Le Stade Gouled a vibré le jeudi passé, au son de la musique d’artistes djiboutiennes, réunis sous la bannière d’un concert que le chanteur et compositeur Habad Olad a dédié à ses fans des quartiers populaires de la capitale. Des milliers de jeunes, venus de tous les quartiers de la capitale, ont répondu à l’appel que l’artiste lançait dimanche dernier lors d’une conférence de presse qu’il a tenu à l’hôtel Les Acacias. Entouré de plusieurs de ses coéquipiers des troupes 4 Mars et DEGAAN ainsi que des artistes de la nouvelle génération, il a offert un spectacle à la fois puissant, sincère et fédérateur. Une soirée de communion entre générations.

Jeudi soir dernier, à peine que le soleil s’est couché, les abords du stade Gouled se sont transformés en une véritable marée humaine. Des groupes de jeunes, venus des différents quartiers des trois communes de la capitale, affluaient vers les grilles d’entrée, téléphones à la main, impatients de capturer chaque instant de ce concert tant attendu et largement annoncé sur les réseaux sociaux depuis dimanche précédent.

À l’intérieur, les gradins se remplissaient à une vitesse fulgurante. Sous la lumière des projecteurs, la foule bruissait d’excitation. Des cris, des rires, des chants, jaillissaient d’un coin à l’autre des tribunes.

L’ambiance était à la fête, mais aussi à la fierté de voir sur scène un artiste qui, en moins de deux décennies, s’est hissé au sommet de la musique djiboutienne. Un artiste audacieux, qui n’a cessé de se dépasser et qui a une fois de plus prouvé l’étendue de son talent en se produisant sur la prestigieuse scène du stade Gouled.

Quand les premières notes ont résonné, un tonnerre d’applaudissements a éclaté. La scène s’est illuminée, et Habad est apparu, casquette vissée sur la tête, micro en main, sourire aux lèvres. Un rugissement de joie a envahi le stade.

Figure emblématique de la scène musicale djiboutienne, Habad a débuté sa carrière musicale dans les années 2000 et a imposé par la suite un style bien à lui, mêlant rap, poésie et rythmes traditionnels. Ses textes, à la fois ancrés dans le quotidien et porteurs d’un message social, résonnent auprès de toutes les générations.

Son art dépasse actuellement les frontières du pays. Il incarne une voix, celle d’une jeunesse djiboutienne en quête de reconnaissance. Sur scène, il garde cette même énergie. Ce soir-là, au Stade Gouled, sa présence imposait le respect. Chaque mot, chaque geste semblait amplifier l’unité de la foule. Mais Habad n’était pas seul.

La scène, ouverte aux talents émergents, a vu défiler plusieurs figures montantes de la musique locale. Parmi elles, Issa Habibi, connu pour ses mélodies orientales, Houmed Sangor et son style afrobeat ainsi que Ifrah Guirreh, dont la voix captivante a transporté le public dans un univers de rêve et d’amour. Ils ont partagé la scène avec une pléiade de jeunes artistes de Balbala, ce quartier populaire devenu un véritable vivier culturel. Chacun y a apporté sa touche avec des textes et des rythmes modernes mais également avec une énergie débordante. Le public, lui, ne faisait aucune distinction : chaque apparition déclenchait des applaudissements nourris. Les gradins vibraient au rythme des basses. Les lumières scandaient les refrains. Les téléphones portables scintillaient comme des étoiles dans la nuit. Des milliers de visages, jeunes pour la plupart, exprimaient la même joie. Les sourires, les chants, les danses improvisées dans les gradins composaient un tableau d’une rare intensité.

Les spectateurs ne se contentaient pas d’écouter : ils participaient. Certains reprenaient les refrains en chœur, d’autres filmaient en direct pour partager la magie de l’instant sur les réseaux. Le Stade Gouled, d’ordinaire terrain de sport, s’était mué en une immense piste de danse, grandeur nature. Cette ferveur populaire témoigne que la musique djiboutienne, lorsqu’elle s’appuie sur ses racines, rassemble et fédère autour d’un même sentiment d’appartenance à Une Nation. Habad a enchaîné ses titres phares — des morceaux qui ont marqué des générations — sans jamais perdre le lien avec la foule. Entre deux chansons, il prenait le temps de saluer ses fans, de remercier les jeunes artistes présents, de rappeler l’importance de croire en ses rêves malgré les difficultés. Ses débuts, souvent modestes, ont inspiré une vague d’artistes qui aujourd’hui osent s’exprimer, enregistrer, créer, produire localement.

La présence remarquée des jeunes artistes de Balbala ajoutait une dimension authentique à la soirée. Longtemps perçu comme un quartier périphérique, Balbala s’impose désormais comme le cœur battant de la création populaire djiboutienne.

Le public, nombreux à venir de Balbala même, a accueilli cette démarche avec fierté. Les cris, les encouragements, les acclamations redoublaient à chaque prestation. Vers minuit, alors que le concert touchait à sa fin, le Stade Gouled baignait dans une atmosphère d’euphorie douce. Les visages fatigués mais heureux, les voix éraillées d’avoir trop chanté, les sourires partagés — tout traduisait la réussite d’un moment rare.

Lorsque les projecteurs se sont éteints, que la foule a commencé à se disperser lentement, un sentiment d’avoir vécu un moment historique flottait dans l’air. Dans les rues adjacentes, les jeunes continuaient de chanter les refrains du concert. Certains dansaient encore, d’autres racontaient l’événement avec passion, vidéos à l’appui.

RACHID BAYLEH