
Poumon administratif et économique du pays, Djibouti-Ville concentre à elle seule plus des deux tiers de la population nationale. À la tête de cette capitale dense, qui s’étend du Héron à PK 13 sur un territoire long, d’une vingtaine de kilomètres divisé en six arrondissements, la Préfecture assure la cohésion sociale, la sécurité, l’aménagement urbain et la coordination des politiques publiques, dans un contexte marqué par de nombreux défis liés aux changements climatiques, à l’immigration clandestine et aux embouteillages. Focus sur une institution, véritable charnière entre l’État et le peuple.
Il est 15 heures mercredi passé lorsque je franchis la porte des locaux administratifs de la préfecture de Djibouti-Ville. Dans le bureau du secrétariat, des hommes et des femmes portant des dossiers sous le bras, attendent le préfet. Certains sont là pour une médiation foncière, d’autres pour un conflit de voisinage, une demande d’autorisation administrative, ou tout simplement pour être écoutés. Cette scène, banale en apparence, témoigne d’une institution en marche.
À Djibouti-Ville, capitale politique, économique et démographique du pays, plus des deux tiers de la population nationale se concentrent sur un territoire urbain dense et contrasté. Divisée en six arrondissements, la ville juxtapose quartiers administratifs, zones commerciales, espaces portuaires stratégiques, quartiers historiques comme Boulaos et vastes zones d’urbanisation rapide à Balbala. Chacun de ces territoires porte ses propres réalités sociales, économiques et urbaines : pression foncière, besoins en voirie, accès aux services publics, sécurité, cohésion sociale. Dans cette équation complexe, la Préfecture de Djibouti-Ville joue un rôle stratégique. « Chaque jour, nous examinons des dizaines de dossiers. Le va-et-vient est permanent », confie le préfet de Djibouti-Ville, Abdi Hassan Ahmed, assis derrière un bureau où s’empilent notes administratives et correspondances officielles. « Lorsqu’un service comme l’Habitat décide, par exemple, d’un arrêt de chantier, c’est à la préfecture que revient la responsabilité de notifier la décision. Nous transmettons ensuite le courrier à la sous-préfecture concernée, qui se rend sur le terrain avec les forces de l’ordre pour exécuter la mesure. » Cette mécanique administrative, discrète mais essentielle, illustre le rôle de lien entre l’Etat et le peuple que joue la préfecture.
Une autorité au cœur de la capitale
La préservation de l’ordre public et la stricte application des lois figurent parmi les missions premières du préfet. À Djibouti comme ailleurs, il est avant tout le représentant de tous les ministres.
Sous la tutelle directe du ministère de l’Intérieur, le préfet veille au respect des lois et règlements de la République. Il assure l’exécution des décisions gouvernementales et des politiques publiques. Cette mission prend une dimension particulière à Djibouti-Ville, où se concentrent les administrations centrales, les infrastructures stratégiques – port, aéroport, bases logistiques – et une population dense et diverse, exposée aux aléas climatiques.
À la tête de la préfecture de cette capitale en constante mutation se trouve aujourd’hui Abdi Hassan Ahmed, assisté de Mme Halima Hassan Ibrahim, préfète adjointe, et de six sous-préfets d’arrondissement. Ensemble, ils forment l’ossature territoriale de l’État dans la capitale. Leur mission étant de mettre en œuvre les politiques nationales, coordonner les services de l’État et garantir l’ordre public, tout en maintenant un dialogue permanent avec les élus locaux et la population.
Pour de nombreux citoyens, la distinction entre la mairie et la préfecture reste floue. Pourtant, leurs rôles sont bien distincts et complémentaires. La mairie est une collectivité territoriale élue, chargée de la gestion locale de la propreté urbaine, les marchés, services communaux. La préfecture, quant à elle, représente l’État. Elle contrôle la légalité des actes municipaux, coordonne les services déconcentrés, veille au maintien de l’ordre public et organise les élections.
