de contributions financières. Chaque animal est soumis à une taxe de 20 francs djiboutiens de son entrée, portée à 50 francs pour les vaches et les chameaux, couvrant l’eau, l’entretien et le séjour jusqu’à l’abattage.

À la sortie, une redevance de 150 francs est appliquée pour soutenir les services d’élevage et de santé.

Par ailleurs  l’abattage d’un mouton, quant à lui, s’élève à un coût total de 1350 francs djiboutiens, réparti entre l’égorgement (800 FD), les services de nettoyage et de fonctionnement (400 FD), et la taxe de sortie (150 FD). Chaque semaine, des camions-citernes interviennent pour assurer l’approvisionnement en eau et l’entretien des installations, sous la supervision d’une équipe de 15 agents. Le parc fait également vivre une main-d’œuvre importante. Trente femmes y travaillent quotidiennement, réparties en deux équipes, matin et soir. Elles interviennent principalement dans les opérations de nettoyage des animaux après l’abattage. En parallèle, la gestion des déchets est assurée par un camion qui effectue une collecte journalière, pour un coût de 8000 francs djiboutiens, financé par les recettes du site.

Une flambée des prix qui inquiète toute la filière

Le constat est sans appel : les prix du bétail ont fortement augmenté. Une vache, vendue autrefois entre 45 000 et 50 000 FD, atteint aujourd’hui 90 000 FD.

Pour ceux de chèvre le prix a augmenté aussi au triple auparavant ça coûtait 8000 fd alors que maintenant c’est presque 30000 fd.

Cette hausse impacte directement l’ensemble des acteurs de la chaîne. Du vendeur au consommateur, en passant par les dilaleh (courtiers), les transporteurs, les vétérinaires et les services fiscaux, chacun voit ses marges se réduire. « Nous sommes tous liés. Quand les prix montent, au final, tout le monde y perd », explique ce courtier.

Un manque d’infrastructures pointé du doigt

Malgré leur satisfaction globale quant au fonctionnement du parc, les dilaleh soulignent un problème majeur : l’absence de structures adaptées pour stocker et entretenir les animaux.

Ce manque se fait particulièrement sentir en période de sécheresse, lorsque les éleveurs ne disposent d’aucun espace sécurisé pour protéger leur bétail. Une situation récemment observée dans plusieurs régions de l’intérieur du pays.

Vers un projet d’autonomie du parc ?

Face à ces difficultés, les courtiers plaident pour une solution durable : développer un élevage local autonome. Ils proposent notamment : la création d’espaces dédiés à l’élevage, la réduction de la dépendance aux importations, l’utilisation d’aliments récupérés, notamment des produits expirés provenant des commerces. « Nous avons les capacités de nous produire nous-mêmes, il nous manque seulement les moyens », affirment-ils.

Le rôle clé du contrôle sanitaire

Au cœur du dispositif, le vétérinaire joue un rôle central. Il assure le suivi sanitaire du bétail, identifie les animaux malades et garantit la qualité des produits destinés à la consommation.

Son intervention est essentielle pour préserver la santé publique et maintenir la confiance des consommateurs.

Un secteur stratégique à soutenir

Au-delà de son activité économique, le parc à bétail représente un pilier de la sécurité alimentaire locale. Il fait vivre des dizaines de travailleurs et alimente toute une chaîne de métiers interdépendants. Mais pour continuer à remplir ce rôle, les professionnels appellent à un soutien accru des autorités, notamment en matière d’infrastructures et d’investissements tels que la création d’une coopération pour avoir un droit et un devoir ou ils pouvant soulève leur voix.  Car une chose est certaine : sans amélioration des conditions actuelles, c’est toute la filière qui risque de s’essouffler.

Zouhour Abdillahi