
Il y a des engagements qui se mesurent dans la durée. Depuis plusieurs années, Le Président de la République, Son Excellence Ismail Omar Guelleh a fait du logement pour tous l’une des priorités cardinales de sa politique sociale. Sa vision est claire : offrir à chaque famille djiboutienne, quelle que soit sa condition, la possibilité d’accéder à un logement digne. C’est dans le prolongement direct de cette ambition présidentielle que le ministre de l’Économie et des Finances, M. Ilyas Moussa Dawaleh, et la ministre de la Ville, Mme Amina Abdi Aden, ont réuni e lundi dernier l’ensemble des banques de la place au ministère de l’Économie et des Finances. Une table ronde de haut niveau, sobre dans sa forme, mais lourde de sens dans ses décisions : l’État djiboutien confirme qu’il ne s’arrêtera pas tant que le logement abordable ne sera pas une réalité accessible au plus grand nombre.
Tout a commencé en juin 2023, avec le lancement opérationnel du mécanisme de garantie hypothécaire, un dispositif conçu pour permettre aux ménages à revenus modestes et intermédiaires d’accéder plus facilement au crédit immobilier. Le principe est simple : l’État, à travers le Fonds de Garantie de Djibouti le FOGAD partage le risque avec les banques. Celles-ci, en retour, sont censées prêter plus facilement à des familles qui, sans cette garantie publique, n’auraient aucune chance sérieuse d’obtenir un financement bancaire.
Depuis ce lancement, deux grandes réunions ont eu lieu pour faire le bilan. La première, en juillet 2024, a permis d’évaluer les premiers résultats du mécanisme et d’identifier les ajustements nécessaires. La table ronde du 3 mars 2026 marque désormais une troisième étape, sans doute la plus décisive à ce jour. Un processus progressif, méthodique, que les autorités assument pleinement.
Un bilan honnête : le dispositif n’a pas encore décollé
Les autorités ne se voilent pas la face. Malgré la pertinence du dispositif et le potentiel réel du marché, son niveau d’utilisation reste en deçà des objectifs fixés. Les banques n’y ont pas eu recours autant qu’espéré. Les raisons ? La Banque Centrale a posé la question directement aux établissements bancaires en décembre 2025, via un questionnaire détaillé adressé à l’ensemble de la place financière. Les réponses ont permis d’identifier avec précision les contraintes structurelles qui freinent le déploiement du mécanisme. C’est ce travail de diagnostic rigoureux, honnête et approfondi, qui nourrit aujourd’hui les décisions prises au plus haut niveau.
Des mesures concrètes pour réduire le coût du logement
Le gouvernement n’est pas resté les bras croisés face à ce constat. Dès décembre 2025, une décision forte et immédiatement applicable a été prise : ramener à zéro les commissions applicables aux produits des deux grands promoteurs publics, l’ARULoS et la SIAF, pour une durée de douze mois. Ce n’est pas anodin. Ces commissions, qui figuraient déjà parmi les plus basses à l’échelle internationale oscillant entre 0,5 % et 0,95 % ont été purement et simplement supprimées pour alléger davantage la charge financière pesant sur les ménages. C’est un sacrifice budgétaire réel, assumé par l’État dans un contexte où chaque point de pourcentage compte pour les familles les plus modestes.
Sur le terrain, l’ARULoS a également accéléré la mise à disposition de foncier aménagé. Ce sont plus de 6 000 parcelles qui ont été commercialisées entre l’année 2024 et les premiers mois de 2025. L’offre, concrète et progressive, est bel et bien là. Le défi désormais est de s’assurer que le financement suit, que les banques jouent le jeu, et que les ménages éligibles puissent effectivement franchir la porte du crédit immobilier.
La levée de la garantie silencieuse : un tournant symbolique et pratique
Parmi les décisions annoncées lors de cette table ronde, l’une mérite une attention particulière : la levée de ce que l’on appelle la garantie silencieuse. Derrière ce terme technique se cache un enjeu profond de lisibilité, de transparence et de confiance.
Jusqu’ici, l’engagement de l’État existait, mais de manière implicite, discrète, peu visible pour les acteurs du marché. En levant cette garantie silencieuse, l’État choisit désormais de dire clairement et ouvertement qu’il s’engage, plutôt que de le faire en arrière-plan, sans que personne ne puisse vraiment en mesurer la portée. C’est un signal fort, envoyé simultanément aux banques, aux promoteurs et aux ménages : le soutien de l’État est réel, visible, et pleinement assumé. Cette décision, arrêtée dès décembre 2025 par les plus hautes autorités, ouvre également une nouvelle phase, celle des réformes graduelles et évolutives. L’idée n’est pas de tout transformer d’un coup, mais d’avancer méthodiquement, en tirant les leçons de chaque étape, en ajustant le tir à mesure que les résultats se dessinent sur le terrain.
