À Djibouti, le mois sacré de Ramadan s’invite de plus en plus tôt dans la vie des jeunes, dès le collège, et même dans certaines écoles primaires. Chaque année, garçons et filles âgés de 10 à 13 ans relèvent le défi de jeûner du lever au coucher du soleil, mêlant spiritualité, partage familial et discipline personnelle. Pour eux, le Ramadan n’est pas seulement une pratique religieuse, c’est également une manière d’affirmer leur foi, leur identité et leur maturité.

Pour de nombreux collégiens, jeûner constitue un véritable test physique et mental. La fatigue et la soif, surtout en milieu scolaire, représentent les principales difficultés. Fatouma, 12 ans, explique : « Ce n’est pas facile de jeûner lorsqu’on est à l’école. On est fatigués, mais on essaie de faire de notre mieux ». Cette expérience est souvent rendue plus supportable grâce au soutien des amis et des camarades qui pratiquent également le jeûne, transformant cette épreuve individuelle en un moment de solidarité et de « vivre ensemble ».

Dans certaines familles, comme celle de Nasser, la pratique du Ramadan est intégrée dès le plus jeune âge, mais la religion musulmane exige que le jeûne devienne obligatoire à la puberté. Les parents encouragent ainsi leurs enfants à participer à ce temps fort de la vie religieuse, et le phénomène semble s’étendre : de plus en plus d’élèves commencent leur premier Ramadan dès la sixième, alors qu’il était auparavant fréquent de débuter en quatrième ou troisième.

Pour accompagner les élèves, le ministère de l’Éducation nationale ajuste les horaires scolaires durant ce mois béni. Les cours débutent toujours à 7 heures mais se terminent plus tôt l’après-midi, avec une pause d’une heure entre les cours du matin et de l’après-midi dans les collèges, et une réduction de 30 minutes à une heure dans les écoles primaires. Selon Mohamed A., professeur de français au Lycée de Balbala, ce dispositif permet de concilier les exigences pédagogiques avec le jeûne des élèves et des enseignants. Les élèves, comme Assia, élève de 9e année, apprécient cette mesure qui leur laisse plus de temps pour réviser et accomplir leurs devoirs.

Le jeûne entraîne néanmoins des défis pour l’apprentissage. La baisse d’énergie, la somnolence et la diminution de l’attention sont fréquentes, surtout pendant les longues journées scolaires et en période d’examens. Les cours de sport deviennent particulièrement éprouvants, où la course et les jeux demandent une adaptation du rythme physique. Pour réussir, les collégiens font preuve de détermination et d’organisation, tout en bénéficiant de la bienveillance de leurs enseignants qui allègent la pression et encouragent la persévérance.

La dimension sociale et éducative du Ramadan est également soulignée par la nutrition. Dr Khalil, nutritionniste à l’Hôpital Peltier, recommande des repas riches en protéines lors du Souhour et de l’Iftar pour assurer la satiété et l’énergie nécessaires à la journée scolaire, contribuant à la récupération physique et mentale des jeunes jeûneurs.

Pour beaucoup d’élèves, le Ramadan est une expérience stimulante et enrichissante, un moment où foi et discipline se conjuguent pour forger le caractère et la piété. Certains le vivent presque comme une compétition amicale, cherchant à aller jusqu’au bout du jeûne sans le « casser », illustrant la motivation et l’engagement des collégiens à respecter leur religion.

À travers cette pratique, les jeunes Djiboutiens apprennent à conjuguer exigences scolaires et religieuses, témoignant d’un attachement profond à leurs valeurs spirituelles et d’une maturité remarquable pour leur âge. Le Ramadan au collège est bien plus qu’une épreuve de jeûne : c’est un apprentissage de la foi, de la patience et de la responsabilité, qui marque durablement la vie de chaque collégien.

Saleh Ibrahim Rayaleh