
Un phénomène environnemental inhabituel a été observé le 15 mars 2026 sur plusieurs plages de la capitale djiboutienne. Des dizaines de poissons morts ont été retrouvés échoués sur le littoral, notamment sur les plages très fréquentées de Siesta et du Héron. Face à cette situation préoccupante, des chercheurs ont mené des analyses scientifiques qui pointent vers une cause possible : la prolifération massive d’une microalgue marine.

Selon un communiqué scientifique de l’Observatoire Régional de Recherche sur l’Environnement et le Climat (ORREC), cet épisode de mortalité pourrait être lié à une efflorescence phytoplanctonique – communément appelée «bloom » – d’une espèce de dinoflagellé nommée Blixaea quinquecornis, une microalgue naturellement présente dans les eaux marines mais capable de proliférer dans certaines conditions environnementales.
Les premiers signes de l’événement ont été constatés sur le littoral lorsque des riverains et promeneurs ont remarqué la présence inhabituelle de poissons morts échoués sur le sable. Rapidement, des prélèvements d’eau de mer ont été réalisés dans les zones affectées afin de comprendre l’origine du phénomène.
Les échantillons collectés ont ensuite été examinés au laboratoire à l’aide d’un microscope inversé trinoculaire. Les observations ont révélé une concentration particulièrement élevée de Blixaea quinquecornis, également connue sous le nom scientifique Peridinium quinquecorne. Cette abondance inhabituelle indique la présence probable d’un bloom phytoplanctonique dans les eaux côtières de Djibouti. Les blooms d’algues microscopiques sont des phénomènes naturels qui se produisent lorsque certaines espèces de phytoplancton se multiplient rapidement dans l’eau. Ils peuvent être favorisés par plusieurs facteurs environnementaux, notamment la température de l’eau, la disponibilité en nutriments ou encore les conditions de circulation marine. Dans certains cas, ces proliférations peuvent perturber l’équilibre de l’écosystème marin.

Une chute critique de l’oxygène dans l’eau
Outre l’identification de la microalgue, les chercheurs ont également procédé à des analyses physico-chimiques de l’eau de mer. Les résultats montrent un pH de 8,1, une valeur considérée comme normale pour les eaux marines côtières.
Cependant, un autre paramètre s’est révélé particulièrement préoccupant : la concentration en oxygène dissous dans l’eau.
Les mesures ont indiqué un taux de seulement 1,23 milligramme d’oxygène par litre d’eau, un niveau extrêmement faible qui correspond à une situation d’hypoxie sévère. Dans un environnement marin, l’oxygène dissous est essentiel à la survie des poissons et des autres organismes aquatiques.
Lorsque sa concentration chute à un niveau critique, les animaux marins subissent un stress physiologique important pouvant entraîner leur mort. Les scientifiques estiment ainsi que cette baisse drastique d’oxygène pourrait expliquer l’épisode de mortalité observé sur les plages de la capitale.
Contrairement à certaines espèces de microalgues connues pour produire des toxines dangereuses pour la faune et parfois pour l’être humain, Blixaea quinquecornis n’est généralement pas considérée comme toxique. Toutefois, lorsqu’elle prolifère massivement, elle peut perturber l’équilibre de l’eau en consommant l’oxygène disponible ou en favorisant des processus biologiques qui en réduisent la concentration. Ce mécanisme pourrait être à l’origine de l’hypoxie détectée dans les eaux côtières de Djibouti. Les chercheurs soulignent également que ce type d’événement n’est pas inédit dans la région. Un épisode comparable avait déjà été documenté en 2012 dans les eaux côtières d’Al-Hodeidah, au Yémen, dans la partie sud de la mer Rouge.
À l’époque, une prolifération massive de la même espèce de microalgue avait été associée à une importante mortalité de poissons. Les travaux scientifiques menés sur cet événement avaient conclu que la dégradation de la qualité de l’eau et la diminution de l’oxygène dissous étaient les principaux facteurs responsables.
Les observations réalisées à Djibouti présentent des caractéristiques similaires, ce qui renforce l’hypothèse d’un phénomène écologique comparable. Pour les spécialistes de l’environnement marin, cet épisode rappelle l’importance d’une surveillance scientifique régulière des eaux côtières.
Les efflorescences algales nuisibles, connues sous l’acronyme HAB (Harmful Algal Blooms), peuvent avoir des impacts significatifs sur les écosystèmes marins, la pêche et les activités économiques liées au littoral.
Dans certaines régions du monde, ces phénomènes peuvent également affecter la santé publique lorsqu’ils impliquent des espèces toxiques.
Même si l’espèce identifiée à Djibouti n’est pas réputée produire de toxines, sa prolifération et les effets indirects qu’elle peut provoquer sur la qualité de l’eau soulignent la fragilité des équilibres marins.
Les scientifiques recommandent ainsi de renforcer les programmes de suivi et d’observation des microalgues dans les eaux côtières de Djibouti et plus largement dans la région du golfe d’Aden. Un système de surveillance régulier permettrait de détecter plus tôt les signes de prolifération algale et d’anticiper leurs impacts potentiels.
Dans un contexte de changements environnementaux et climatiques, la compréhension de ces phénomènes devient également un enjeu scientifique majeur.
Pour l’instant, les chercheurs poursuivent leurs analyses afin de mieux comprendre les conditions qui ont favorisé ce bloom et d’évaluer son évolution dans les jours à venir. En attendant, l’événement du 15 mars rappelle que même les organismes invisibles à l’œil nu peuvent avoir des conséquences spectaculaires sur l’équilibre fragile des écosystèmes marins.









































