
Sous le haut patronage de Son Excellence le Président de la République, M. Ismail Omar Guelleh, Djibouti a franchi une étape décisive dans son processus de transformation numérique avec le lancement officiel du Forum national sur l’identité numérique et du projet Mobile ID. Organisé hier au Palais du peuple par le ministère de l’Intérieur, en partenariat avec le ministère délégué à l’Économie numérique et à l’Innovation, la société TO7 Network, l’Autorité nationale de cybersécurité et l’Agence nationale des systèmes d’information de l’État, cet événement marque une inflexion stratégique majeure dans la modernisation de l’action publique et l’inclusion numérique des citoyens.

À travers ce forum, les autorités djiboutiennes ont souhaité placer la question de l’identité numérique au cœur des politiques publiques, conscientes qu’elle constitue désormais un socle incontournable pour le développement des services numériques sécurisés et accessibles à grande échelle. Dans un contexte international marqué par l’accélération des usages numériques et la dématérialisation croissante des démarches administratives, Djibouti entend se doter d’outils performants et souverains, capables de répondre aux exigences de sécurité, de fiabilité et d’interopérabilité.

Depuis plusieurs années, notre pays s’est engagé dans la mise en place de cadres stratégiques structurants visant à accompagner la transformation numérique de l’administration et des services publics. Ces efforts, portés par une volonté politique affirmée, ont permis l’émergence de projets innovants dans divers secteurs. Toutefois, en l’absence d’une stratégie nationale d’e-gouvernement pleinement formalisée et coordonnée, ces initiatives demeuraient jusqu’ici fragmentées, peinant parfois à produire tout leur impact opérationnel.
L’un des principaux obstacles identifiés résidait dans l’absence d’un mécanisme d’identification numérique unifié, fiable et interopérable. Or, sans une identité numérique robuste, la sécurisation des services, la protection des données personnelles et l’adoption massive des solutions numériques par les citoyens restent difficiles à garantir. C’est précisément pour répondre à cette contrainte structurelle que le Forum national sur l’identité numérique a été conçu, avec pour ambition de fédérer les acteurs publics et privés autour d’une vision commune.
La cérémonie d’ouverture a réuni de nombreuses personnalités nationales et internationales, témoignant de l’importance accordée à cette initiative. Aux côtés du ministre de l’Intérieur, M. Said Nouh Hassan, et de la ministre déléguée à l’Économie numérique et à l’Innovation, Mme Mariam Hamadou Ali, étaient présents le directeur général de la Banque centrale de la République fédérale de Somalie, M. Mohamed Abdi, le responsable de la communication et des partenariats de l’Agence nationale d’identification des personnes du Bénin, M. Aristide Guy Adjinacou, ainsi que le directeur général de l’Agence nationale des personnes handicapées, M. Doualeh Saïd Mohamoud. Un parterre d’experts, de responsables institutionnels et de partenaires techniques et financiers complétait l’assistance.
Dès les premières interventions, l’accent a été mis sur la nécessité d’inscrire l’identité numérique dans une dynamique globale de développement, dépassant le simple cadre technologique. Il s’agit avant tout d’un levier de modernisation de l’État, de simplification des démarches administratives et de renforcement de la confiance entre l’administration et les citoyens. Le forum a ainsi été conçu comme un espace de réflexion et de concertation, visant à dresser un état des lieux des initiatives existantes, à en analyser les acquis et les limites, et à identifier collectivement les axes d’amélioration prioritaires.
Au-delà du diagnostic national, l’événement se veut également une fenêtre ouverte sur l’environnement régional. À travers l’analyse comparative des expériences menées dans les pays voisins et partenaires, Djibouti entend s’inspirer des bonnes pratiques, tout en adaptant les modèles retenus à son propre contexte institutionnel, juridique et socio-économique. Ce partage d’expériences est apparu comme un facteur clé pour accélérer la mise en œuvre de solutions efficaces et durables.
Au cœur de ce forum se trouve le lancement officiel du projet Mobile ID, présenté comme un pilier structurant de la transformation numérique du pays. Cette solution innovante vise à permettre aux citoyens de disposer de leur identité biométrique dans l’espace numérique, accessible de manière sécurisée via leur smartphone. Une avancée qui promet de transformer en profondeur la relation entre l’usager et l’administration.
Une identité biométrique au service du citoyen
S’exprimant devant les participants, le ministre de l’Intérieur, M. Said Nouh Hassan, a tenu à préciser les contours et les enjeux du Mobile ID, tout en rassurant les citoyens sur les questions sensibles liées à la protection des données personnelles. Il a rappelé que ce forum, qui se déroule sur deux journées, a pour objectif central de lancer officiellement l’application Mobile ID et d’en expliquer les bénéfices concrets.
