Nous voici entrés dans le mois sacré du Ramadan. Au-delà de l’annonce lunaire et des premières prières nocturnes, c’est un rendez-vous intérieur et collectif qui s’ouvre à la nation. Un temps de silence dans le tumulte du monde. Un temps d’exigence dans une époque tentée par la facilité.
À la veille de ce mois béni, le président de la République, Hadji Ismaïl Omar Guelleh, a rappelé avec force que « le Ramadan ne constitue pas seulement un acte rituel, mais une véritable école de foi et de culture », invitant les Djiboutiens à en faire un pacte de sincérité, d’excellence et de solidarité. En clair, le jeûne n’est pas une parenthèse détachée des réalités. Ilest une discipline qui doit irriguer la vie publique, sociale et économique.
En effet, le Ramadan n’est pas une simple tradition annuelle. C’est est une respiration nationale. Dans les mosquées de la capitale comme dans les régions, la même ferveur traverse le pays. Les corps s’abstiennent, mais les consciences s’éveillent.
Le jeûne est une pédagogie de la maîtrise de soi. Il enseigne la patience dans l’épreuve, la mesure dans la parole, la retenue dans l’action. Il impose à chacun une question simple mais décisive : que faisons-nous de notre responsabilité envers les autres ?
Le chef de l’État a évoqué la nécessité de consolider les programmes de protection sociale et de préserver la dignité de chaque citoyen. Mais comprenons bien : la solidarité ne saurait être l’apanage des institutions, elle est d’abord un devoir individuel.
Dans un contexte régional et international marqué par les tensions et les incertitudes de toute sorte, le Ramadan doit être un rempart contre l’indifférence.Il doit nous rappeler que la prospérité durable ne peut s’édifier sur l’exclusion. Le partage du Afour, l’aumône, le soutien discret aux familles vulnérables ne sont pas des gestes folkloriques. Ilssont l’expression concrète d’un pacte social renouvelé.
Le risque, chaque année, est de réduire le Ramadan à une succession d’habitudes : horaires inversés, tables abondantes, effervescence commerciale… Or le sens profond de ce mois réside dans la sobriété et la justice. Il ne s’agit pas d’exhiber la générosité, mais de réparer les inégalités.Il ne s’agit pas d’augmenter la consommation nocturne, mais d’élever le niveau d’exigence morale.
Le président a parlé d’«esprit d’équipe pour l’élévation et la prospérité de notre pays ». Cette formule mérite d’être méditée. Car le Ramadan, s’il est bien compris, est une école de gouvernance personnelle. Il apprend à planifier, à respecter une discipline et à honorer un engagement. Autant de vertus qui devraient irriguer la gestion publique comme la conduite des affaires privées.
Dans une République jeune et ambitieuse comme la nôtre, chaque Ramadan est une occasion de consolider l’unité nationale. Il rappelle que, par-delà nos différences d’origine, de condition ou de génération, nous partageons un socle commun de valeurs : la foi, la tolérance, la compassion, le sens de la communauté.
Mais il est vrai que l’unité ne se décrète pas, elle se construit. Elle se nourrit d’exemplarité, de justice et de confiance. Ce mois sacré doit être un moment de réconciliation avec nos propres exigences. Exigence de probité dans l’administration. Exigence de rigueur dans le travail. Exigence de respect dans le débat public.
Le véritable test du Ramadan ne se mesure pas à la longueur des prières, mais à la cohérence des comportements. Il interroge notre rapport à la vérité, à la parole donnée et au bien commun. Il nous rappelle que la foi authentique ne saurait cohabiter avec l’injustice, la corruption ou l’abus.
Ce mois sacré ouvre donc, au-delà du jeûne, une fenêtre sur ce que nous pouvons devenir collectivement. Une nation disciplinée, solidaire, confiante en son avenir. Une nation où la spiritualité nourrit l’action et où l’action traduit la spiritualité.
Le Ramadan est un miroir. Il reflète nos fragilités, mais aussi notre capacité de dépassement. À nous de choisir ce que nous voulons y voir.Que ce mois soit pour nous tous, non pas une pause, mais un sursaut. Un sursaut des consciences et responsabilité.








































