À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes célébrée chaque année le 8 mars, l’attention se porte cette année sur ces milliers de femmes djiboutiennes qui, dans l’ombre, contribuent quotidiennement à faire tourner l’économie nationale. Actrices essentielles du secteur informel, elles assurent la subsistance de nombreux foyers tout en participant activement à la cohésion sociale.

Dans le pays, comme dans de nombreux États en développement, le secteur informel occupe une place centrale dans la structure économique. Les données de l’enquête sur l’emploi indiquent que près de 75 % des emplois proviennent de ce secteur, notamment dans le commerce de détail, l’agroalimentaire ou encore les activités des marchés publics, qui concentrent une part importante de la main-d’œuvre.

Au cœur de cette économie parallèle, les femmes occupent une position prépondérante. Elles représentent près de 70 % de la main-d’œuvre locale dans certaines activités informelles et contribuent à plus de 21 % du produit intérieur brut. Vente de vêtements, de produits alimentaires, de cosmétiques ou d’articles artisanaux : les femmes djiboutiennes s’impliquent dans une multitude d’activités commerciales qui permettent à de nombreux ménages de subvenir à leurs besoins. Dans les régions de l’intérieur, elles jouent également un rôle clé dans l’agriculture, l’élevage, la petite pêche et l’artisanat. Par leur travail quotidien, elles participent directement au financement des dépenses familiales, notamment les frais scolaires et l’alimentation. Leur contribution est d’autant plus déterminante que ce secteur constitue souvent un rempart contre le chômage.

L’informel, pilier discret de l’économie nationale

Malgré ce rôle économique majeur, les femmes évoluant dans l’informel restent confrontées à de nombreux défis. L’absence de protection sociale, la faiblesse des revenus ou encore l’accès limité aux financements constituent autant d’obstacles à leur développement.  À cela s’ajoutent des contraintes structurelles telles que les normes sociales, l’accès restreint à la propriété ou encore les difficultés d’accès à l’éducation et à la formation professionnelle.  Face à ces défis, plusieurs initiatives ont été engagées afin de favoriser la formalisation des activités féminines et leur autonomisation économique. L’objectif est d’offrir à ces travailleuses un meilleur accès à la protection sociale, notamment en matière de santé ou de retraite, mais aussi de faciliter leur accès au crédit et aux dispositifs d’accompagnement. Dans cette dynamique, les autorités publiques, en partenariat avec des institutions nationales et internationales, encouragent le développement de l’entrepreneuriat féminin. Des programmes de microfinance et de formation sont mis en place pour soutenir les femmes entrepreneures et structurer leurs activités génératrices de revenus.

Parmi ces initiatives figure notamment le projet d’appui à la résilience des femmes et de leurs communautés, lancé au début des années 2020. Ce programme vise à renforcer l’autonomie économique des femmes, à structurer leurs activités et à lutter contre les violences basées sur le genre. Il s’inscrit dans une politique plus large visant à promouvoir l’égalité entre les sexes et à créer un environnement économique plus inclusif. D’autres dispositifs, mis en œuvre avec l’appui de partenaires internationaux, cherchent à faciliter l’accès des femmes au financement. Des mécanismes de microcrédit, ainsi que des systèmes de garantie bancaire, permettent progressivement à un nombre croissant d’entrepreneures de développer leurs activités dans des secteurs variés tels que l’agroalimentaire, l’artisanat ou le petit commerce.

Aujourd’hui, près d’un quart des femmes sont engagées dans des activités entrepreneuriales ou dans la création d’entreprises. Qu’il s’agisse de la mode, de la santé, de l’hygiène ou de l’agroalimentaire, les initiatives féminines se multiplient, témoignant d’un dynamisme économique de plus en plus visible.

Au-delà de leur contribution économique, ces femmes incarnent également un levier essentiel pour la lutte contre la pauvreté et pour le développement social. En soutenant leurs familles et en investissant dans l’éducation de leurs enfants, elles participent à bâtir les fondations d’une société plus résiliente. La célébration de la Journée internationale des droits des femmes rappelle ainsi l’importance de reconnaître et de valoriser le rôle central joué par ces travailleuses de l’ombre. Leur engagement quotidien, souvent discret mais déterminant, constitue l’un des moteurs essentiels du développement économique et social du pays.

Saleh Ibrahim Rayaleh