
À Djibouti, les artistes locaux ont toujours su séduire le public à travers les feuilletons télévisés diffusés sur la chaîne nationale de la Radiotélévision de Djibouti. Mais l’ère numérique a bouleversé cette dynamique : les créateurs peuvent désormais exposer leurs talents au-delà des frontières et toucher un public plus large grâce à des plateformes comme YouTube et Facebook.
Aujourd’hui, on observe l’émergence de nombreuses chaînes numériques portant le nom d’artistes djiboutiens reconnus. Durant le mois sacré du Ramadan, période traditionnelle de partage et de visionnage accru de séries télévisées, ces chaînes voient un afflux de contenus publiés, démontrant l’importance stratégique de ces outils pour la diffusion artistique. Ce phénomène illustre la capacité des artistes à concilier la dévotion et la créativité, transformant le jeûne et les soirées en occasions de production et de partage culturel.
Les contenus produits par ces artistes sont réalisés dans les différentes langues du pays, ce qui renforce leur accessibilité et leur impact culturel. Des chaînes comme Djib-Live ou Geeska-Production complètent désormais la diffusion de la RTD, offrant aux séries télévisées locales une visibilité à l’échelle nationale et régionale. Ces initiatives contribuent à faire connaître la culture djiboutienne tout en valorisant le génie artistique local.
La promotion de la créativité passe nécessairement par un renforcement de la culture numérique. Celle-ci englobe les connaissances, les usages et les comportements liés aux technologies numériques qui façonnent notre société. Conscient de ce potentiel, le gouvernement a engagé une transformation numérique globale, visant à soutenir les artistes et les jeunes talents. L’Agence nationale pour la promotion de la culture (ANPC) joue un rôle central dans cette dynamique. Outre la mise en place d’archives numériques pour préserver la mémoire nationale, elle a lancé des initiatives structurantes comme l’« Espace créatif » de l’Université de Djibouti, où les jeunes se forment aux outils numériques et artistiques. Le Projet UNESCO-Aschberg, quant à lui, œuvre pour renforcer les droits des artistes et améliorer leurs conditions socio-économiques à travers des plateformes de gestion et de formation.
Une stratégie intégrée pour les industries culturelles et créatives (ICC) a également été élaborée, visant à transformer la culture en levier de développement économique. Le 23 février dernier, l’ANPC a procédé au lancement officiel de l’étude « Emploi et industries culturelles et créatives à Djibouti », soulignant l’importance de ces secteurs pour l’économie nationale et leur cohérence avec le Plan National de Développement ADEEG 2025–2030.
L’essor des plateformes numériques offre ainsi aux artistes djiboutiens une opportunité unique de valoriser leur talent et de diffuser la culture du pays à grande échelle.
À travers la maîtrise des outils numériques, le soutien institutionnel et la structuration des industries créatives, le génie artistique Made in Djibouti peut désormais atteindre de nouveaux horizons et s’affirmer comme un acteur clé du développement culturel et économique.
Sadik Ahmed








































