
Avec l’entrée en vigueur du nouveau traité de l’IGAD, la Corne de l’Afrique franchit une étape décisive dans son processus d’intégration régionale. Premier pays à ratifier ce texte adopté en juin 2023, Djibouti confirme son rôle central au sein de l’organisation qu’il abrite depuis 1986. Dans cet entretien exclusif, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale M. Abdoulkader Houssein Omar revient sur la portée politique et économique de cette réforme institutionnelle, les enjeux de souveraineté qu’elle suscite, ainsi que la feuille de route destinée à transformer les engagements diplomatiques en résultats concrets. Modernisation de la gouvernance, stabilité financière, paix régionale et intégration économique : le nouveau traité ambitionne de repositionner l’IGAD comme un bloc régional plus structuré et plus influent sur la scène africaine et internationale.

Monsieur le Ministre, avec la ratification de ce traité par cinq États membres, l’IGAD franchit une étape historique. Au-delà de la procédure juridique, quelle est la portée réelle de cet acte pour la région ?
La République de Djibouti, sous le leadership du Président de la République et Président de l’IGAD, S.E Ismaïl Omar Guelleh, est le premier état membre à avoir ratifié le traité de l’IGAD faisant suite à son adoption par la 14ème assemblée ordinaire des Chefs d’état de l’IGAD le 12 Juin 2023. La ratification a par ailleurs été suivi immédiatement par l’Ethiopie et le Soudan du Sud, ensuite par le Kenya et récemment la Somalie, avec lequel nous avons atteint le quorum, signifiant la mise en application de facto du traité.
Ce nouveau Traité est le fruit d’une nouvelle vision stratégique pour notre organisation portée par les pays membres telle que définie dans le document intitulée Igad Strategic Vision. Cette stratégie a plusieurs déclinaisons : Un nouveau Traité, une nouvelle structure de l’organisation et enfin un projet ambitieux d’un nouveau siège de l’organisation à Djibouti au sein duquel seront regroupés tous les programmes de l’Igad implantés dans les pays membres dans un souci de mutualisation des moyens.
Cette nouvelle stratégie marque un tournant majeur pour renforcer notre solidarité et coopération régionale mais démontre aussi la volonté de ses cinq États membres à collaborer sur les enjeux de paix et de sécurité, de développement économique et d’intégration régionale.
Le nouveau Traité a été renforcé de plusieurs dispositions nouvelles pour moderniser le texte fondateur de l’organisation et pour répondre aux exigences d’un véritable bloc économique régional en Afrique à l’instar des 4 autres organisations régionales africaines telles que la CEDEAO ou encore la SADC.
Parmi les nouveautés qui ont été intégrées au texte et qui vont améliorer le fonctionnement de l’organisation, je peux citer les dispositions relatives à la Présidence tournante, la Vice Présidence, la durée précise du mandat du Secrétaire Exécutif et du Secrétaire exécutif adjoint, poste nouvellement créé, et enfin le principe des sanctions en cas de non paiement des contributions statutaires.
Quel serait l’impact attendu pour notre nation suite à cette engagement ?
Pour Djibouti, cette ratification ainsi que toutes les autres actions stratégiques mises en œuvre confortent le rôle pivot de notre pays dans la diplomatie régionale.
En 1986 date de création de l’Igad, le choix qui s’était porté sur notre pays pour abriter l’organisation n’était pas anodin bien au contraire il présageait déjà de la grande portée de notre diplomatie.
Au moment où nous célébrons le 40e anniversaire de l’organisation sous la Présidence de Djibouti, IGAD, bon gré mal gré, fait l’unanimité dans la communauté internationale comme un acteur majeur et une organisation régionale africaine incontournable. Par ailleurs c’est l’Igad qui assure actuellement à travers son Secrétaire Exécutif Dr. Workneh Gebeyehu la présidence de la Plateforme de Coordination de tous les 8 blocs économiques régionaux africains.
