À l’heure où le fracas des armes tente d’imposer sa loi au Soudan, certaines voix persistent à croire que la paix peut encore l’emporter. Parmi elles, celle du président Ismail Omar Guelleh, président en exercice de l’IGAD, se distingue par sa constance et son refus obstiné de la résignation. La visite que lui a rendue hier le Premier ministre soudanais, Dr Kamil Al-Tayyib Idriss, loin d’être un simple geste diplomatique, est à cet égard un acte politique lourd de sens.
Depuis bientôt trois ans, le Soudan est livré à une guerre fratricide qui ravage son peuple et menace l’équilibre de toute la Corne de l’Afrique. Face à ce désastre, trop d’acteurs internationaux ont multiplié les initiatives concurrentes, parfois plus soucieuses de visibilité que d’efficacité. Trop de conférences, trop de déclarations et trop peu de convergence. On connait le résultat : l’enlisement.
Dans ce paysage brouillé, Djibouti fait figure d’exception. Non pas par des postures spectaculaires, mais par une diplomatie de fond, enracinée dans une conviction panafricaine. Les crises africaines doivent d’abord trouver leurs solutions en Afrique. En recevant le chef du gouvernement soudanais, le chef de l’Etat djiboutien fait savoir que l’IGAD n’est ni un forum de façade ni un simple relais de volontés extérieures, mais un cadre légitime de médiation régionale.
Le message est limpide : la paix au Soudan ne peut émerger du chaos des médiations dispersées. Elle exige une coordination rigoureuse, une parole africaine unie et un respect absolu de la souveraineté soudanaise. Ceux qui, depuis l’extérieur, pensent pouvoir dicter des solutions toutes faites, doivent comprendre que la stabilité de la Corne de l’Afrique est une responsabilité collective régionale. Et non un terrain d’expérimentation diplomatique. Telle est la réalité géopolitique.
La portée internationale de cette visite est tout aussi claire. Elle signifie que le Soudan, malgré ses blessures, continue de reconnaître en Djibouti un interlocuteur crédible et un médiateur honnête. Elle rappelle également à la communauté internationale que l’Afrique n’est pas absente de ses propres drames, mais qu’elle agit, parfois dans le silence, toujours dans la durée.
En réaffirmant son attachement à l’intégrité territoriale du Soudan et son soutien aux initiatives de paix, le président Guelleh inscrit son action dans une tradition djiboutienne désormais bien établie. La tradition d’un État artisan de dialogue dans une région trop souvent livrée aux logiques de confrontation.
L’Histoire retiendra que, lorsque le Soudan vacillait, Djibouti n’a pas détourné le regard. Et que, face à la tentation de la force, l’Afrique – par la voix de l’IGAD – a choisi de défendre une autre voie : celle de la raison, de la responsabilité et de la paix.








