« Le Mobile ID, c’est votre identité biométrique dans l’espace numérique », a expliqué le ministre, soulignant que cette innovation marque une rupture avec les pratiques traditionnelles d’identification. Autrefois, a-t-il rappelé, le citoyen devait se déplacer physiquement dans une administration, muni de sa carte d’identité, sans pour autant pouvoir être identifié de manière instantanée et certaine. Désormais, grâce au Mobile ID, l’identité biométrique est intégrée dans le smartphone, ouvrant la voie à une identification rapide et sécurisée, fondée sur l’interopérabilité entre les institutions partenaires.
Face aux interrogations légitimes du public concernant la sécurité des données, le ministre a tenu à apporter des garanties claires. Il a affirmé que les données biométriques des citoyens sont exclusivement conservées au niveau du ministère de l’Intérieur. Les autres institutions n’y ont pas accès direct, l’identification se faisant uniquement par un système d’échange sécurisé de requêtes et de réponses entre les serveurs. Cette architecture garantit, selon lui, la souveraineté des données et la protection de la vie privée.
Le Mobile ID est également présenté comme un outil de simplification majeure pour les citoyens. Il leur permettra d’accéder à des prestations administratives à distance, sans avoir à se déplacer systématiquement. Cette dématérialisation des démarches représente un gain de temps considérable, mais aussi une réduction des contraintes logistiques, notamment pour les populations éloignées des centres administratifs.
Sur le plan de la fiabilité, le ministre a insisté sur le saut qualitatif opéré par le passage de l’identification visuelle à l’authentification biométrique. Là où la simple comparaison d’une photo sur une carte d’identité pouvait prêter à confusion ou à fraude, la biométrie numérique offre un niveau de sécurité bien supérieur. Grâce à la connexion entre le smartphone et les données biométriques stockées sur les serveurs de l’état civil, l’authentification devient précise, rapide et difficilement falsifiable.
Cette fiabilité renforcée ouvre de nouvelles perspectives pour de nombreux secteurs. Les institutions nécessitant une identification rigoureuse, telles que les banques, la Caisse nationale de sécurité sociale ou d’autres organismes publics et privés, pourront vérifier l’identité des usagers de manière efficace et sécurisée. Le Mobile ID apparaît ainsi comme un catalyseur de confiance, condition essentielle au développement de services numériques avancés.
Le ministre de l’Intérieur a également évoqué les potentialités futures liées à l’interconnexion des documents et des données autour de l’identifiant unique de chaque citoyen. À terme, des documents tels que le permis de conduire ou certaines données de santé pourraient être associés à l’identité numérique. Il a illustré cette perspective par un exemple concret, évoquant la possibilité pour un médecin urgentiste d’accéder rapidement aux informations médicales essentielles d’un patient grâce à son empreinte digitale, en cas d’accident.
Au-delà des aspects administratifs et sécuritaires, le Mobile ID s’inscrit dans une vision plus large de développement économique et social. Le ministre a souligné que la transition vers la biométrie numérique place désormais les données dans l’espace numérique, créant ainsi un écosystème propice à l’innovation. Dans un contexte marqué par le chômage, notamment chez les jeunes, le secteur du numérique est appelé à jouer un rôle moteur dans la création d’emplois et l’émergence de startups.
De jeunes développeurs pourront concevoir des applications et des services innovants, répondant aux besoins des citoyens dans des domaines variés comme le transport, les services publics ou les solutions de paiement. Le Mobile ID devient ainsi un socle sur lequel peut se construire une économie numérique dynamique et inclusive.
Revenant aux objectifs globaux du forum, les organisateurs ont rappelé qu’il vise à constituer un cadre national de réflexion, de concertation et de visibilité autour de l’identité numérique. Il s’agit non seulement de lancer une solution technologique, mais aussi de fédérer les acteurs autour d’une gouvernance partagée et de partenariats durables. Le dialogue entre l’administration, le secteur privé et les partenaires techniques et financiers est apparu comme une condition essentielle à la réussite de cette transformation.
Cette initiative s’inscrit dans la continuité des réformes engagées avec la mise en place du Registre national des personnes physiques et du Numéro national d’identification, consacrés par la loi N°39/AN/19/8ème L. Ces fondations juridiques et institutionnelles ont permis de structurer l’identification des personnes physiques à l’échelle nationale. Le Mobile ID vient aujourd’hui prolonger et enrichir ce dispositif, en l’adaptant aux exigences de l’ère numérique.
En lançant le Forum national sur l’identité numérique et le projet Mobile ID, notre pays affirme clairement son ambition de bâtir un État plus moderne, plus efficace et plus proche de ses citoyens.
À travers cette démarche, le pays se positionne résolument sur la voie d’une transformation numérique inclusive, sécurisée et porteuse de nouvelles opportunités. Le défi, désormais, consistera à traduire cette vision en réalisations concrètes et durables, au bénéfice de l’ensemble de la population.
Mohamed Chakib








