L’impact politique et économique d’une telle stature et de nos engagements est par conséquent non négligeable. Cela nous permet d’intensifier nos efforts et synergies régionales avec les États membres, axés précisément sur la gestion des ressources naturelles, facilitation du commerce transfrontalier aligné sur l’engagement continental qu’est la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF), mais également sur les questions sécuritaires.
Certains observateurs et citoyens craignent qu’une intégration régionale plus poussée n’érode notre souveraineté nationale. Que répondez-vous à ceux qui voient dans ce traité un risque de perte de contrôle sur nos propres décisions ?
Il faut savoir que l’intégration régionale n’implique pas un abandon de souveraineté, au contraire, une mutualisation des moyens face aux défis communs. En conciliant autonomie nationale et synergie collective, chaque État membre préserve son identité tout en amplifiant son impact stratégique.
Il est évident qu’une intégration économique régionale bénéfique ne peut se faire que dans un environnement totalement pacifié et tous les pays membres de notre région travaillent avec acharnement pour enraciner la paix et la stabilité par la voie du dialogue et la médiation.
Le quorum étant désormais atteint, quelle est la prochaine étape ? Pouvez-vous nous détailler la feuille de route pour passer des engagements diplomatiques à une mise en œuvre concrète sur le terrain ?
L’entrée en vigueur du traité exige désormais une harmonisation rigoureuse de nos politiques nationales avec la vision de l’IGAD. Cette phase opérationnelle repose sur notre participation active aux instances décisionnelles et une mobilisation des ressources pour les projets régionaux. Parallèlement, Djibouti poursuivra son plaidoyer diplomatique pour obtenir une ratification intégrale par tous les États membres, gage d’une intégration renforcée et d’une prospérité partagée.
Notre Feuille de route ne se limite pas seulement à mener à bien la procédure de mise en œuvre du Traité.
D’autres priorités urgentes nous préoccupent actuellement à savoir, la nécessité impérieuse de la stabilité financière de l’organisation et sa pleine autonomisation.
Je dois reconnaître tout de même le haut degré de professionnalisme dont font preuve les cadres de l’organisation pour rationaliser les dépenses et les moyens et je tiens à louer les efforts déployés par le secrétaire exécutif dans ce sens.
En tant qu’état membre et président en exercice de l’IGAD, je suis convaincu que nous allons mobiliser tous les États membres pour assurer une indépendance financière de notre organisation.
Pour conclure, si vous deviez adresser un message aux citoyens sur l’avenir de Djibouti au sein de cette IGAD, quel serait-il ?
Je tiens à assurer à nos concitoyens sur le caractère fondamental de l’existence de notre organisation. L’IGAD demeure le seul cadre régional propice pour la promotion de la paix, de la sécurité et de la stabilité dans la Corne de l’Afrique en garantissant le règlement pacifique des conflits et le respect de la souveraineté des États membres sans oublier les objectifs essentiels d’intégration économique régionale.
Malgré les défis, notre détermination demeure intacte pour préserver la cohésion au sein de notre organisation, de la doter à nouveau d’une solidité et la faire rayonner sur le plan continental et international. C’est le seul choix qui se pose à nous et c’est un objectif qui est atteignable.
L’entrée en vigueur du nouveau Traité est un accomplissement parmi tant d’autres objectifs que nous nous sommes assignés.
L’appui de toutes les institutions de l’Etat est vivement sollicité, la coopération régionale étant indispensable pour améliorer concrètement la qualité de vie de nos populations.
Je profite de cette occasion pour exprimer ma profonde gratitude au Chef de l’État, S.E. Ismaïl Omar Guelleh, pour son dévouement constant et son leadership de garder la région unie, en paix et prospère.
Je salue le rôle du Secrétaire exécutif, S.E. Dr Workneh Gebeyehu, et ses collaborateurs, dont l’action fut déterminante dans l’aboutissement de ce processus de ratification.
Source Service Communication MAECI








































