Née d’un exploit sportif devenu aventure collective, l’Association Sportive de la Caravane Victorieuse (ASCV) s’est imposée en quelques années comme l’un des principaux vecteurs de rassemblement, de transmission identitaire et d’engagement citoyen au sein de la diaspora djiboutienne. Bien au-delà des terrains de football, cette initiative portée par des bénévoles passionnés démontre comment le sport peut devenir un puissant moteur d’unité, de fierté nationale et de projection vers l’avenir.

L’histoire commence à Rennes, à l’été 2022, lors de la Coupe d’Afrique des nations des communautés africaines, organisée du 11 juin au 11 juillet. Face à plus de trente sélections issues de la diaspora, l’équipe djiboutienne réalise un parcours remarquable et décroche une troisième place historique, après avoir dominé des adversaires de renom tels que la Guinée, Mayotte, le Congo Brazzaville, le Cameroun ou encore le Gabon. Ce résultat agit comme un véritable déclic. Il révèle non seulement un potentiel sportif insoupçonné, mais surtout une formidable capacité de mobilisation, de discipline et de solidarité parmi les Djiboutiens de l’étranger.

De cet exploit naît une conviction partagée : cet élan ne devait pas rester éphémère. Il fallait le structurer, lui donner un cadre légal et une vision à long terme. En février 2023, à Nantes, l’Association Sportive de la Caravane Victorieuse voit officiellement le jour, avec une reconnaissance juridique accordée par la préfecture de Loire-Atlantique. Peu après, l’ASCV obtient l’agrément de la Fédération Djiboutienne de Football, qui la reconnaît comme représentante en France et dans plusieurs pays européens. Cette reconnaissance confère à l’association un rôle stratégique : celui de trait d’union entre l’État djiboutien et sa diaspora.

« Nous avons compris que ce n’était pas seulement du football, mais aussi une question d’identité, de communauté et de transmission », explique Mohamed Aden Ali, dit Chiva, secrétaire général de l’ASCV. Ancien capitaine de l’équipe lors de la CAN de Rennes, il a été l’un des artisans de la structuration de l’association, aux côtés du doyen Mohamed Doualeh, du président Mohamed Wahib et de Salma Mohamed. Aujourd’hui, il coordonne les projets, les activités sportives et culturelles, ainsi que l’accompagnement administratif et humain des jeunes.

Depuis sa création, l’ASCV s’est donné pour mission d’utiliser le sport comme un outil d’éducation et de cohésion sociale. Les résultats sportifs obtenus confirment la pertinence de cette approche. En 2023, l’association atteint la finale de la CAN de Nantes, ne s’inclinant que de justesse face à la Centrafrique  (4–3), après des victoires spectaculaires, dont un 11–3 contre le Gabon et un 8–2 face au Cameroun.

La même année, lors de la CAN de Rennes, l’ASCV décroche une honorable cinquième place sur trente-deux équipes engagées.

Ces performances reposent sur une organisation rigoureuse et un travail méthodique. Chaque saison, deux grands rassemblements de préparation réunissent près de quarante joueurs sur plusieurs jours. Ces rencontres permettent de détecter de nouveaux talents, d’évaluer les niveaux, de renforcer la cohésion et d’optimiser la préparation sportive et mentale. L’ASCV s’investit également dans les catégories de jeunes, avec des tournois et des équipes engagées en U13, U15, U17, U18, U20 et Seniors, afin d’accompagner les talents dès le plus jeune âge.

Un rempart contre l’acculturation

Mais l’ambition de la Caravane Victorieuse dépasse largement le cadre du sport. L’association se positionne comme un rempart contre l’acculturation qui touche une partie de la jeunesse de la diaspora.

« Beaucoup de jeunes font face à une double identité, au déracinement et au manque de repères. Le sport permet de recréer ce cadre et de redonner confiance », souligne Mohamed Aden Ali. À travers le football, les jeunes se reconnectent à leurs racines, découvrent ce qui les unit et développent une fierté assumée d’être djiboutiens.

Cette démarche est renforcée par une forte dimension culturelle. L’ASCV organise régulièrement des célébrations de la fête nationale, des journées culturelles mêlant musique, gastronomie et expressions artistiques, ainsi que des présentations d’ouvrages valorisant le patrimoine djiboutien, à l’image du livre de cuisine primé de Yasmine Mohamed Moussa Banial. La poésie somalie y trouve également sa place, notamment à travers des lectures et des hommages portés par de jeunes étudiants de la diaspora. Autant d’initiatives qui favorisent la transmission intergénérationnelle et renforcent le sentiment d’appartenance.

Chaque année, l’association organise également un tournoi européen inter-djiboutiens, devenu un rendez-vous incontournable. La troisième édition, tenue au mois de mai, a réuni dix équipes composées chacune de quinze joueurs. Ce tournoi est bien plus qu’une compétition : il constitue un espace de retrouvailles, de rencontres et de création de réseaux durables entre jeunes issus de différents pays européens.

Sur le plan financier, les activités de l’ASCV reposent sur un modèle fondé sur la solidarité et la transparence. Les ressources proviennent des cotisations annuelles des adhérents, des contributions de membres bienfaiteurs, du soutien des ambassades de Djibouti à Paris et à Bruxelles, de l’appui du ministère de la Jeunesse et de la Culture pour le volet culturel, ainsi que de l’accompagnement de la Fédération Djiboutienne de Football. Malgré des contraintes budgétaires réelles, l’association parvient à assurer ses déplacements, l’hébergement et l’encadrement des joueurs grâce à une gestion rigoureuse et à l’engagement bénévole de ses membres.

Parmi les réussites les plus marquantes de l’ASCV figure l’intégration de plusieurs jeunes issus de la diaspora dans les sélections nationales djiboutiennes, en équipes A, B et U20. Ces parcours illustrent concrètement le rôle de passerelle joué par l’association entre l’Europe et Djibouti, et témoignent de l’impact réel de son action.

L’avenir s’annonce ambitieux. L’ASCV travaille à la mise en place d’équipes féminines et porte un projet majeur : l’organisation annuelle de séjours d’immersion à Djibouti pour les jeunes de la diaspora, afin de leur permettre de découvrir le pays, ses réalités et ses opportunités, tout en renforçant leur sentiment d’appartenance nationale.

La Caravane Victorieuse porte ainsi parfaitement son nom. Elle avance, portée par l’énergie de sa jeunesse, l’engagement de ses encadrants et une vision claire : faire du sport et de la culture des leviers de cohésion, de fierté et de développement. Soutenir l’ASCV, c’est investir dans l’unité de la diaspora et dans l’avenir d’une jeunesse djiboutienne consciente de ses racines et résolument tournée vers l’excellence.

Mohamed Chakib