
Le lancement officiel du Budget de l’État pour l’exercice 2026, hier lundi 5 janvier, constitue un moment clé de la vie institutionnelle et économique de la République de Djibouti. Bien au-delà d’un simple exercice comptable, la Loi de Finances Initiale 2026 apparaît comme un acte politique majeur, révélateur des choix stratégiques opérés par le Gouvernement dans un contexte international tendu, mais aussi porteur d’opportunités pour une économie nationale résiliente. Présenté comme un budget d’équilibre, de responsabilité et de transformation, il engage notre pays dans une trajectoire où la discipline budgétaire se conjugue avec une ambition sociale clairement assumée.
Arrêté en équilibre strict à 172,3 milliards de francs djiboutiens en recettes comme en dépenses, le budget 2026 enregistre une progression modérée de 1 % par rapport à la Loi de Finances Rectificative 2025. Ce choix de prudence traduit la volonté des autorités de consolider les acquis macroéconomiques sans céder à une logique expansionniste risquée. Les indicateurs économiques projetés pour 2026 confirment cette orientation : une croissance soutenue, comprise entre 7 et 7,4 %, une inflation contenue autour de 1,9 %, et une trajectoire de dette publique jugée soutenable. Autant d’éléments qui, selon le ministre du Budget Isman Ibrahim Robleh, témoignent de la résilience de l’économie djiboutienne et de la crédibilité de la politique budgétaire conduite par l’État.
Dans son allocution, le ministre a rappelé que le budget s’inscrit pleinement dans la vision du Président de la République, Ismaïl Omar Guelleh, et dans la mise en œuvre du Plan National de Développement 2025-2030. Ce cadre stratégique fixe les grandes orientations de transformation économique, de diversification et de progrès social. Le budget 2026 en constitue ainsi l’une des premières traductions concrètes, à travers des arbitrages qui privilégient la stabilité, l’efficacité de la dépense publique et l’investissement dans le capital humain.
Une mobilisation accrue des ressources nationales et une dette mieux maîtrisée
L’un des enseignements majeurs de la Loi de Finances 2026 réside dans la structure de ses recettes. À hauteur de 92 %, celles-ci proviennent de ressources intérieures, illustrant la volonté affirmée de renforcer la souveraineté budgétaire du pays. Les recettes fiscales atteignent 96,575 milliards de francs djiboutiens, en hausse de 3,9 %, grâce à une amélioration sensible de la mobilisation des impôts sur les salaires, le patrimoine, ainsi que sur les biens et services. Cette progression repose moins sur une augmentation de la pression fiscale que sur la modernisation des administrations de recettes, la digitalisation des procédures et le renforcement de la lutte contre l’évasion fiscale.
Le Gouvernement insiste sur ce point : il n’a pas été question d’alourdir la charge pesant sur les ménages et les entreprises. L’option retenue privilégie l’équité, la transparence et l’efficacité du système de collecte. Dans cette logique, le budget 2026 prévoit également une meilleure valorisation des ressources domaniales et foncières de l’État, à travers la régularisation et une gestion plus rigoureuse du patrimoine public.
Les recettes non fiscales, bien qu’en léger recul de 0,7 %, demeurent à un niveau significatif, tandis que les dons extérieurs progressent de près de 8 %, soutenant des secteurs prioritaires sans remettre en cause l’autonomie des choix budgétaires nationaux. Plus significatif encore est le recul marqué des emprunts, en baisse de 24,2 %. Ce désengagement progressif du financement extérieur onéreux traduit une volonté politique claire de réduire la vulnérabilité financière du pays.
Sur le front de la dette, les autorités affichent une relative sérénité. Certes, le service de la dette augmente de 12 %, notamment en raison d’échéances liées au Fonds monétaire international, mais le ratio dette/PIB recule à 59,6 %, contre 64,4 % en 2025. Cette amélioration confirme l’efficacité des efforts de consolidation budgétaire engagés ces dernières années et renforce la crédibilité financière de Djibouti auprès de ses partenaires.
Un budget tourné vers le citoyen et la transformation de l’action publique
Si la discipline budgétaire constitue l’ossature du texte, le Gouvernement tient à souligner que celle-ci n’est pas une fin en soi. Le budget 2026 se veut avant tout un budget au service du citoyen. Cette orientation se traduit par une augmentation ciblée de la masse salariale de l’État, en hausse de 3 %, principalement liée au recrutement de 400 nouveaux agents dans les secteurs de l’éducation et de la santé. Enseignants, médecins, sages-femmes et anesthésistes viennent ainsi renforcer des services publics confrontés à une demande croissante.
Les crédits alloués à la sécurité, à la défense, à la décentralisation et à la transition numérique sont également renforcés. L’accent mis sur la cybersécurité et le recrutement d’ingénieurs spécialisés illustre la volonté de l’État d’anticiper les nouveaux défis technologiques et de sécuriser ses infrastructures numériques, devenues essentielles au fonctionnement de l’administration et de l’économie.
En parallèle, les dépenses d’investissement enregistrent une baisse de 5 %. Loin de traduire un désengagement de l’État, cette réduction s’inscrit dans une logique de rationalisation et de sélectivité. Les projets retenus sont ceux dont l’impact socio-économique est jugé le plus élevé, afin d’optimiser l’utilisation des ressources publiques et d’éviter la dispersion des investissements.
« Chaque franc public engagé devra produire un résultat concret et mesurable au bénéfice du citoyen. » Isman Ibrahim Robleh, ministre du Budget .
La Loi de Finances 2026 marque également une étape importante dans la modernisation de la gestion des finances publiques. Le lancement de la phase pilote de la budgétisation par programmes, notamment dans les ministères de l’Éducation et de la Santé, constitue une réforme structurante. Cette approche, appelée à être progressivement étendue, vise à instaurer une culture de la performance, de la transparence et de la redevabilité. Désormais, les crédits budgétaires seront associés à des objectifs précis et à des résultats mesurables, renforçant ainsi le lien entre dépense publique et amélioration concrète des services rendus aux citoyens.
D’autres mesures viennent compléter ce dispositif de bonne gouvernance : obligation de contractualisation pour toute dépense supérieure à un million de francs djiboutiens, centralisation des achats publics, et renforcement des mécanismes de lutte contre la corruption. Dans le domaine foncier, de nouvelles règles imposent la mise en valeur effective des terrains attribués, afin de lutter contre la spéculation immobilière et de faire du foncier un véritable levier de développement. Le budget 2026 introduit par ailleurs des mesures ciblées en faveur des petites et moyennes entreprises, notamment à travers des facilités douanières, ainsi qu’une exonération sur l’importation de bétail destinée à dynamiser la filière locale. Une attention particulière est également portée à l’inclusion sociale, avec des dispositifs budgétaires visant à favoriser l’insertion professionnelle des personnes en situation de handicap, marquant une avancée notable en matière d’équité.
En conclusion de son allocution, le ministre du Budget a insisté sur le caractère collectif de la réussite budgétaire. Celle-ci repose, selon lui, sur un double engagement : celui de l’administration, appelée à faire preuve d’exemplarité, d’efficacité et de qualité dans l’accueil des usagers, et celui des citoyens, invités à renforcer leur civisme fiscal. La redevabilité, a-t-il rappelé, doit guider l’action publique.
À travers la Loi de Finances Initiale 2026, Djibouti affirme ainsi une ambition claire : consolider ses équilibres macroéconomiques tout en investissant dans l’humain et en modernisant son État. Un budget de continuité et de transformation, conçu pour poser les bases d’une croissance plus inclusive, plus transparente et durablement tournée vers l’avenir.












































