
Depuis 2015, la Société d’investissement solidaire gestionnaire de l’abattoir de Djibouti s’impose comme un acteur central dans la chaîne d’approvisionnement en viande dans la capitale. En assurant à la fois la gestion de l’abattage, la distribution locale et une partie de l’exportation, cette structure joue un rôle stratégique dans la sécurité alimentaire du pays. Dans cet entretien, son directeur général, M. Mowlid Houssein Warsama, revient en détail sur l’évolution de l’entreprise depuis sa création, son mode de fonctionnement en concession avec l’État, ainsi que sur les infrastructures mises en place pour moderniser le secteur. Il évoque également l’organisation quotidienne des activités, les mécanismes de contrôle sanitaire stricts, ainsi que la provenance du bétail et son acheminement vers les différentes installations. Enfin, le responsable aborde sans détour les défis auxquels la structure fait face, notamment la saturation des infrastructures, les contraintes financières et logistiques, tout en appelant à un accompagnement accru des autorités pour renforcer la performance du secteur et améliorer l’offre de viande à Djibouti.

Pouvez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours au sein de l’abattoir ?
Je m’appelle M. Mawlid Houssein et je suis le directeur général de société d’investissement solidaire gestionnaire de l’abattoir de Djibouti ainsi que du parc à bétail. J’occupe ce poste depuis environ dix ans, c’est-à-dire depuis la création de cette entreprise en 2015. J’ai donc accompagné l’évolution de cette structure depuis ses débuts. Au fil des années, nous avons acquis une solide expérience dans la gestion de l’abattage et de la distribution de la viande, malgré les nombreux défis auxquels nous faisons face.
Quel est le statut de votre entreprise et quelles sont ses missions principales ?
Notre entreprise est une société privée fonctionnant sous forme de concession avec l’État. Nous opérons donc en collaboration avec les autorités publiques, notamment le ministère de l’Agriculture, tout en conservant une autonomie de gestion. Nos missions sont multiples : d’une part, nous visons à exporter de la viande rouge afin de positionner Djibouti sur le marché international, et d’autre part, nous assurons l’approvisionnement régulier du marché local pour répondre aux besoins de la population.

Comment est organisée la gestion de l’abattoir au quotidien ?
La gestion de l’abattoir est entièrement assurée par des Djiboutiens, ce qui est une grande fierté pour nous. Nous disposons d’un personnel qualifié composé de techniciens, d’agents d’entretien et de vétérinaires internes. En parallèle, les services vétérinaires de l’État interviennent régulièrement pour effectuer des contrôles sanitaires et délivrer les certificats de santé. Cette collaboration permet d’assurer une surveillance rigoureuse à chaque étape du processus.
Quelles sont les différentes infrastructures que vous gérez actuellement ?
Nous gérons aujourd’hui trois structures principales. Tout d’abord, le parc à bétail, qui constitue le point d’entrée des animaux. Ensuite, l’abattoir principal, où se déroule la majeure partie des opérations d’abattage. Enfin, nous avons construit un mini-abattoir à Balbala, inauguré en 2023 à l’initiative des autorités. Ce dernier a été mis en place pour rapprocher le service des populations.
D’où proviennent les animaux et comment sont-ils acheminés ?
La grande majorité des animaux, soit environ 95 %, provient d’Éthiopie, tandis qu’une petite partie vient du Somaliland. Ils sont transportés par convoyeurs jusqu’au parc à bétail. Une fois sur place, ils passent par un contrôle sanitaire effectué par des vétérinaires. Ce n’est qu’après validation qu’ils peuvent être mis en vente aux commerçants.
Pouvez-vous nous expliquer en détail le processus d’abattage ?
Le processus d’abattage est strictement encadré. Il commence par un premier contrôle sanitaire sur l’animal vivant afin de détecter toute anomalie. Ensuite, l’animal est abattu conformément aux normes en vigueur. Après cela, un second contrôle, dit post-mortem, est effectué sur la carcasse. Ce double contrôle est essentiel pour garantir la sécurité alimentaire. En cas de détection d’une maladie, l’animal est immédiatement isolé et détruit, et un certificat est délivré au propriétaire pour justifier cette décision.
Comment assurez-vous la distribution de la viande?
Une fois l’abattage terminé, la viande est préparée et chargée dans des camions. La distribution se fait très tôt le matin, généralement vers 5 heures, afin d’approvisionner les différents marchés de Djibouti. Un système de marquage permet à chaque boucher d’identifier facilement les animaux qui lui appartiennent. Cela garantit une traçabilité efficace tout au long du processus.
Qui sont vos principaux partenaires ?
Nos principaux partenaires sont les bouchers, qu’ils soient spécialisés dans les bovins, les ovins ou les camélidés. Nous collaborons également avec des associations, notamment lors de périodes spécifiques comme l’Aïd al-Adha, où la demande augmente considérablement. Enfin, nous avons aussi des clients particuliers qui préfèrent acheter directement des animaux pour leur consommation personnelle.
Quelles mesures d’hygiène et de sécurité appliquez-vous ?
L’hygiène est une priorité absolue dans notre activité. Nous utilisons des produits désinfectants tels que la javel et d’autres produits nettoyant comme le Dettol pour maintenir un environnement propre. Les vétérinaires et les agents portent des équipements adaptés afin d’éviter toute contamination. Nous avons également mis en place un système interne de contrôle sanitaire, en attendant l’établissement de normes nationales plus détaillées.
Comment gérez-vous les déchets issus de l’abattage?
La gestion des déchets est un aspect très important de notre travail. Nous distinguons deux types de déchets : les déchets solides et les déchets liquides. Les déchets solides sont collectés et transportés vers des zones spécifiques prévues à cet effet. Quant aux déchets liquides, ils sont traités à l’aide d’importantes quantités d’eau et de produits chimiques, puis dirigés vers une station d’épuration. Ce système permet de limiter l’impact environnemental de nos activités.
Quels sont les principaux défis auxquels vous êtes confrontés aujourd’hui ?
Nous faisons face à plusieurs défis majeurs. Tout d’abord, le mini-abattoir de Balbala est aujourd’hui saturé, ce qui nécessite une extension. Ensuite, nous manquons de moyens logistiques, notamment de camions pour assurer le transport de la viande. Par ailleurs, les charges d’exploitation, telles que l’eau, l’électricité et les impôts, sont très élevées. Enfin, le tarif d’abattage est resté inchangé depuis 1978, ce qui limite fortement nos ressources financières.
Quelles sont vos attentes vis-à-vis des autorités publiques ?
Nous sollicitons un soutien de l’État pour accompagner notre développement. Cela pourrait passer par des exonérations sur certaines charges, comme l’eau et l’électricité, ainsi que par un appui logistique pour moderniser notre flotte de transport. Ces mesures nous permettraient non seulement d’améliorer nos performances, mais aussi de créer davantage d’emplois et de renforcer notre capacité d’exportation.
Quel message souhaitez-vous adresser pour conclure cet entretien ?
Je tiens à souligner que notre structure reste ouverte au public, notamment pour des visites pédagogiques ou professionnelles. Nous encourageons les personnes intéressées à venir découvrir nos activités, en particulier lors des périodes d’abattage en soirée. Notre ambition est de continuer à améliorer nos services et de contribuer activement au développement du secteur de la viande à Djibouti.
Propos recueillis par Zouhour Abdillahi








