Sécurité, et gouvernance de proximité
La question sécuritaire demeure l’une des responsabilités majeures de la Préfecture de Djibouti-Ville. En lien étroit avec la police nationale et la gendarmerie, le préfet veille à la prévention des troubles, à la gestion des événements sensibles et au maintien de l’ordre public. Les inondations causées par les effets du changement climatique figurent parmi les défis auxquels fait face la Préfecture de Djibouti-Ville. Face à ces menaces, elle coordonne les dispositifs d’alerte, mobilise les services de secours et assure la gestion des situations d’urgence. Dans les moments critiques, l’institution devient un centre névralgique de décision et d’action.
Il est à noter qu’aucune manifestation n’est organisée sans l’aval de la préfecture. Celle-ci joue également un rôle central dans la lutte contre certaines formes de délinquance urbaine. À la tête de cette institution stratégique, Abdi Hassan Ahmed un homme de terrain, reconnu pour sa connaissance fine des réalités urbaines. À ses côtés, Halima Hassan Ibrahim, préfète adjointe, joue un rôle clé dans la gestion quotidienne des dossiers sociaux et administratifs. Discrète mais déterminée, elle est souvent en première ligne sur les questions de médiation, de suivi des populations vulnérables et de coordination interservices. Ce tandem incarne une gouvernance partagée, où la complémentarité des rôles permet d’assurer la continuité de l’action publique : là où le préfet fixe le cap stratégique, son adjointe veille à la mise en œuvre opérationnelle, au plus près des citoyens.
Rachid Bayleh
Portrait
Abdi Hassan Ahmed
Trente ans d’expérience dans les rouages de l’administration préfectorale

Depuis sa nomination le 18 novembre 2025 comme préfet de la Ville de Djibouti, Abdi Hassan Ahmed incarne une figure discrète mais respectée de l’administration publique djiboutienne, dont le parcours illustre une carrière bâtie sur la constance, la fidélité à l’institution et une connaissance profonde du tissu urbain qu’il est aujourd’hui chargé de gouverner.
Né dans une génération qui a vécu l’indépendance et qui a notamment connu la consolidation des institutions djiboutiennes, Abdi Hassan Ahmed débute sa carrière dans la fonction publique le 2 août 1992. Jeune fonctionnaire discret et appliqué, il commence au service du personnel du district de Djibouti, alors devenu aujourd’hui la préfecture. Son sérieux et sa capacité à observer les dynamiques sociales locales se remarquent rapidement. Très vite, il est affecté greffier du 2ᵉ arrondissement, une fonction où il s’immerge dans les réalités du quotidien : conflits de voisinage, questions foncières, relations sociales.

Sa carrière se déroule ensuite sans éclats spectaculaires mais avec une progression régulière. Nommé adjoint du sous-préfet du 2ᵉ arrondissement, il devient ensuite sous-préfet de ce même secteur de 2000 à 2017, une longévité rare qui lui permet d’ancrer son expérience dans la gestion des quartiers populaires.
En 2017, il prend la tête du 1ᵉʳ arrondissement, cœur commercial et social de la capitale. Au contact des marchés, des commerçants et d’une population dense et diverse, il se forge la réputation d’un sous-préfet qui mise sur l’écoute, le travail de terrain et la rigueur administrative.
Expérience dans des zones en mutation
Sept années plus tard, Abdi Hassan Ahmed est affecté à Damerjog, une zone périphérique où s’accélèrent les projets urbains et économiques. Là encore, il aborde les défis et apprend de nouvelles réalités. Aujourd’hui, à la tête de la préfecture de Djibouti-ville, il met à profit plus de trente ans d’expérience cumulée dans les arrondissements de la capitale, où il connaît chaque rue, chaque dynamique sociale, et presque chaque coin de la ville comme sa poche. Depuis sa prise de fonction, il a entrepris des visites de terrain auprès des services administratifs, réaffirmant ses priorités parmi lesquels la proximité avec les citoyens et le renforcement de la coordination entre les services.
Rachid Bayleh













