Un dossier piloté au plus haut niveau de l’État
Ce qui frappe, dans ce processus, c’est la continuité remarquable et le niveau d’implication des plus hautes instances. La table ronde du 3 mars s’est tenue en présence du Gouverneur de la Banque Centrale de Djibouti, M. Ahmed Osman Ali, du Secrétaire Général du ministère de la Ville, de l’Urbanisme et de l’Habitat, de la présidente du Conseil d’Administration et du Directeur Général du FOGAD, du Directeur Général de l’ARULoS, ainsi que du consultant dédié au logement abordable. Ce n’est pas un comité technique ordinaire qui gère ce dossier dans l’ombre des couloirs ministériels. C’est une mobilisation interministérielle et institutionnelle au plus haut niveau, avec des décideurs qui s’impliquent personnellement et durablement.
Le logement abordable n’est pas un sujet parmi d’autres dans l’agenda gouvernemental. C’est une question de stabilité sociale, de justice économique, et d’avenir concret pour des milliers de familles djiboutiennes qui aspirent à posséder un toit. Derrière chaque parcelle commercialisée, chaque crédit accordé, chaque commission supprimée, il y a des vies qui changent, des projets qui deviennent possibles, une classe moyenne qui se consolide.
Le message envoyé lundi 3 mars est clair, sans ambiguïté : l’État ne lâche pas ce dossier.
Said Mohamed Halato
Entretien avec M. Aouad Ahmed A. Mouti, Directeur Général du Fonds de Garantie de Djibouti (FOGAD)

« Une réforme évolutive au service du développement national »
À la faveur d’une table ronde consacrée au financement du logement abordable, le Directeur Général du Fonds de Garantie de Djibouti (FOGAD) revient sur les réformes engagées et les nouvelles orientations du dispositif. Pour M. Aouad Ahmed A. Mouti, ces ajustements traduisent une volonté claire de consolider un mécanisme appelé à jouer un rôle structurant dans le développement économique et social.
La Nation : Comment analysez-vous la portée de ces réformes?
Aouad Ahmed A. Mouti : Depuis 2023, nous avançons selon une méthode progressive : lancement du dispositif, évaluation, puis ajustements ciblés. La levée de la garantie silencieuse constitue une étape majeure. Elle ouvre une nouvelle phase visant à renforcer la visibilité, la transparence et l’efficacité opérationnelle du mécanisme.
Par ailleurs, la décision du Gouvernement de porter à 0 % les commissions applicables aux produits des promoteurs publics, notamment ARULoS et SIAF, pour une durée de douze mois, traduit une volonté d’alléger davantage le coût d’accès au logement. Il faut rappeler que les commissions initiales, comprises entre 0,5 % et 0,95 %, figuraient déjà parmi les plus faibles à l’international. Ces décisions témoignent d’un engagement résolu de l’État à lever progressivement les obstacles identifiés.
Comment se matérialise la levée de la garantie silencieuse ?
Jusqu’à présent, l’intervention du FOGAD n’était pas visible dans le parcours du client. Désormais, le demandeur devra déposer une copie de sa demande de financement auprès du Fonds pour suivi.
Cette évolution permettra une meilleure traçabilité des dossiers, une coordination renforcée avec les banques et une transparence accrue. Il ne s’agit pas d’un alourdissement administratif, mais d’un mécanisme de suivi optimisé destiné à améliorer l’efficacité globale du dispositif et à mieux accompagner les ménages.
Quelles sont les conditions d’éligibilité ?
Le dispositif cible les ménages à revenus bas et intermédiaires. Pour en bénéficier, il faut être citoyen djiboutien, percevoir des revenus mensuels compris entre 80 000 et 270 000 francs djiboutiens, être primo-accédant et réserver le logement à un usage personnel.
Le bien doit avoir une valeur maximale de 12 millions de francs djiboutiens, être bâti sur un titre foncier ou un bail régulier et libre de charges, et disposer des infrastructures sanitaires de base, notamment l’accès à l’eau et à l’électricité. Ces critères visent à garantir la soutenabilité financière du mécanisme tout en sécurisant les bénéficiaires et les partenaires financiers.
Le FOGAD intervient-il aussi en faveur des entreprises ?
Oui. À l’origine, le FOGAD a été créé pour soutenir le financement des micro, très petites et moyennes entreprises et industries. La fenêtre dédiée au logement abordable est venue compléter cette mission avec une dimension sociale stratégique. Aujourd’hui, la fenêtre MTPME/MTPMI affiche des résultats encourageants : 357 opérations ont été traitées pour un montant avoisinant un milliard et demi de francs djiboutiens. Ces interventions contribuent à dynamiser le tissu productif, stimuler l’investissement privé et consolider l’emploi.
Un dernier mot ?
Le logement abordable est un enjeu social et économique majeur. Nous avançons par réformes graduelles, fondées sur l’évaluation et l’adaptation progressive. Notre objectif est clair : permettre aux ménages d’accéder durablement à la propriété dans des conditions responsables, tout en préservant la solidité du système financier et en soutenant la dynamique de développement national.
Propos recueillis par Said Mohamed Halato








































